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14/11/2017 à 09:30
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Le rêve éveillé des copropriétaires de Carat Williams

Acheté aux ventes aux enchères pour un peu plus de 20 000 €, Carat Williams n'en finit pas de faire rêver ses copropriétaires, lui qui vient d'enregistrer un 6ème succès d'affilée dans le Prix Marcel Laurent. Ensemble, ils participeront peut-être au prochain championnat du monde des trotteurs. Portraits.

Le rêve éveillé des copropriétaires de Carat Williams

L'entourage de Carat Williams aux balances de Vincennes Hippodrome de Paris après le sacre du protégé de Sébastien Guarato dans le Critérium des 5 Ans © ScoopDyga

L’histoire de Carat Williams est exceptionnelle. Rencontre avec ses propriétaires associés qui vivent cette aventure depuis plus de quatre ans et entendent la prolonger encore longtemps dans le dernier numéro de Trot Infos. Extraits.

Olivier Deboudaud est celui qui a signé le bon d’achat de 21 000 €, le 4 septembre 2013, dans la salle de vente Elie de Brignac à Deauville. Ne le cherchez pas pourtant sur la photo des balances le jour du Critérium des 5 Ans. Il n’y est pas. Il est d’ailleurs très peu présent à Vincennes. « C’est plus simple à gérer devant Equidia pour plein de raisons personnelles qui font aussi que j’ai pris du recul, avance-til sans s'étendre davantage. Je me fétiche aussi (sourire). Dans ce milieu, c’est courant. J’irai quand il y aura moins de pression. » (...) « Je n’ai jamais de budget défini à l’avance, revient-il. Mais je n’ai jamais non plus acheté de yearlings au-delà de 40 000 €. Les meilleurs ne sont pas forcément ceux qui coûtent le plus cher, même s’il y en a un de temps en temps bien sûr. C’est moi qui définis la somme maximale que je veux mettre. J’ai la confiance de mes associés, une confiance qui a été renforcée par les résultats (...). » « C’est une force à mon sens de bien choisir l’entraîneur en fonction du yearling ou du cheval. En l’occurrence, dans mes achats de yearlings en 2013, j’avais prévu qu’au moins un ou deux d’entre eux iraient chez Sébastien Guarato. Le pedigree de Carat Williams me paraissait convenir à un entraîneur comme lui, à savoir d’un côté Prodigious et de l’autre une origine maternelle avec du sang français. » (...) « Mon oncle, Jean-Louis Mathieu, est le plus néophyte de tous les associés de Carat Williams, raconte Olivier Deboudaud. Il connaît beaucoup moins le milieu des courses. Ce doit être simplement le troisième ou quatrième cheval sur lequel il est associé. Il me suit dans mes activités mais il était présent avec moi à Deauville le jour où j'ai acheté le poulain. Evidemment, il est très heureux et vit ça intensément. » (...)

Jacques Leomy : « Être seul sur un podium ne m’intéresse pas, affirme-t-il. C’est triste. Je vais partager quoi ? Avec qui ? Les chevaux, c’est fait pour être en association, sinon ce n’est pas la peine. La vie, c’est le partage ! Sans la convivialité, la vie est triste. Un cheval, c’est une aventure qui se partage, ce n’est pas pour gagner de l’argent, sinon ça se saurait. Si vous voulez gagner de l’argent avec un cheval, vous faites un "one shot". Dans le cas précis de Carat Williams, nous sommes issus de milieux différents, nous sommes de différentes générations, nous avons des cultures différentes. Les « anciens » peuvent être un peu frileux parfois, mais c’est parce qu’ils ont pris des coups. Les jeunes, eux, veulent aller plus vite. Mais, au final, il y a un équilibre » (...).

Stanislas Seveno :  « Je trouve intéressant l’aspect transgénérationnel, car on peut confronter nos sensibilités et bénéficier de l’expérience d’un Jacques Leomy ou d’un Michel Lourmière. C’est aussi ce qui fait l’intérêt de ce type d’association à mon sens. Nous n’avons pas toujours les mêmes idées, mais nous confrontons nos points de vue et c’est forcément enrichissant ».

