La trajectoire ascendante de Marc Sassier se confirme mois après mois et ce depuis plusieurs saisons, avec une accélération encore plus sensible à partir de 2022. Après avoir intégré le top 10 des entraîneurs au cours des deux précédents exercices, il occupe cette année la troisième place derrière Thierry Duvaldestin et Romain Derieux, avec déjà plus 50 gagnants aux premiers jours du mois de mai. Alors qu’il va présenter son premier partant dans un Groupe 1 en dehors de nos frontières, samedi, dans la Paralympiatravet, à Åby (Suède), avec Harley Géma, la jument de sa maman, Marie-Annick Sassier, le petit-fils de Georges Dreux nous a ouvert les portes de son établissement à Arquenay, à quelques kilomètres de Meslay-du-Maine.
Dans ce domaine, son passage chez Thierry Duvaldestin a été important. "C’est quelqu’un de très organisé et de très compétent. C’est un métronome dans le travail. Tout était cadré en termes d'organisation. J’ai été essentiellement formé par ma mère, mais j’ai beaucoup appris de cette expérience. Cela a été très formateur. Thierry ne parlait pas forcément beaucoup mais, si tu étais intéressé et observateur, tu ne pouvais qu’apprendre. J’ai d'ailleurs plus appris chez lui qu’à l’étranger où je suis allé", avance-t-il.
L'école de la province pour les chevaux et les hommes
Aujourd'hui, rares sont les réunions à Vincennes sans qu'un van ne parte d'Arquenay avec un ou plusieurs partants. Depuis début 2024, Marc Sassier est ainsi le onzième entraîneur à totaliser le plus de gagnants (49) sur la cendrée parisienne. Pour autant, la province continue à occuper une place prépondérante dans la vie et les ressources de l'écurie. Lors du week-end prolongé du 1er mai, les "Sassier" se sont déplacés sur onze hippodrome différents, de Senonnes à Caen, de Pontivy à Saint-Omer, en passant par Évreux, Durtal, Fougères, Châtelaillon-La Rochelle, etc. "J'ai été formé par la province, rappelle-t-il. J'ai été habitué à courir partout. Tous les hippodromes où j'envoie aujourd'hui des chevaux courir, j'ai couru dessus quand j'ai commencé. C'est pour ça que je pense que la province est importante. L'écurie a monté en gamme ces dernières années, mais la province reste l'élément primordial."
La formation, elle se fait où ? Si on n'a plus de province, on n'a plus de chevaux de Paris.
L’écurie de Marc Sassier en chiffres depuis 2020
→ 2026 (*) : 109 ch. - 338 c. - 52 v. (15 %) - 85 pl. - 1.226.300 €
→ 2025 : 141 ch. - 882 c. - 121 v. (13 %) - 202 pl. - 3.139.895 €
→ 2024 : 85 ch. - 738 c. - 103 v. (13 %) - 164 pl. - 2.817.420 €
→ 2023 : 72 ch. - 595 c. - 79 v. (13 %) - 121 pl. - 1.787.210 €
→ 2022 : 65 ch. - 550 c. - 68 v. (12 %) - 112 pl. - 1.382.290 €
→ 2021 : 63 ch. - 522 c. - 50 v. (9 %) - 96 pl. - 986.955 €
→ 2020 : 45 ch. - 393 c. - 55 v. (13 %) - 63 pl. - 676.720 €
(*) chiffres arrêtés au 7 mai
Marc Sassier y voit un lieu de formation pour les chevaux : "C'est la province qui fait qu'on a de bons chevaux en région parisienne. Bien sûr, que nous sommes des compétiteurs qui souhaitons courir les meilleures épreuves à Paris. Mais on façonne nos chevaux en province où l'on prend beaucoup de gains et la province fait vivre 90 % de la profession". Ce qui vaut pour les chevaux vaut aussi pour les hommes et les femmes à ses yeux. "Sans province, on n'aura plus de drivers non plus", poursuit-il. Or, l'une des caractéristiques de l'écurie Sassier est de donner sa chance à son personnel, salariés comme apprentis. "Tout le monde à l'écurie ne court pas, mais il y en a beaucoup, confirme-t-il, surtout quand la saison provinciale bat son plein."
Les gars de l'écurie connaissent leurs chevaux et savent qu'on fait des carrières, pas de one-shot.
À une période où les catch-drivers n'ont jamais autant été sollicités, n'est-ce pas à contre-courant ? "Je trouve que ça motive tout le monde, répond-il. Plus les gars et les filles courent, meilleurs ils sont. Les chevaux aussi. Ça façonne tout le monde. Si ce n'est pas Benjamin (Rochard), ce sont le plus souvent les gars de l'écurie que je fais mener. Ils connaissent leurs chevaux et savent qu'on fait des carrières, pas de one-shot. Mes propriétaires sont au courant. Priorité à Benjamin s'il est dispo, mais il ne peut pas tout driver. Les gars sont habitués et sont formés pour être autonomes quand ils partent aux courses. Ils se débrouillent bien."
