MT image

Benoît Robin, l'artisan des Critériums | LETROT
Critériums 3/4/5

Benoît Robin, l'artisan des Critériums

18/09/2026 - REPORTAGES - 24H au Trot

Remporter deux fois le Critérium des 5 Ans (Groupe I) à quatre ans d’intervalle comme l’a fait Benoît Robin avec Hussard du Landret en 2022 et Lunella Leman samedi dernier n’est pas courant. Encore davantage quand l’écurie où sont entraînés les vainqueurs en question n’est pas de celles qui sont présentes au départ de ce type de course de sélection saison après saison. Cette réussite est d’autant double que ce qui est vrai de l’entraîneur Benoît Robin s’applique aussi au driver Benoît Robin. Quatre jours après la victoire de l’élégante alezane élevée par Jean-Pierre Delerue (E.A.R.L. Léman Élevage) et son ami et associé Claude de Saint-Martin, Benoît Robin nous a ouvert les portes de son écurie sur la commune de Louvigné, à quelques kilomètres de Laval.

Benoît Robin Benoît Robin dans son écurie mayennaise - © J.-C. Briens
Lunella Léman - Hussard du Landret Lunella Léman et Hussard du Landret réunis avec leur entraîneur - © J.-C. Briens

Hussard du Landret, l'accélérateur d'expérience

Si Lunella Leman semble être encore un ton au-dessus sportivement, l'apport d'Hussard du Landret aura toujours la primeur en matière d'expérience. "Même si on n'a pas de certitude, toutes ces grandes courses, on les aborde avec un peu plus de vécu aujourd'hui et ça on le doit à "Hussard", rappelle reconnaissant Benoît Robin. Pendant trois ans, il nous a permis de courir des Prix d'Amérique, les "B", etc. Mine de rien, tu prends de l'expérience. On n'est pas rendu bien loin, mais on lui doit en partie. Je savais très bien que ce n'était pas vraiment un cheval pour l'Eliloppet. Au-delà du fait que c'était un rêve de gosse que je réalisais en le disputant, j'ai vu comment cela se passait et j'ai pris de l'expérience qui me servira si, un jour, j'ai le cheval pour le courir."


À lire aussi : Hussard du Landret, le guerrier populaire se retire


Même si on n'a pas de certitude, toutes ces grandes courses, on les aborde avec un peu plus de vécu aujourd'hui et ça on le doit à "Hussard".

Une fin de carrière en forme d'inachèvement
Durant la première quinzaine du mois de novembre de l'an dernier, Benoît Robin a dû se résoudre à annoncer la fin de la carrière sportive de Hussard du Landret riche de 11 victoires en 75 courses, de deux Groupes I, deux Groupes II et six Groupes III, d'un record de 1'09''3 et de plus d'1,2 million d'euros de gains. "Sa faute au départ du Prix d'Amérique (en 2024) a été une grande claque. Mais le plus gros coup dur a été l'arrêt de sa carrière, revient le professionnel mayennais. Malgré son problème à un genou, on espérait pouvoir refaire un meeting d'hiver. Forcément, quand on met un terme à la carrière de ces chevaux-là, c'est un gros coup dur pour une écurie. Mais on n'a pas d'autre choix que de l'accepter. On essaye de relativiser en se disant qu'on a eu la chance de l'avoir. On voudrait pourtant que ça ne s'arrête jamais. Aujourd'hui, on a la chance de rebondir avec la jument."

 

Séance de travail à L'Ombragerie - © J.-C. Briens Séance de travail à L'Ombragerie - © J.-C. Briens

Un artisan convaincu

Que ce soit celle de Hussard du Landret en 2022 ou celle de Lunella Leman cette année, ces victoires dans le Critérium des 5 Ans portent la signature de la vision qu'a Benoît Robin de son métier, lui qui est à son compte depuis un peu plus de treize ans. "On fait vraiment de l'artisanat avec la structure qui est la mienne et mes gars, avance-t-il. On essaie de ne jamais dépasser une trentaine de chevaux à l'entraînement. Au-dessus d'un certain nombre de chevaux, j'ai du mal à m'organiser et je suis un peu dépassé. Quand je monte passer l'hiver à Grosbois où je rejoins François (Mabile), qui a la responsabilité de notre cour à l'année, on a une dizaine de chevaux à s'occuper avec Céline qui nous aide. Ça peut paraître pas beaucoup, mais on passe énormément de temps. On les prend plusieurs fois par jour et on les voit progresser. Certains qui semblaient standards commencent grâce à cela à ressembler à quelque chose."

"Au-dessus d'un certain nombre de chevaux, j'ai du mal à m'organiser."

Selon lui, c'est ce travail d'artisan qui permet un jour de sortir des chevaux de Groupe I. "Il y a les cracks qui survolent leurs générations, mais on voit aussi des chevaux arriver au plus haut niveau et s'y maintenir grâce au travail de leurs entraîneurs, décrit-il. C'est pour ça que ça peut arriver à tout le monde. Après, on a peut-être été chanceux. Mais c'est dur de rivaliser avec des Thierry Duvaldestin, des Philippe Allaire, des Jean-Michel Bazire, etc. Je pourrais en citer d'autres qui, génération après génération, sortent des champions. Peut-être qu'ils sont bien fournis mais, s'ils sont bien fournis, c'est parce qu'ils travaillent très bien."

