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Fédération des Eleveurs : la parole aux associations | LETROT
Dossier élevage - volet 2/2

Fédération des Eleveurs : la parole aux associations

16/03/2025 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
Le projet visant à la création d'une Fédération des Eleveurs du Trot vient de connaître d'importants développements. Consécutivement aux avancées sur la constitution de la structure, portée par six associations régionales d'éleveurs, l'entrée dans le tour de table ces derniers jours de deux autres entités qui n'avaient pour le moment pas participé aux échanges (lire notre précédent article) ouvre de nouveaux horizons et accélère le processus. Ceci, sans présager de son résultat, à savoir la création ou non de la Fédération. Voici notre second volet sur le sujet.
Une vente, vitrine de l'élevage - © Province Courses / Pauline Lefaucheux Une vente, vitrine de l'élevage - © Province Courses / Pauline Lefaucheux
Scène d'élevage - © JLL - SETF Scène d'élevage - © JLL - SETF

◆ GETSO (Groupement des Eleveurs de Trotteurs du Sud-Ouest)
■ Nombre d’adhérents : 200
■ Président : Jean-Emmanuel Castagnet
■ Zone de représentation : Nouvelle Aquitaine et Occitanie
■ Financement : cotisations des membres et tombola = 90 % du financement / 10 % de subventions venant des Conseils des Equidés de Nouvelle Aquitaine & Occitanie.

1️⃣. La perception du projet et son avancement
Frédéric Barthe (vice-président du GETSO) : "D’abord, il faut dire que le GETSO est moteur de ce projet de fédération nationale. Pour l’instant, nous sommes à une étape regroupant des propositions faites entre les associations régionales. Il faut encore les valider avant d’en faire les composantes de nos statuts. L’idée est que chaque association d’éleveurs, qui compose un collège, ait le même poids au sein de la fédération et dispose de trois voix. Les statuts ont été pensés pour pouvoir intégrer toute association d’éleveurs représentative grâce au principe des collèges. La piste évoquée pour le financement est une contribution à hauteur de 10 euros par livret signalétique pour les adhérents de la fédération. L’idée serait de lancer la fédération cette année. La journée des Champions du mois de juin a été évoquée mais il reste à voir si c’est encore tenable."

2️⃣. Le champ d'actions et les sujets possibles
Frédéric Barthe : "Les éleveurs de trotteurs en sont encore aux balbutiements en termes de données génétiques si l’on compare à la filière bovine par exemple. On souhaiterait que la fédération participe à l’élaboration d’une documentation génétique et technique de la race avec des informations factuelles à destination des éleveurs (notamment dans un annuaire des étalons). Il y aussi le champ de la génomique qui peut s’ouvrir aux éleveurs. Une des questions derrière ces nouveaux domaines est de savoir s’il faudra rendre publiques ou non leurs données. Un éleveur sera-t-il obligé de diffuser une "photo génétique" de son poulain, y compris si elle est lui défavorable ? Voilà un terrain qu’il va falloir défricher sur lequel une fédération pourrait être en pointe. Une telle fédération pourra/devra aussi travailler sur les sujets importants et clivants, comme le transport de sperme, une question importante pour les éleveurs du Sud-Ouest. Mais il faudra mener des études juridiques pour savoir ce qu'il est réalisable ou non, dans la limite des conséquences. On ne peut pas faire n’importe quoi avec la race du Trotteur Français."

◆ Qualitrot Picardie
■ Nombre d’adhérents : 100
■ Président : Alain Bloquet
■ Zone de représentation prioritaire : Picardie
■ Financement : cotisations des membres (50 €) + recettes supplémentaires obtenues lors de l'Assemblée Générale avec les saillies appartenant à l'Association ou offertes par des donateurs


Sur le même thème : la nouvelle impulsion du SNECTF


1️⃣. La perception du projet et son avancement
Alain Bloquet : "La majorité de nos membres est plutôt favorable à une fédération. Ce projet permettra d’avoir une meilleure représentation des éleveurs au niveau de la SETF. Les réticences de quelques personnes proviennent du mode de financement avec un prélèvement de 10 euros lors de l’établissement de chaque livret signalétique. On sent une désaffection de l’élevage dans notre région avec un nombre d’éleveurs et des effectifs de poulinières en baisse. Le contexte général n’est pas bon (chute des enjeux, marché des trotteurs très compliqué). C'est aussi pourquoi on est évidemment favorables à la création d’une fédération des éleveurs pour être plus acteurs, ensemble, de grandes décisions à venir."

2️⃣. Le champ d'actions et les sujets possibles
Alain Bloquet : "La question du transport de sperme est délicate. Qualitrot Picardie s’est exprimé en faveur de ce transport mais on sait qu’il faut aussi faire attention car des semences qui se baladeraient dans toute l’Europe peuvent avoir un effet négatif en retour. Le constat est le même pour l’ouverture augmentée du livre généalogique. Ce sont des sujets qui doivent être discutés ensemble. Le fait de le faire au sein d’une fédération nous permettra de meilleurs échanges et de mieux faire entendre notre voix."

