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Les courses au trot célèbrent leurs 190 ans d'existence | LETROT
HISTORIQUE

Les courses au trot célèbrent leurs 190 ans d'existence

25/09/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot

En cette fin de semaine, les 25 et 26 septembre, les courses au trot fêtent leurs 190 ans d’existence. Il y a près de deux siècles, en effet, aux prémices de l’automne 1836, sur la plage de Cherbourg, en Normandie, avaient lieu les premières compétitions officielles dédiées au trotting. La cheville ouvrière de cette création ? Ephrem-Gabriel Houël, un novateur, un initiateur et, plus encore un visionnaire. Il est celui par qui le trot est advenu. Si nos trotteurs sont, aujourd’hui, internationalement reconnus, ils le doivent, primitivement, à Ephrem Houël.

Ephrem Houel Ephrem Houel - ©DR
hippodrome de cherbourg Une des salles du musée de Cherbourg - ©J-Ph Massieu

Certains jugent cette analyse révolutionnaire. Il est vrai qu’elle est en avance sur son temps. En esprit éclairé, Ephrem Houël conçoit les courses comme au service de l’élevage, selon la formule de Jean-Pierre Reynaldo, mémoire du trot français, qui cite, en résumé, le précurseur du trot d’aujourd’hui : "Tout le mérite d’un cheval ne consiste pas dans sa graisse et sa corpulence, mais dans ses moyens et ses allures." Tout est dit et l’on vient trop tard, pour faire une citation. Ou trop tôt, en l’occurrence… Car on est alors au milieu des années 1830 et le plus dur reste à faire pour Ephrem Houël : persuader les institutionnels et parvenir à organiser, effectivement, des courses, principalement de trot, l’allure habituelle des chevaux carrossiers normands. Pour ce faire, il frappe aux portes des édiles régionaux. Sans succès. Qu’à cela ne tienne, il se tourne vers l’administration des Haras, dont il fait partie. Il a une écoute attentive et bienveillante de la part du directeur général de l’époque, mais cela ne suffit pas à convaincre la commission d’experts à laquelle il est confronté. Il a à peine 30 ans et se fait moquer par l’un de ceux qui l’écoutent : "Jamais vous ne réussirez à faire trotter deux chevaux ensemble, sans qu’au bout de vingt pas, il y en ait un qui prenne le galop !"

La rencontre, providentielle, d’un marchand de vins !

Et pourtant… Ephrem Houël va aboutir, mener à bien sa croisade. Persévérant et obstiné, il finit par obtenir l’accord des autorités départementales de la Manche, grâce, en particulier, à l’un de leurs membres, Hippolyte Clérel de Tocqueville, frère du célèbre écrivain. Le projet de l’organisation de courses, en territoire manchois, est avalisé. Les finances demeurent, toutefois, à trouver. La rencontre, providentielle, d’un négociant en vins du nom de Gustave-Joseph Le Magnen, va se révéler décisive. Le Magnen cherche à dynamiser la ville de Cherbourg et à y attirer des clients anglais, dont le penchant pour les chevaux et les courses est bien connu. Il a là une opportunité, partagée, en retour, par Ephrem Houël, dont il va financer le projet.

Connaissez-vous Haguard ?

C’est ainsi que les 25 et 26 septembre 1836 adviendront les premières courses au trot sur le sol français (le susnommé Jean-Pierre Reynaldo évoque des essais de trotting, préalablement effectués, au début du siècle, mais sans officialisation, ni fiabilité accréditée). Cela se passe à Cherbourg, sur la grève, où a été dessiné un hippodrome de fortune, à l’emplacement du polygone de tir de l’artillerie de la marine. Il y a de la place pour les spectateurs, qui se pressent à l’événement et peuvent suivre les courses à pied, à cheval ou en voiture. Le succès est considérable. Ephrem Houël a prudemment choisi de mêler les disciplines du trot et du galop, pour ne pas complètement bouleverser les habitudes. Le sport et le spectacle y gagnent.


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Le premier jour, Haguard, cheval normand, âgé de 7 ans, fait coup double en gagnant l’épreuve de trot, puis celle de galop (sic !). En remportant celle au trot, il devient, à tout jamais, le premier trotteur vainqueur d’une compétition officielle en France. Il a couvert le parcours, soit un tour de l’hippodrome, en 4 minutes et 20 secondes. Le lendemain, il mettra son invincibilité du "meeting" dans la balance et, peut-être un peu défraîchi, sera défait par son aînée, la jument normande de 8 ans Madelon, qui boucle les deux tours du tracé en 10 minutes et 10 secondes.