Grosbois, le complément et l'indispensable
À l'année, la structure de Benoît Robin repose donc sur l'écurie de Louvigné et sur une cour au domaine Grosbois, celle qu'occupait auparavant son beau-père, Jean-Luc Bigeon, qu'il partage aujourd'hui avec Charles Dreux, et dont la responsabilité est confiée à François Mabile. La victoire de Lunella Leman samedi dernier incarne la complémentarité entre les deux. Les trois semaines entre sa dernière course et le Critérium, la jument les a partagées entre Grosbois et Louvigné. "Elle est revenue une semaine en Mayenne où elle a fait du léger avant de passer les quinze derniers jours à Grosbois où elle est progressivement montée dans les tours, nous apprend Benoît Robin. Grosbois est un outil de travail extraordinaire. Ce serait dommage de s'en passer. Depuis une dizaine d'années, j'ai mes repères. Ce n'est pas que je ne suis pas bien équipé ici, mais ma piste ronde ne fait que 800 mètres. À Grosbois, vous avez toutes les pistes que vous voulez qui sont en plus entretenues comme jamais. Avoir deux sites demande un peu de logistique mais, si tout était facile, ça se saurait." Et les victoires notamment dans les Critériums donnent raison à cette organisation. "Sincèrement, je ne sais pas si cela aurait été possible sans Grosbois, avance-t-il. Après, "Hussard" se plaisait bien là-bas tout comme "Lunella", ce qui est essentiel car tous les chevaux ne s'adaptent pas à Grosbois."

Cette approche du métier n'est pas sans conséquence. "On a toujours fonctionné comme ça par nous-mêmes tout en faisant un peu d'élevage en parallèle. J'ai maintenant quelques clients et la porte de l'écurie est grande ouverte, mais j'ai encore beaucoup de chevaux en location, constate-t-il. Cette année, je vais rentrer une vingtaine de poulains dont 75 à 80 % sont en location. Ce sont des risques. Mais bon, si on ne fait pas ça, on ne risque pas de courir les belles courses."

 

"J'ai maintenant quelques clients et la porte de l'écurie est grande ouverte, mais j'ai encore beaucoup de chevaux en location."


Quant aux collaborations avec Jean Daniel (les "Landret") installé en Bretagne et Jean-Pierre Delerue (les "Léman") qui élève en Savoie, Benoît Robin revient sur leurs origines : "J'avais passé une annonce pour rechercher des poulains à la suite de laquelle Jean Daniel m'a appelé pour me proposer "Hussard" qu'il voulait vendre. J'étais allé le voir au débourrage chez Étienne Hamard au mois de juin. Mais le tarif était trop élevé pour moi. Je me rappelle avoir dit à Jean Daniel de me rappeler en septembre s'il n'avait pas réussi à le vendre, ce qu'il a fait. On a alors trouvé un arrangement. Pour "Lunella", je crois me rappeler que Jean-Pierre Delerue m'a contacté après une annonce aussi. On a commencé à travailler ensemble l'année des "K", c'est donc récent. Dès l'année suivante, il m'a dit qu'il avait une femelle de Boccador de Simm. C'était une belle pouliche, très signée par son père, qui s'est tout de montrée plaisante, même si elle avait des problèmes de souplesse".


À lire aussi : Hussard du Landret sur le toit de Paris


Alors qu'il qualifie en règle générale ses 2 ans au mois de juin, Lunella Leman ne l'a été qu'au mois d'octobre, mais cela ne l'a pas empêché de débuter victorieusement à Nantes en décembre. "J'essaie de les qualifier de bonne heure et de courir, dit-il à propos de ses jeunes pousses. S'ils n'ont vraiment pas le niveau ou les capacités, on les arrête. "Lunella" a couru une fois tout en fin d'année, mais elle a couru. "Hussard" avait un peu de mal à 2 ans, mais il a couru aussi. Selon moi, un vrai bon cheval est capable de courir à cet âge. S'ils montrent quelque chose, tu peux leur faire monter gentiment les marches, sans parler de gagner des Critériums."

 

Benoît Robin en chiffres
→ Entraîneur
236 victoires
3 Groupes I
→ Driver
461 victoires
2 Groupes I
(*) chiffres arrêtés au 17/09/26

 

La réussite d'un entraîneur et d'un driver

Benoît Robin a remporté ses deux Critériums des 5 Ans avec la double casquette d'entraîneur et de driver à une époque où le recours aux catch-drivers est devenu la norme à Vincennes. Ce qu'il a fait d'ailleurs avec Hussard du Landret au moment de sa victoire dans le Prix de Paris Marathon Race au cours du meeting d'hiver 2023-2024. "Je suis moins embêté par mes problèmes de dos qu'à l'époque où j'ai fait appel à Yoann Lebourgeois, explique-t-il. À ce moment-là, je ne voulais pas me retrouver avec quelqu'un qui ne connaissait pas le cheval. Je m'étais fait plaisir en gagnant le Critérium et en courant le Prix d'Amérique. Je venais de gagner le Prix de Bretagne, mais j'avais préféré laisser ma placer. Cela m'enlevait un poids."

