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La vermifugation : gestion raisonnée des parasites | LETROT
SANTÉ DU TROTTEUR

La vermifugation : gestion raisonnée des parasites

02/10/2026 - BIEN ETRE ANIMAL - 24H au Trot

Pendant longtemps, la vermifugation reposait sur un principe simple : traiter régulièrement tous les chevaux d’une écurie selon un calendrier prédéfini. Aujourd’hui, cette approche montre ses limites.

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Comprendre le problème : pourquoi les vermifuges deviennent-ils moins efficaces ?
La résistance aux antiparasitaires ne signifie pas que le vermifuge « devient mauvais », mais que la population de parasites contient une proportion croissante d’individus capables de survivre à un traitement auparavant efficace. L’utilisation répétée et systématique des mêmes molécules exerce une pression de sélection : les parasites sensibles sont éliminés, tandis que les parasites résistants survivent et se reproduisent. Au fil du temps, l’efficacité des traitements diminue. L’objectif d’une vermifugation raisonnée n’est donc pas d’éliminer tous les parasites du cheval. Il s’agit de maintenir leur charge parasitaire suffisamment basse pour éviter les conséquences cliniques, tout en conservant dans la population une proportion de parasites sensibles aux traitements.

Au fil du temps, l’efficacité des traitements diminue.

Tous les chevaux ne présentent pas le même risque
Le risque parasitaire dépend de nombreux facteurs : âge, environnement, densité de population, gestion des pâtures, historique des traitements, mouvements de chevaux et niveau de contamination des parcelles. Un poulain, un yearling, un cheval adulte ou un nouvel arrivant ne présentent donc pas le même risque. Dans un élevage comprenant plusieurs catégories d’âge, le programme antiparasitaire doit être adapté à chaque groupe. Le programme d’une poulinière ne doit pas être appliqué à son poulain, pas plus que celui d’un cheval adulte à un yearling.


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Les coproscopies : un outil indispensable, mais à bien interpréter
La coproscopie permet principalement d’identifier les chevaux excrétant davantage d’œufs de strongles. Différents types d’œufs de parasites peuvent être identifiés (image 9) mais elle ne constitue pas un « bilan parasitaire complet ». Le nombre d’œufs retrouvées dans les fèces ne reflète pas directement le nombre total de parasites présents dans le cheval et certains parasites ou stades larvaires sont mal évalués par cet examen. Selon la situation, plusieurs coproscopies peuvent être réalisées au cours de l’année pour suivre l’évolution et identifier les chevaux nécessitant prioritairement un traitement.

Les poulains et jeunes chevaux : un groupe à part
Les poulains et les yearlings nécessitent une attention particulière. Les ascaris, notamment, constituent un problème majeur chez les jeunes chevaux. Leurs œufs sont extrêmement résistants dans l’environnement : ils peuvent persister pendant plusieurs années. La gestion des pâtures est donc essentielle dans les élevages où plusieurs générations utilisent les mêmes parcelles. Avec l’âge, la proportion de strongles et de ténias augmente. Le programme antiparasitaire doit ainsi évoluer en fonction de l’âge, du type de parasite, de l’environnement, de la densité du lot, de l’état général du cheval, des traitements précédents et de leur efficacité connue. Une pâture utilisée chaque année par des poulains n’est pas nécessairement une pâture adaptée aux poulains sur le plan parasitaire.

Le meilleur vermifuge est parfois… la gestion de la pâture
La réduction de la contamination environnementale constitue un élément majeur de la lutte contre les parasites qui permettent de diminuer la pression parasitaire sans augmenter la pression de sélection exercée par les traitements.
→Ramasser les crottins : Le ramassage régulier des crottins réduit directement la contamination des pâtures. Cette mesure est particulièrement intéressante dans les petites pâtures et les paddocks fortement fréquentés.
→Réduire la densité : Plus la densité de chevaux est élevée, plus la quantité de fèces déposées augmente et plus la contamination potentielle est importante.
→Faire tourner les pâtures : La rotation des parcelles permet de limiter l’accumulation des formes infectantes. Son efficacité dépend toutefois de la durée de repos, de la saison, des conditions météorologiques et du parasite concerné.
→Utiliser d’autres espèces : Le pâturage mixte ou la rotation avec des ruminants peut contribuer à réduire la contamination par certains parasites équins, car la majorité d’entre eux ne peuvent pas poursuivre leur développement chez les ruminants.

Le principe du refuge : pourquoi laisser certains chevaux non traités ?
Lorsqu’un groupe entier est traité simultanément, les parasites sensibles sont éliminés tandis que les parasites résistants survivent. Leur proportion augmente alors dans la population. À l’inverse, conserver une population de parasites sensibles chez certains chevaux non traités ou dans l’environnement permet de maintenir une population refuge. Ces parasites sensibles contribuent à diluer les parasites résistants et à ralentir leur sélection). Cette stratégie doit cependant être adaptée au contexte et ne peut pas être appliquée aveuglément, notamment chez les poulains à haut risque, les chevaux malades ou dans certaines situations parasitaires particulières.

