Il est le vice président de la Société d’Encouragement à l’Elevage du Trotteur Français (SETF) et président de la Commission de la Province. Franck Pellerot sillonne à ce titre la France du trot. Il est de facto un récepteur des sujets qui nourrissent les cours, les écuries et hippodromes. Après le lancement du Grand National du Trot, au début du mois de mars, le Trophée Vert va aussi reprendre ses droits. Ce sera dès dimanche avec une première étape à Ecommoy, où le sarthois Franck Pellerot se rendra en voisin. C’est l’occasion de proposer un libre échange à l’élu national et local.
Et pourquoi pas le sperme congelé ?
Ce n’est pas à mes yeux la bonne réponse. C’est plus compliqué techniquement et cela aurait aussi comme défaut de faire enlever des chevaux de chez les étalonniers. On peut imaginer en effet que les paillettes de semence sont stockées n’importe quand, hors même de la période de monte. Or, la force du trot, c’est aussi celle de ses haras et de ses étalonniers. Et le sperme congelé pourrait créer des tentations comme inséminer du sperme d’étalons disparus, ce qui a été fait dans le sport par exemple. C’est une ligne rouge à ne pas franchir.
L’insémination de sperme réfrigéré transporté ne porte-t-il pas en lui des germes dangereux ? On a vu le désastre de l’élevage français dans le domaine des chevaux de sport après l’introduction de ces méthodes.
Oui mais parce qu’on y a mis aucune règle. Comme celle d’utiliser la semence congelée de chevaux morts ou de ne pas contrôler le nombre de saillies. Il y a une chose à laquelle il ne faut pas toucher dans le stud-book du trotteur français, c’est le nombre de juments inscrites à notre stud-book saillies par étalon. Il est limité à 100 par an et il ne faut surtout pas le toucher. C’est ce qui nous permet collectivement de nous protéger de tous les excès.
Il y a une chose à laquelle il ne faut pas toucher dans le stud-book du trotteur français, c’est le nombre de juments inscrites à notre stud-book saillies par étalon. Il est limité à 100 par an et il ne faut surtout pas le toucher.
Cette question de transport de semence réfrigérée ne fait-elle pas écho au saut technologique vécu dans le trot avec l’arrivée de l’insémination artificielle dans les années 1980 ?
C’est vrai qu’on peut dire que les mêmes personnes aujourd’hui opposées au transport étaient contre l’insémination artificielle il y a quarante-cinq ans. Et pourtant, avec le recul, on voit que tout le monde s’y est mis. Il faut rappeler tous les apports de l’insémination artificielle. On en tire beaucoup de bénéfices, les premiers étant que les étalons saillissent moins et que la sécurité sanitaire s’est améliorée. Demandez au monde du pur sang ce qui se passe quand vous avez des étalons "plombés" avec la métrite. Depuis, on n’a pas bougé pour passer au transport de semence réfrigérée.
Est-ce qu’il n’y a pas, quand même, des inconvénients à la mise en place du transport de semence réfrigérée ?
Pas vraiment. Le coût du processus de transport et d’insémination revient à quelques centaines d’euros. C’est notoirement inférieur aux budgets de déplacement pris en charge par les éleveurs excentrés. Certains vont dire : cela va impacter le nombre de juments en station dans les régions où sont stationnés les étalons. C’est vrai et c'est faux mais, de l’autre côté, est-ce que vous trouvez normal que les éleveurs excentrés ne profitent pas de leurs juments et poulains pendant la saison de monte ? Certains sont séparés de leurs chevaux pendant deux mois. Ce n'est pas normal comme c’est une hérésie de transporter des poulains âgés de huit jours dans un camion pendant de longues heures. Ou encore de rassembler dans les haras juments et foals aux heures de saillies, multipliant ainsi les contacts et les risques prophylactiques. C’est un débat dans lequel la notion de bien-être animal va prendre de plus en plus de place.
On peut dire que les mêmes personnes aujourd’hui opposées au transport étaient contre l’insémination artificielle il y a quarante-cinq ans.
Mais alors pourquoi cela bloque ? Pourquoi ne pas bouger comme vous dîtes ? Dans quelle mesure votre argumentation trouve-t-elle une opposition ?
Pour commencer, on peut aussi dire qu’on fait depuis plus de quarante ans au trot de l’insémination en semence fraîche. Dans le règlement du stud-book du trotteur français, il est noté que l’insémination en semence fraîche immédiate est autorisée. En revanche le transport, suivant les deux techniques, en réfrigéré ou en congelé, n’est pas autorisé. On est donc bien déjà dans le registre de l’insémination. Il faut maintenant avoir le courage de modifier le stud-book du trotteur français et toucher à quelques mots. On ne bouge pas par peur de changer une règle et d’être attaqué par nos voisins européens. Car là, il y a toujours ceux qui agitent le chiffon rouge de l’Europe. Leur position est de dire qu’il ne faut pas toucher à notre stud-book qui, dans sa dimension de fermeture, nous protège sur l’ouverture aux courses européennes. Je tiens à rappeler que les courses européennes représentent 16 % de nos allocations, et non de nos courses. C’est une situation qui existe depuis plus de trente ans. Je pense de ce point de vue qu’on peut parler de jurisprudence et de garantie. Cela ne bougera plus et ce qui nous avait protégés à l’époque était notre stud-book. C’est un fait. Il faut donc introduire le transport de sperme réfrigéré avec tous les verrous nécessaires. Et le premier d’entre eux est, je le répète, le maintien d’un nombre maximal de 100 juments saillies par an par étalon dans notre stud-book. De manière générale, le client a toujours raison. C'est lui, en l’occurrence l'éleveur, qui supporte les surcoûts liés à notre immobilisme en matière de transport de semence réfrigérée. Avons-nous le droit de faire peser un tel risque à notre filière d'élevage ? Si on ne fait rien, l'élevage de trotteurs va de plus en plus se concentrer entre les mains des "gros" acteurs tandis que sa base, composée d'un grand nombre de passionnés (N.D.L.R. : le chiffre moyen de juments par éleveur s'élève à 1,8 en France), s'effritera.
Epreuve, ou l’expérience du stud-book belge et du transport de semence
Achetée à la vente du Prix d’Amérique 2018 à Jean-Pierre Dubois,
Epreuve (Goetmals Wood) véhicule une grande lignée maternelle Rouges Terres, celle de la classique
Agrippa (Euripide) qui passe par sa fille, la bonne
Patricia 1’16 (Chambon P) puis
Carmensita 1’15 (Florestan). Non qualifiée et interdite de reproduction en France,
Epreuve avait été saillie à 3 ans et présentée pleine de
Mister J.P. en 2018. Avec elle, Franck Pellerot fréquente donc un stud-book étranger, le belge en l’occurrence. Présentée successivement par ses soins à
Varenne,
Andover Hall et
Mister J.P., elle affiche comme bilan ses cinq premiers produits qualifiés parmi lesquels quatre sont vainqueurs. Elle a principalement donné
Secret Of Law, né en 2021, des œuvres de
Mister J.P.. Le 5 ans compte 11 victoires (10 en Italie et 1 à Agen) et des gains de 38.979 €. Sa 4 ans
Trust Of Law (Mister J.P.) reste sur quatre victoires en italie. Franck Pellerot commente :
"C’est un peu par curiosité que je fais cela. Je n’ai utilisé avec Epreuve, et maintenant une de ses filles qui lui succède au haras, que du sperme congelé ou du réfrigéré et j’ai eu un poulain tous les ans (sept en sept ans). Et ma jument a fait zéro kilomètre".