"Comme disait Jean-Michel (Bazire), les courses, on les gagne le matin. Bien sûr, il faut concrétiser l'après-midi, mais j'avais plus de pression à amener la jument au top le jour J."

Une double responsabilité qu'il a totalement assumée samedi avec Lunella Leman. "Je touche de la peau de singe, mais mon dos me laisse tranquille depuis deux ans, confie-t-il. Comme disait Jean-Michel (Bazire), les courses, on les gagne le matin. Bien sûr, il faut concrétiser l'après-midi, mais j'avais plus de pression à amener la jument au top le jour J. C'est tellement compliqué d'arriver à courir ces courses-là sans qu'il n'y ait eu d'accrocs dans la préparation et faire en sorte que toutes les planètes soient alignées. Du coup, c'est plus de pression même si, en l'espace de trois minutes de course, tu peux tout craquer." Samedi, le pilote s'est mis au diapason de l'entraîneur et a été tout de suite mis en confiance par sa partenaire. "Elle n'avait jamais encore couru sans bottines et était pieds nus seulement pour la seconde fois après une première sur l'herbe de Craon qui, ne comptait pas vraiment. Dès le premier heat, je l'ai trouvée complètement changée. Elle répétait beaucoup plus vite son geste."

L'équipe
Premier garçon de Benoît Robin, Vincent Rezé est le pilier de l'écurie dont il fait partie depuis le début. Au quotidien, il est épaulé par sa fille, Lylou, qui fait ses premières armes en courses (elle courait pour la première fois à Vincennes ce vendredi), l'apprenti Samuel Castro, qui vient de rejoindre la Mayenne, et deux prestataires de service, Jacky Neveux et William Dersoir-Habib, qui viennent une à deux fois par semaine, alors que François Mabile a la responsabilité de la cour à Grosbois. "Benoît est un très bon metteur au point, très méticuleux dans le travail, souligne Vincent Rezé. En plus, c'est un patron humain. Le fait de remporter une seconde fois le Critérium des 5 Ans est hors normes pour une écurie comme la nôtre. C'est aussi une formidable motivation pour toute l'équipe."


Dès lors, le driver est fier d'avoir finalisé le travail de l'entraîneur. "Arriver à faire gagner son cheval soi-même à ce niveau-là n'est quand même pas facile, rappelle-t-il. Je ne suis pas un crack driver. Je me suis toujours débrouillé. J'ai beaucoup appris chez Sylvain Ranger et Jean-Michel Bazire qui m'ont toujours fait driver de bons chevaux. Mais je ne cours pas beaucoup par rapport à l'élite des pilotes. C'est une question de confiance en son cheval et de confiance en soi aussi."

"Je ne suis pas un crack driver. Je ne cours pas beaucoup par rapport à l'élite des pilotes. C'est une question de confiance en son cheval et de confiance en soi aussi."


Dans sa quête d'un nouveau Critérium, Benoît Robin savait pouvoir compter sur le soutien indéfectible de ses premiers supporters, sa compagne et ses deux enfants, Paul (11 ans) et Alice (9 ans), qui participent aux courses de poneys, ainsi que de sa famille et ses amis qui n'ont pas manqué de célébrer comme il se doit la démonstration de Lunella Leman. "Par rapport au Critérium remporté avec Hussard du Landret, les enfants ont grandi et sont en âge de comprendre. Du coup, on a vraiment vécu un grand moment. Voir les petits qui pleurent et tout le monde ému prend aux tripes", ne cache-t-il pas.

Objectif : qualification pour l'Amérique

Comme il l'a fait avec Hussard du Landret quatre mois après son sacre dans le Critérium des 5 Ans, Benoît Robin a pour objectif de qualifier Lunella Leman pour l'édition 2027 du Prix d'Amérique Legend Race, le 31 janvier prochain. "J'attends que le programme du meeting d'hiver soit publié pour voir comment je peux organiser le planning de la jument, détaille-t-il. J'imagine la courir soit juste avant le début du meeting, soit au tout début, peut-être dans le Prix des Cévennes. Ensuite, j'espère avoir les gains suffisants pour pouvoir courir l'une des épreuves qualificatives, le Prix de Bretagne par exemple ce qui serait très bien. En tout cas, elle aura le Prix Ténor de Baune dont le vainqueur est qualifié automatiquement. Mais si on peut la qualifier avant, c'est aussi bien, car ce sera sûrement plus facile que de gagner le "Ténor de Baune". Plus vous avez votre qualification de bonne heure, plus vous êtes tranquille." On voit là aussi tout le poids de l'expérience emmagasinée avec Hussard du Landret dont se nourrit Benoît Robin qui reste toutefois prudent et lucide. "Pour ça, il faut qu'elle reste dans cet état et qu'il ne lui arrive rien. Si c'est le cas, je pense qu'elle a une chance de se qualifier."

 


A lire aussi