Comprendre le problème : pourquoi les vermifuges deviennent-ils moins efficaces ?
La résistance aux antiparasitaires ne signifie pas que le vermifuge « devient mauvais », mais que la population de parasites contient une proportion croissante d’individus capables de survivre à un traitement auparavant efficace. L’utilisation répétée et systématique des mêmes molécules exerce une pression de sélection : les parasites sensibles sont éliminés, tandis que les parasites résistants survivent et se reproduisent. Au fil du temps, l’efficacité des traitements diminue. L’objectif d’une vermifugation raisonnée n’est donc pas d’éliminer tous les parasites du cheval. Il s’agit de maintenir leur charge parasitaire suffisamment basse pour éviter les conséquences cliniques, tout en conservant dans la population une proportion de parasites sensibles aux traitements.
Au fil du temps, l’efficacité des traitements diminue.
Tous les chevaux ne présentent pas le même risque
Le risque parasitaire dépend de nombreux facteurs : âge, environnement, densité de population, gestion des pâtures, historique des traitements, mouvements de chevaux et niveau de contamination des parcelles. Un poulain, un yearling, un cheval adulte ou un nouvel arrivant ne présentent donc pas le même risque. Dans un élevage comprenant plusieurs catégories d’âge, le programme antiparasitaire doit être adapté à chaque groupe. Le programme d’une poulinière ne doit pas être appliqué à son poulain, pas plus que celui d’un cheval adulte à un yearling.
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Les coproscopies : un outil indispensable, mais à bien interpréter
La coproscopie permet principalement d’identifier les chevaux excrétant davantage d’œufs de strongles. Différents types d’œufs de parasites peuvent être identifiés (image 9) mais elle ne constitue pas un « bilan parasitaire complet ». Le nombre d’œufs retrouvées dans les fèces ne reflète pas directement le nombre total de parasites présents dans le cheval et certains parasites ou stades larvaires sont mal évalués par cet examen. Selon la situation, plusieurs coproscopies peuvent être réalisées au cours de l’année pour suivre l’évolution et identifier les chevaux nécessitant prioritairement un traitement.
Les poulains et jeunes chevaux : un groupe à part
Les poulains et les yearlings nécessitent une attention particulière. Les ascaris, notamment, constituent un problème majeur chez les jeunes chevaux. Leurs œufs sont extrêmement résistants dans l’environnement : ils peuvent persister pendant plusieurs années. La gestion des pâtures est donc essentielle dans les élevages où plusieurs générations utilisent les mêmes parcelles. Avec l’âge, la proportion de strongles et de ténias augmente. Le programme antiparasitaire doit ainsi évoluer en fonction de l’âge, du type de parasite, de l’environnement, de la densité du lot, de l’état général du cheval, des traitements précédents et de leur efficacité connue. Une pâture utilisée chaque année par des poulains n’est pas nécessairement une pâture adaptée aux poulains sur le plan parasitaire.
Le meilleur vermifuge est parfois… la gestion de la pâture
La réduction de la contamination environnementale constitue un élément majeur de la lutte contre les parasites qui permettent de diminuer la pression parasitaire sans augmenter la pression de sélection exercée par les traitements.
→Ramasser les crottins : Le ramassage régulier des crottins réduit directement la contamination des pâtures. Cette mesure est particulièrement intéressante dans les petites pâtures et les paddocks fortement fréquentés.
→Réduire la densité : Plus la densité de chevaux est élevée, plus la quantité de fèces déposées augmente et plus la contamination potentielle est importante.
→Faire tourner les pâtures : La rotation des parcelles permet de limiter l’accumulation des formes infectantes. Son efficacité dépend toutefois de la durée de repos, de la saison, des conditions météorologiques et du parasite concerné.
→Utiliser d’autres espèces : Le pâturage mixte ou la rotation avec des ruminants peut contribuer à réduire la contamination par certains parasites équins, car la majorité d’entre eux ne peuvent pas poursuivre leur développement chez les ruminants.
Le principe du refuge : pourquoi laisser certains chevaux non traités ?
Lorsqu’un groupe entier est traité simultanément, les parasites sensibles sont éliminés tandis que les parasites résistants survivent. Leur proportion augmente alors dans la population. À l’inverse, conserver une population de parasites sensibles chez certains chevaux non traités ou dans l’environnement permet de maintenir une population refuge. Ces parasites sensibles contribuent à diluer les parasites résistants et à ralentir leur sélection). Cette stratégie doit cependant être adaptée au contexte et ne peut pas être appliquée aveuglément, notamment chez les poulains à haut risque, les chevaux malades ou dans certaines situations parasitaires particulières.