2) Examens complémentaires diagnostiques
Face à cette variabilité clinique, les examens complémentaires jouent un rôle central. Ils permettent de détecter précocement les atteintes et d’orienter la prise en charge.
a. Analyses sanguines
Les analyses sanguines constituent un outil d’alerte. Une hyperfibrinogénémie, une augmentation de la Serum Amyloid A (SAA) et des modifications de la numération formule (notamment une leucocytose = augmentation des globules) sont fréquemment observées mais pas constant. Ces paramètres traduisent un état inflammatoire, mais restent non spécifiques. Le suivi de ces analyses sanguines permet aussi de suivre la guérison d’un animal en cours de traitement.
b. Échographies (pulmonaire et abdominale)
L’échographie thoracique est aujourd’hui un outil incontournable pour le diagnostic d’une pneumonie à rhodococcose. Elle permet de détecter précocement les abcès pulmonaires, parfois avant l’apparition de signes cliniques (Photo 2). L’échographie abdominale peut également être utile pour identifier d’éventuelles formes extrapulmonaires comme un abcès abdominal (Photo 3).
c. Radiographie thoracique
Dans le cas d’abcès pulmonaire profond, la radiographie thoracique permet de visualiser des lésions non visualisables à l’échographie (photo 4).
d. Scanner
Dans certain cas présentant un tableau évocateur de rhodococcose, sans que des lésions évidentes soient décelées avec les examens d’imagerie précédent, le scanner peut être utile car il permet de visualiser toutes les structures plus profondes avec beaucoup de précision (photo 5). Il est par ailleurs très adapté aux poulains puisque leur taille permet de réaliser si besoin un scanner du corps entier. Cet examen nécessite la réalisation d’une anesthésie générale.
e. Le gold standard : recherche de la bactérie par prélèvement trachéal
Le diagnostic de certitude repose sur l’identification de Rhodococcus equi à partir d’un lavage trachéal (photo 6). Cet examen permet non seulement de confirmer la présence de la bactérie, mais aussi d’évaluer sa virulence et d’adapter le traitement. Il permet aussi dans de nombreux cas d’isoler d’autres bactéries autres que Rhodococcus equi (notamment Streptococcus equi zooepidemicus) qui peuvent être responsable de pneumonie similaire et aussi grave que la rhodococcose.
La rhodococcose : maladie, diagnostic et traitement
01/05/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
La bactérie responsable : Rhodococcus equi
La rhodococcose est une affection bien connue mondialement des éleveurs de chevaux, en particulier dans les structures de reproduction. Elle est causée par Rhodococcus equi, une bactérie tellurique, c’est-à-dire présente naturellement dans le sol, en particulier dans les environnements secs, poussiéreux et riches en matières organiques.
Cette bactérie a la particularité de pouvoir survivre et se multiplier dans les macrophages, ce qui lui confère une capacité à échapper au système immunitaire du poulain. Certaines souches, dites virulentes, possèdent des facteurs de virulence spécifiques (notamment la protéine VapA) qui sont responsables des formes cliniques les plus sévères.
Le traitement
1) Les antibiotiques, ce n’est pas automatique
Le traitement repose classiquement sur une association d’antibiotiques spécifiques. Toutefois, leur utilisation doit être raisonnée. Toutes les lésions détectées à l’échographie ne nécessitent pas systématiquement un traitement. Une surutilisation des antibiotiques favorise l’émergence de résistances et doit être évitée. En effet, à force de traiter, certaines souches de rhodococcus equi sont devenues résistantes à tous les antibiotiques. Dans ces cas, aucun agent anti infectieux n’est plus efficace et les conséquences pour le haras sont lourdes.
2) Gestion de la fièvre
La fièvre peut être traitée notamment à l’aide d’antipyrétiques (paracétamol, dipyrone) ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens. Cela permet d’améliorer le confort du poulain et de limiter les conséquences de l’inflammation.
L’hyperthermie peut aussi être la conséquence des antibiotiques spécifiques utilisés contre la bactérie qui peuvent pour certains inhiber la sudation. La gestion inclut alors une composante environnementale : éviter au maximum l’exposition aux poussières, garder le poulain dans un environnement frais, bien ventilé. Les jours de forte chaleur notamment sont à risque et il vaut mieux garder le poulain à l’abris d’une chaleur trop importante.
3) En cas de forme grave
Les formes sévères nécessitent une prise en charge intensive, souvent en milieu hospitalier. Une oxygénothérapie (photo 7), une surveillance rapprochée et des soins de support peuvent être indispensables pour améliorer le pronostic.
Il est important pour le transport jusqu’à l’hopital de garder le poulain au frais, si possible ne pas effectuer de transport en pleine journée si il fait chaud afin de ne pas augmenter d’avantage la température du poulain.
4) De nouvelles pistes de recherche dans la compréhension de la rhodococcose
Il a été observé dans plusieurs hôpitaux de manière empirique qu’il arrivait que des poulains de la même jument fassent des forces graves d’une année sur l’autre. Une prédisposition génétique à développer une forme grave de rhodococcose est suspectée et c’est actuellement un sujet de recherche dans plusieurs laboratoires.
Conclusion
En bref, quelle conduite tenir en cas de suspicion au haras ?
Face à un poulain suspect de rhodococcose, la réactivité est essentielle. Une évaluation clinique rapide, complétée par des examens adaptés (notamment échographique, analyses sanguines voire prélèvement trachéal), permet d’orienter la prise en charge. Le recours précoce au vétérinaire, associé à une stratégie diagnostique raisonnée, est la clé pour limiter l’impact de la maladie tout en évitant les traitements inutiles. Enfin, la gestion globale de l’élevage reste un levier majeur dans la prévention de cette affection complexe et parfois lourde de conséquences.