Bertrand Jacob (sur la victoire de Carat Williams dans le Critérium des 5 Ans) : « Cette victoire a été une grande délivrance, confirme Bertrand Jacob, d’autant qu’il y avait beaucoup de pression du fait de son statut de grand favori. Cette fois, la course a été limpide, ce qui a été déterminant ». Tellement limpide qu’elle le propulse au rang d’adversaire désigné de Bold Eagle dans le prochain Prix d’Amérique. « Chaque chose en son temps, tempère Bertrand Jacob, à l’image de ses associés d’ailleurs. Aujourd’hui, ce n’est que sur le papier qu’il est l’un des opposants principaux à Bold Eagle. Il faut déjà se qualifier. Courir le Prix d’Amérique serait forcément extraordinaire, surtout avec une chance. Mais on n’en est pas là. On se rend déjà compte de la chance qui est la nôtre quand on sait le peu d’élus sur le nombre de poulains qui naissent chaque année. Au trot, on peut acheter de bons chevaux sans forcément aller sur les top prices. Cette accessibilité fait le caractère populaire du trot » (...).

Michel Lourmière (sur l'aventure des copropriétaires de Carat Williams) :  « J’en suis persuadé, ça peut arriver à tout le monde, insiste-t-il. Si cela peut paraître un peu compliqué au départ d’être associé avec des gens qu’on ne connaît pas, notre passion commune facilite nos relations. J’ai été gâté dans le cas présent, car c’est une richesse de le vivre comme ça, avec des générations différentes. Ça crée des liens forts, y compris d’ailleurs avec les éleveurs de Carat Williams qui participent à l’aventure avec nous. On échange de façon plus directe et plus fréquente avec certains associés. Bien sûr, il ne faut pas non plus le cacher, tant que ça va très bien, les relations sont facilitées. Mais, à partir du moment où on s’associe, on doit respecter ses associés. J’ai été formé à cette école-là professionnellement ».

Fabien Mégie connaissait déjà ses associés de par son travail et une amitié existait avant avec la plupart d’entre eux. « Je savais où je mettais les pieds, mais les relations que nous avons depuis le début de l’aventure ne sont forcément plus les mêmes. Nous avons des parcours différents, mais la passion des courses nous réunit. Les décisions concernant la carrière de Carat Williams sont prises en bonne intelligence. Tout le monde s’écoute, chacun avec son expérience personnelle, et on tire dans le même sens.  » Le tout dans un esprit de convivialité auquel n’est pas étrangère l’ascension au sommet de Carat Williams. Ce qui permet de vivre des moments qui resteront à jamais gravés. « Le jour du Critérium des 5 Ans, Philippe Allaire a été le premier à venir nous féliciter alors que la victoire de «Carat» privait Charly du Noyer d’un triplé historique. Croyez-moi, ce sont des moments qui marquent. » (...)

Dans  l’association « Carat Williams », Françoise Deboudaud, la maman d’Olivier, tient un rôle un peu à part, à l’image de son frère, JeanLouis Mathieu. Ce sont bien sûr avant tout les liens du sang qui les unissent tous les trois. Sa place est aussi à part, car c’est la casaque de Françoise Deboudaud que défend Carat Williams. « C’est une grande fierté », consent-elle. Une fierté qu’elle vit le plus souvent à distance, devant son écran de télévision. « Depuis plus vingt ans, nous avons déménagé dans le Sud-Ouest et je n’ai jamais été voir «Carat» courir à Vincennes. Vous savez, comme beaucoup dans le milieu des courses, je me fétiche, à commencer par Olivier d’ailleurs, et, comme ça marche bien comme ça, je ne veux rien changer. Alors, j’ai le même rituel à chacune de ses courses. » Un fauteuil, toujours le même, si possible une note de bleu et de rose dans sa tenue pour rappeler les couleurs de sa casaque et, durant toute la course, un calme qui masque une énorme attention. « C’est seulement quand il a franchi le poteau dans de bonnes allures que je me lève et que je saute de joie. »

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