◆ UPECT (Union des Propriétaires et Eleveurs de Chevaux Trotteurs)
■ Nombre d’adhérents : 240
■ Président : James Carpentier
■ Zone de représentation prioritaire : Hauts-de-France
■ Financement : cotisation des adhérents + recettes des enchères lors de l'Assemblée Générale sur des saillies

1️⃣. La perception du projet et son avancement
James Carpentier : "Nous nous retrouvons tout à fait dans ce projet national pour être force de proposition auprès de la société mère sur les sujets de l’élevage et du stud-book. Le projet n’est pas encore finalisé, il y a des réunions à venir et des sujets ouverts comme celui de la représentativité de chaque association membre. Il faut faire en sorte que chaque région ait un pouvoir réel de peser dans les décisions futures. Je dois présenter à mes adhérents prochainement la proposition d’accorder trois représentants à chaque association au sein de la fédération. De manière générale, la fédération des éleveurs du galop pourrait être inspirante sans être forcément un modèle en raison des différences entre le galop et le trot. Le financement et les ambitions – les deux vont ensemble – d’une fédération d’éleveurs sont aussi un sujet incontournable. Pour l’instant, l’option serait une contribution à hauteur de dix euros par livret signalétique émis par les adhérents. Cela reste encore à l’heure actuelle une option."

Eleveurs à Vincennes - © JLL-SETF Eleveurs à Vincennes - © JLL-SETF

2️⃣. Le champ d'actions et les sujets possibles
James Carpentier : "Au-delà des grands sujets chauds que l’on connaît (la préservation du stud-book, le transport de sperme), il y a à mon avis, à côté, des petits sujets remontés de nos adhérents qui doivent être traités de la même manière. Le plus important est que chaque association, et donc chaque région, puisse remonter les sujets qui lui sont propres car cela peut concerner tout le monde. En étant dans une entité forte et représentative au plan national, cela ne pourra qu’aider tout le monde sur tous ces sujets et les sortir de leur enclave régionale. Quant aux grands sujets, il faut aussi savoir qu’ils sont clivants. Par exemple, au sein de l’UPECT, les avis ne sont pas unanimes sur le transport de sperme. C’est même très partagé."

Les deux associations qui entrent dans les discussions

◆ SNECTF (Syndicat National des Eleveurs de Chevaux Trotteurs Français)
■ Nombre d’adhérents : 300 (contre 250 en 2024)
■ Président : Stéphane Provoost
■ Zone de représentation prioritaire : nationale (essentiellement la grande moitié nord de la France)
■ Financement : cotisations annuelles des membres (30 €)
Une nouvelle équipe vient de prendre les rênes du SNECTF pour le redynamiser. Dans une longue interview en février, le nouveau président Stéphane Provoost nous déclarait ainsi (à retrouver par ce LIEN) : "On veut de nouveau être présent dans le paysage et dans le projet de fédération des éleveurs qui doit regrouper tous les syndicats." Réservé et prudent sur l'intérêt d'un nouvel acteur de l'élevage, il nous ajoute : "À la base, j’ai encore du mal à comprendre le projet de la fédération car on a un système qui fonctionne bien avec des représentants de l’élevage dans les statuts de la commission de l’Elevage de la SETF par exemple. Après, il faut peut-être un interlocuteur commun au niveau des ministères et administrations. De ce point de vue, une fédération est peut-être une bonne chose mais il faut qu’elle soit créée dans le bon sens."


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◆ Société du Cheval Anglo-Normand
■ Nombre d’adhérents : 500
■ Président : Jean-Pierre Viel
■ Zone de représentation prioritaire : Normandie
■ Financement : cotisations des membres (20 €) et cotisations spéciales pour tirage au sort de saillies
Absente jusqu’à présent des échanges et discussions sur le projet de fédération des éleveurs du trot, la Société du Cheval Anglo-Normand, par la voix de son président Jean-Pierre Viel, nous a développé sa ligne de conduite générale : "La Société du Cheval Anglo-Normand a des missions bien remplies entre la représentation de l’élevage en Normandie et l’organisation des ventes de Caen. Notre zone de couverture élargie, Normandie - Pays-de-Loire - Bretagne, concentre 90 % de l’élevage français. Qu’il y ait quelqu’un, au niveau national, qui se préoccupe des éleveurs de toutes les fédérations régionales, pourquoi pas ? Mais comment cela va marcher ? Comment seront représentés les associations régionales et avec quelle pondération pour chacune ? Qui en aura la présidence ? Bref, il faut avoir des garanties sur l’organisation d’une future fédération pour que nous puissions y entrer. Chaque association régionale défend ses propres membres et intérêts et c’est normal. Pour les grandes questions nationales, il faut aussi rappeler qu’il y a des commissions d’élevage et du stud-book à la SETF avec des gens, dont des éleveurs, qui font partie du Comité et qui ont normalement des compétences pour prendre des décisions. Si tel n’est pas le cas, qu’ils se retirent." Après nos premiers échanges, Jean-Pierre Viel a décidé d'infléchir sa ligne de conduite et nous a appris ce vendredi : "Nous allons échanger sur le projet d'une fédération nationale d'éleveurs avec les autres associations régionales. Il s’agit pour l’heure de voir s’il est possible de faire quelque chose ensemble. Nous voulons connaître le projet et avoir les avis des autres associations d’éleveurs." Une nouvelle position qui change tout du côté du projet fédératif (lire notre précédente édition).

Parmi les propositions imaginées par Jean-Pierre Viel pour faire évoluer l'élevage français, il y a une aide au transport des juments éloignés de la Normandie. "Pourquoi ne pas utiliser le montant des primes à l'éleveur non distribuées aux entourages des chevaux étrangers dans nos courses pour créer une indemnisation au transport des juments qui font de longs déplacements pour venir à un étalon en Normandie ? Cela concernerait d'après nos estimations 800 juments, sur les 2.000 qui sont rattachées aux régions distantes de la Normandie et des Pays-de-Loire."

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