 

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Choisir correctement le vermifuge
Lorsqu’un traitement est nécessaire, trois éléments doivent être pris en compte : connaître le parasite ciblé, connaître l’efficacité attendue de la molécule dans l’élevage et administrer correctement le produit. Changer systématiquement de molécule ne constitue pas une stratégie de prévention de la résistance. À l’inverse, continuer à utiliser une molécule simplement parce qu’elle « a toujours marché » peut devenir problématique si son efficacité diminue. Le poids doit être correctement estimé afin d’éviter le sous-dosage et le produit doit être utilisé conformément à son autorisation de mise sur le marché et aux recommandations du vétérinaire. Une traçabilité des traitements et des résultats de coproscopie permet également de mieux suivre la situation de chaque cheval et de l’ensemble de l’élevage.

Comment savoir si le vermifuge fonctionne encore ?
Donner un vermifuge ne signifie pas nécessairement qu’il a été efficace. Un bon moyen d’estimer l’efficacité d’un vermifuge est d’effectuer le test de réduction de l’excrétion fécale. Le principe de ce test est en effet de réaliser une coproscopie avant et après vermifuge et d’évaluer l’évolution de l’excrétion des œufs dans les crottins. Un résultat insuffisant ne signifie pas immédiatement qu’une résistance est présente. Il faut d’abord rechercher d’éventuels problèmes d’estimation de poids, de dose, d’administration, de stockage ou de prise du produit. Evaluer l’efficacité des traitements est primordial : cela permet d’identifier les résistances et d’adapter les traitements.


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L’arrivée d’un nouveau cheval : un moment critique
Un cheval nouvellement introduit dans une écurie peut apporter une population parasitaire différente, potentiellement résistante. La quarantaine constitue donc également une mesure de biosécurité parasitaire. Elle doit permettre d’évaluer l’historique du cheval, ses traitements récents, ses résultats de coproscopie et, lorsque cela est possible, l’efficacité connue des traitements dans son élevage d’origine. L’objectif est d’éviter qu’un nouvel arrivant devienne involontairement une source de contamination pour l’ensemble de l’écurie.

Une approche qui permet aussi de protéger l’environnement
La diminution des traitements inutiles présente également un intérêt environnemental. Certaines molécules antiparasitaires sont excrétées dans les crottins et peuvent avoir des effets sur des organismes non ciblés, notamment certains insectes. Le ramassage des crottins, la gestion des pâtures et la réduction des traitements inutiles permettent donc de poursuivre simultanément deux objectifs : réduire la pression parasitaire tout en limitant les rejets de produits antiparasitaires dans l’environnement.

Un travail d’équipe entre éleveur, entraîneur et vétérinaire
La réussite d’une stratégie raisonnée repose sur la collaboration entre les différents acteurs. L’éleveur apporte sa connaissance des pâtures, des groupes d’âge, des rotations, des dates de naissance et des conditions d’élevage. L’entraîneur connaît les mouvements de chevaux, les changements de lots, les paddocks utilisés et les nouveaux arrivants. Le vétérinaire apporte son expertise pour interpréter les résultats, évaluer le risque, comprendre les cycles parasitaires, choisir les traitements et en contrôler l’efficacité.

Conclusion : moins traiter, mais surtout mieux traiter

La lutte contre les parasites digestifs du cheval évolue. Pendant longtemps, le succès d’un programme était associé au nombre de traitements administrés. Aujourd’hui, les connaissances sur les résistances montrent que cette logique doit changer. La question n’est plus : « Quand dois-je vermifuger mon cheval ? », Mais : « Quel est son risque parasitaire, comment puis-je le surveiller et a-t-il réellement besoin d’un traitement aujourd’hui ? ». Cela ne signifie pas qu’il faut arrêter de vermifuger, cela signifie qu’il faut arrêter de vermifuger par habitude. Un traitement correctement choisi, administré au bon cheval, au bon moment et pour le bon parasite a davantage de valeur qu’une succession de traitements systématiques. Pour l’éleveur comme pour l’entraîneur, l’enjeu est donc double : protéger les chevaux présents dans l’écurie aujourd’hui, tout en préservant l’efficacité des antiparasitaires pour les chevaux de demain. La gestion durable des parasites est finalement comparable à la gestion d’un capital : les molécules efficaces dont nous disposons aujourd’hui ne sont pas inépuisables. Leur utilisation raisonnée est indispensable pour continuer à pouvoir compter sur elles demain.

 


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