Plus d’un œil bienveillant
Si Marc Sassier compte aujourd’hui parmi les entraîneurs les plus performants, son accession à la profession s’est faite à une condition non négociable aux yeux de Marie-Annick, sa maman, et de Philippe, son papa : "Il fallait que je fasse des études, mais ça ne me dérangeait pas du tout car j’aimais ça". C’est à Paris après son Bac qu’il suit des études de commerce. "Cela a été une bonne expérience, estime-t-il. J'ai rencontré de nouvelles personnes. Ça m'a fait évoluer dans certains domaines et ça m'a appris à me débrouiller. Sortir un peu de son confort est une bonne chose." Les courses n’étaient jamais loin cependant. La preuve en est, son mémoire de fin d’études a été sur l’ouverture des jeux en ligne. Une fois son diplôme en poche, Marc Sassier a intégré l’écurie familiale. "Ma mère m'a tout appris. Elle n'avait pas beaucoup de chevaux, mais elle travaillait super bien. Il est vrai qu’elle a été formée par mon grand-père, avec une grande rigueur dans le travail." Une rigueur dont elle ne se sépare pas quand elle vient donner un coup de main pour trotter les chevaux de l’écurie de son fils. "Je ne l’embête pas trop avec ça, juste quand il y a besoin, précise ce dernier. Mais elle aime bien et puis surtout elle a encore l'œil. Elle est toujours très rigoureuse. Elle voit des choses que parfois je ne vois plus." Marc Sassier peut aussi compter sur son papa, très au fait des engagements et présent très souvent aux séances de qualifications. Quant à son épouse, Carol-Anne, elle est beaucoup plus qu’un soutien, elle est son alter ego au sein de l’entreprise. "Elle s’occupe entre autres de toute la partie administrative. De toutes façons, tu ne montes une structure comme la nôtre qu’à deux. Tout seul, ce n’est pas possible. Le fait d’être deux à gérer est un autre point qui fait que ça marche bien", soutient l’entrepreneur.
Un patron, une équipe
Avec 70 chevaux à entraîner au quotidien plus les partants tous les jours ou presque, la team réunie autour de Marc Sassier est forcément conséquente, soit une quinzaine de personnes pour le seul effectif de chevaux à courir. "Pour entraîner autant de chevaux, il faut être bien structuré, avec du personnel compétent, définit Marc Sassier. Tout seul, je peux entraîner dix chevaux, pas plus. J'ai la chance d'être entouré d'une bonne équipe avec quelques responsables qui sont autonomes même si je suis souvent là." C'est même une tendance qui se dessine de plus en plus. "Je vais aux courses tous les week-ends mais, en semaine, c'est vrai que je peux difficilement m'échapper parce qu'il y a beaucoup de chevaux à travailler."
Tout seul, je peux entraîner dix chevaux, pas plus. J'ai la chance d'être entouré d'une bonne équipe avec quelques responsables qui sont autonomes.
Durant l'hiver dernier, Benjamin Rochard est venu compléter l'équipe à Grosbois en plus de son rôle de pilote numéro un de l'écurie. "Il y a dix ans, à une époque où j'avais beaucoup moins de chevaux, j'avais pris des boxes à Grosbois, rappelle l'entraîneur. Depuis que l'écurie s'est développée, je ne voulais pas tout dérégler. S'éparpiller n'est pas ce qu'il y a de mieux. En étant fixé sur la région parisienne tout l'hiver, Benjamin souhaitait s'investir davantage dans l'entraînement. Au début de l'hiver, les meilleurs éléments de l'écurie sont restés en Mayenne où l'on a toujours pu travailler pendant cette période. En seconde partie de meeting, on a fait des rotations. Un cheval qui était moins performant à Grosbois revenait à la campagne et inversement."
L'expérience d'une antenne sur le centre d'entraînement de la région parisienne s'est prolongée comme en explique les raisons Marc Sassier : "Il y a 12 chevaux à Grosbois avec un responsable et un salarié qui tourne tous les quinze jours ou trois semaines. Comme on court dans le Nord aussi, comme par exemple à Saint-Omer le 1er mai, ce n'est pas mal pour l'organisation de l'écurie d'avoir une base à Grosbois. C'est de la logistique, mais ça on sait faire. À la limite, ce sera presque un confort pour les hommes et les chevaux".
