Histoires de familles
Fils de leurs pères et plus encore
13/02/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
En l’espace d’une semaine, Jérémy Van Eeckhaute et Thomas Levesque ont remporté respectivement le Prix de l’Île-de-France avec Kapaula de l’Epine et le Prix de France Eqwin avec Iroise de la Noé. Au palmarès de ces deux épreuves prestigieuses du meeting d’hiver, ils rejoignent leurs pères, Joël pour le premier, vainqueur il y a vingt-cinq ans avec Grâce Ducal, et Pierre pour le second, lauréat seize ans plus tôt après Meaulnes du Corta. Sans qu’ils doivent être cantonnés dans ce seul lien familial, les deux trentenaires s’inscrivent dans les pas de leurs pères, chacun avec son parcours particulier.
Les liens qui unissent les Van Eeckhaute père et fils ont toujours été forts et, si on sait combien le travail en famille peut se révéler compliqué et même impossible au risque de mettre en péril la relation parent-enfant, il semble aller de soi dans leur cas.
"On a toujours été très proches et on travaille ensemble de manière assez facile, apprécie Jérémy.
Il est un soutien important. J’ai beaucoup de chance de l’avoir. Je pense qu’il est aussi un peu fier de moi quand il voit le travail que l’on sort. Même si j’ai fait quelques écuries extérieures quand j’étais jeune, il m’a formé et m’a tout appris. On n’a pas besoin de grands discours pour se comprendre, mais il a toujours de bons avis." Mon père est un soutien important. J’ai beaucoup de chance de l’avoir. Je pense qu’il est aussi un peu fier de moi quand il voit le travail que l’on sort. (Jérémy Van Eeckhaute)
L'appréciation est identique côté paternel.
"Avec Jérémy, on est soudés depuis longtemps. On a une relation forte. On s’est toujours bien entendus", se réjouit Joël.
Besoin d'indépendance
S'ils exercent sur le même site familial du Haras de Bellevent à Beuzeville-la-Bastille dans la Manche, Pierre et Thomas Levesque sont depuis plusieurs années à la tête de deux entités distinctes. Après avoir travaillé avec son père, le fils a souhaité voler de ses propres ailes.
"Nous avons un caractère similaire, un caractère fort en l’occurrence, explique Thomas Levesque.
Par conséquent, il était difficile de travailler ensemble, ça ne collait pas toujours. Par ailleurs, je voulais être indépendant. Il fallait que je me débrouille seul et cela m’allait très bien. Je ne voulais pas être catalogué "fils de"."
Il va alors se lancer dans le développement de sa propre écurie et faire le pari de la jeunesse en débourrant beaucoup de poulains. Une option payante qui lui a permis de sortir trois vainqueurs de Groupe 1 à l'Étrier en l'espace d'un an avec
Kyt Kat (Booster Winner),
Kandora Bella (Prodigious) et
Lexie de Banville (Real De Lou) avant qu'
Iroise de la Noé ne vienne parachever cette réussite à l'attelé cette fois dans le Prix de France Eqwin.
"C’est le fruit du travail. Des fois ça passe, des fois on se trompe. Nos vainqueurs de Groupes 1 ont été façonnés de A à Z. Je suis fier du travail de toute l’équipe."
Pierre Levesque est un observateur privilégié de cette ascension.
"C’est de la fierté de le voir réussir, ne cache pas le père.
Il fait tout lui-même. Iroise de la Noé lui a été proposé à la location, mais il l’a fabriquée. Il essaye beaucoup de poulains, ce qui fait sa force. En contrepartie, c’est beaucoup de travail et cela nécessite d’employer du personnel. C’est vraiment tout son travail qui est récompensé avec ce Prix de France mais aussi sa patience car la jument en raison de son grand modèle a eu plein de problèmes. Ça n’a pas été toujours facile, elle a souvent été sur la touche."
Et quand, à l'issue d'une préparation millimétrée pour arriver le jour J au summum de sa forme, la jument ne peut même pas défendre ses chances, la déception est immense, à la hauteur des espoirs de la voir gagner qui étaient ceux de Thomas Levesque.
"La jument aurait été battue à la régulière, tu te fais une raison et tu l’acceptes parce qu’il y a meilleur qu’elle. Mais là on n’a rien vu. Elle n’a même pas participé à la course, se désole l'entraîneur aux trois Prix d'Amérique Legend Race.
C’est terriblement frustrant. Thomas a un caractère fort. Cela lui a joué des tours parfois. Il est un peu impulsif. Il supporte mal la défaite. Mais il faut prendre des coups dans ce métier et dans la compétition en règle générale. C’est aussi pourquoi il a voulu prendre vite son indépendance. C’était plus simple. Il a son équipe et travaille à sa façon. Ce n’est pas très facile de travailler ensemble père et fils. Quand le fils est jeune, ça va mais ils ont vite besoin d’indépendance en règle générale. " Témoin de la détresse de son fils, il l'a vu aussi se remobiliser.
"Il a raison en disant qu’il fallait aller de l’avant après une telle déception, poursuit-il.
Deux ou trois jours après, il avait digéré. Il commence à avoir de l’expérience. Il y a quelques années, cela aurait été plus compliqué. Il prend de la maturité et commence à connaître le métier." Thomas a un caractère fort. Cela lui a joué des tours parfois. Il supporte mal la défaite. Mais il faut prendre des coups dans ce métier et dans la compétition en règle générale. (Pierre Levesque)
L'expérience de la gestion de cet hiver 2025-2026 si particulier où Thomas Levesque a su rebondir après avoir touché le fond -
"il a eu tellement de déception le jour du Prix d’Amérique que l’émotion de le voir gagner le Prix de France est encore plus forte. Ce sont des moments qui prennent aux tripes" - lui sera bénéfique aux yeux de son père.
"Il s’est fétiché dans le Prix d’Amérique. Vu la forme de la jument cette année et le parcours qu’il lui a donné l’an dernier où elle aurait un ou deux avec Idao de Tillard si elle n’avait pas été défraîchie le jour J, la jument aurait pu gagner cette année, estime-t-il.
Mais il a été deux mois à pied et n’a pas couru beaucoup en début de meeting à Vincennes, si bien qu'il ne sentait pas de la mener. Il regrette forcément. C’est passé. Il ne refera pas la même erreur. Dimanche, il a mené une très belle course. Il n’est pas moins doué qu’un autre. Je suis sûr qu’il ferait partie des meilleurs s’il se consacrait à la drive et avait un agent."
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