La révélation du timbre des 190 ans - ©J-Ph Massieu La révélation du timbre des 190 ans - ©J-Ph Massieu

Ainsi la ville de Cherbourg était-elle, définitivement et historiquement, le berceau des courses au trot en France. Celle de Caen, mieux située géographiquement, allait bientôt prendre le relais, une nouvelle fois sous l’impulsion d’Ephrem Houël, qui y développera l’activité nouvelle et en affinera les critères de sélection, édictant des règles précises quant aux allures des compétiteurs. Si les courses de Cherbourg, qui se poursuivirent pendant une dizaine d’années, constituaient une ébauche, celles de Caen, accueillies avec le même enthousiasme populaire, étaient davantage élaborées, fruit d’une démarche plus avancée. Avec elles, le trot moderne, en fin de compte, était né.

Cherbourg est, définitivement et historiquement, le berceau des courses au trot en France

La suite vit la création, en 1864, toujours à Caen, de la Société d’Encouragement pour l’Amélioration du Cheval Français de Demi-Sang, autrement appelée "Société du Demi-Sang". Son premier président sera le marquis de Croix et son premier directeur le marquis de Cornulier. Le but est de fédérer les courses et de structurer un ensemble encore épars. Car, depuis les initiatives cherbourgeoises et caennaises, les compétitions de trot se sont développées un peu partout, avec succès, que ce soit à Angers, à Boulogne-sur-Mer, à Dieppe, à Langonnet, à Saint-Lô… L’idée est d’en arrêter les finalités et de fournir à l’Etat et aux Haras Nationaux –qui, donnant raison à Houël, n’achetaient plus alors que des étalons ayant fait leurs preuves en course– un seul et même interlocuteur. Dans un manifeste, publié en 1867, la Société du Demi-Sang définit sa mission comme ayant pour "objet de donner au cheval de service des encouragements plus nombreux et de pousser à un meilleur élevage. A cet effet, l’épreuve de trot étant la plus accessible à la généralité des éleveurs et la meilleure préparation pour le cheval de guerre et de service, la Société a fait des courses au trot sa spécialité (…). Le cheval dont nous poursuivons l’amélioration et la production en plus grande quantité est le cheval de tout le monde, le cheval de guerre, comme le cheval de chasse, le cheval d’équipage de luxe, comme celui, plus modeste, du propriétaire rural ou du commerçant." De la sorte, on comprend bien que le trot soit demeuré profondément enraciné en nos contrées, car, depuis ses balbutiements, il est, nous citons, l’affaire de tout le monde.


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La Société du Demi-Sang, ancêtre de la S.E.T.F.
La Société du Demi-Sang est l’ancêtre, en vérité, de la Société d’Encouragement à l’Elevage du Trotteur Français (S.E.T.F.) d’aujourd’hui. D’ailleurs, son siège aura tôt fait d’être transféré à Paris, où sera obtenu, auprès de la municipalité, la concession de l’hippodrome de Vincennes. Celui-ci donnera ses premières courses au trot –on y courait, auparavant, en obstacle– le 7 septembre 1879. Le programme est mixte, proposant six compétions, dont quatre au trot, trois sous la selle et une à l’attelage. Cette dernière est une course internationale, qui va être dominée par deux trotteurs russes. La foule des grands jours est au rendez-vous de cette inauguration.

Quelques autres grandes dates
D’autres grandes dates jalonnent l’histoire des courses au trot de 1836 à nos jours. La création, à l’initiative de Philippe du Rozier, du meeting d’hiver, en 1906, et son développement dans les années qui suivent ; le premier Prix d’Amérique, en 1920, baptisé ainsi en hommage aux alliés d’outre-Atlantique, venus nous porter secours au cours de la guerre qui vient de s’achever, et qui sera gagné par Pro Patria, appelé à rééditer l’année suivante ; l’avènement des premières courses en nocturne, en 1952, sous la présidence de René Ballière ; une politique régulière de grands travaux menée à Vincennes, devenu Paris-Vincennes, pour que celui-ci demeure l’écrin du trot français, y compris au regard de l’international : de nouvelles tribunes et un hall agrandi, en 1983, un écran géant, en 1985, l’ensemble étant modernisé au fil des années, jusqu’à aujourd’hui, la refonte de la grande piste, en 1993, qui va de pair avec des réductions kilométriques toujours meilleures et encore favorisées par les récents travaux effectués cet été.

Les leçons du passé n’ont pas de prix et servent à ne pas oublier que la modernité découle de la tradition.

Paris-Vincennes est en haut de la pyramide, mais celle-ci a un socle au travers des multiples hippodromes provinciaux qui mènent, progressivement, nos trotteurs vers la capitale. Un socle essentiel, comme pouvait l’être celui du temps jadis, inspiré par Ephrem Houël. A l’heure où la province, précisément, est menacée, gardons cela en mémoire. Les leçons du passé n’ont pas de prix. Les 190 ans des courses au trot sont un anniversaire qui se fête, un trait d’union entre hier, aujourd’hui et demain, pour ne pas oublier que la modernité découle de la tradition.

 


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