L'international : une nouvelle étape
Samedi, une nouvelle étape du développement de l'écurie Sassier va s'écrire avec la participation pour la première fois à un Groupe 1 à l'étranger à l'occasion de la Paralympiatravet (Groupe 1). À la suite de la deuxième place d'Harley Géma dans le Grand Critérium de Vitesse de la Côte d'Azur (Groupe 1), la jument de la famille Sassier a été invitée à participer à cette 7ème étape de l'UET Elite Circuit sur l'hippodrome d'Åby (Suède) où le tirage au sort des places derrière l'autostart lui a plutôt souri avec le n°3 sur ce parcours long de 2.140m. qui n'a plus souri aux tricolores depuis Delia du Pommereux (Niky) en 2021.
Mercredi, accompagnée de Louve de Rêve d'Or (Bold Eagle), au départ d'une épreuve pour femelles de sa génération, et Haida Sautonne (Magnificent Rodney), qui va disputer une course au monté, Harley Géma a pris la route pour un voyage en camion de trente heures sur deux jours. "Un tel déplacement ne s'improvise pas. Mais elle est quand même habituée à partir sur trois ou quatre jours quand elle va courir à Cagnes-sur-Mer, nuance son entraîneur. À l'écurie, on sait gérer ces longs déplacements et la jument a l'habitude de faire des heures de camion. Cela ne nous inquiète donc pas. C'est plus l'organisation sur place qu'il va falloir gérer. Pour l'écurie, je ne sais pas si c'est un nouveau cap, mais c'est en tout cas une expérience intéressante."
Pour se donner le maximum de chance et sachant qu'il était difficile pour Benjamin Rochard de faire un trait sur la réunion de gala de Caen, le même jour samedi, où il montera d'ailleurs pour l'écurie mayennaise Mojito Fraise (Bird Parker) dans le Prix Henri Ballière-Étrier 4 Ans Q2, Marc Sassier a sollicité Björn Goop pour driver sa jument : "C'est un avantage aussi parce que Björn connaît parfaitement le déroulement de la journée. Or, pour une première à l'étranger, ça ne me paraissait pas mal d'être accompagné et d'avoir dans l'équipe quelqu'un comme lui. Et puis, Björn, c'est quand même Björn !".
Pour une première à l'étranger, ça ne me paraissait pas mal d'être accompagné et d'avoir dans l'équipe quelqu'un comme Björn (Goop).
Les partants de la Paralympiatravet
Åby (Suède) - samedi 9 mai
2.140m.-autostart - 2.845.000 Kr
1. Kentucky River - C.J. Jepson
2. Luke The Spook - A. Kolgini
3. Harley Géma - B. Goop
4. Powwow - M. Djuse
5. Daim Brodde - E. Höitomt
6. Francesco Zet - Ö. Kihlström
7. H.C.’s Crazy Horse - D. Wäjersten
8. Charron - M.T. Gundersen
9. Önas Prince - P. Nordström
10. Get A Wish - R. Bergh
Si avoir avec soi l'homme aux douze Casques d'Or est toujours un plus, l'entraîneur compte avant tout sur les qualités de sa jument pour la voir bien se comporter pour sa première expérience à l'étranger. "Elle excelle vraiment sur les pistes plates, insiste Mac Sassier. Avec sa grande allure, elle peine dans la montée de Vincennes. Elle a couru la finale du GNT après avoir gagné l'étape de Mauquenchy et ce d'autant plus qu'Indy de Jyr a dû renoncer à cette finale. Cet hiver, elle n'avait pas grand-chose et on l'a donc réservée pour Cagnes-sur-Mer qu'elle adore. Tous ces derniers mois, à chaque fois qu'elle a couru sur des pistes plates, elle a très bien fait, à l'exception du Prix de l'Atlantique dernièrement. Elle a été perturbée au moment où elle a été reprise. Elle aime bien quand on la laisse aller dans son train." Le 29 avril, Marc Sassier a travaillé Harley Géma à Laval en amont de la réunion de courses. "Je voulais qu'elle travaille sur une piste de course pour lui faire répéter un peu sa foulée, pour gagner un petit peu en vitesse", précise-t-il pour expliquer la raison de ce travail.
Si, avec beaucoup de chevaux, on en fait trop au travail, je n'en ai pas fait assez avec elle pendant longtemps.
L'entraîneur mayennais n'aurait rien contre le fait que ce déplacement en Suède se prolonge au moins jusqu'à la fin du mois, avec la perspective du grand week-end de Solvalla. "Je pense que c'est vraiment la jument qui a les aptitudes pour courir l'Elitloppet, avance-t-il. Elle pourrait faire des batteries, ça ne la dérangerait pas. Elle est habituée à travailler en heats. En début de carrière, je ne m'étais pas rendu compte qu'elle était aussi dure et je ne la travaillais pas suffisamment. C'est une jument qui travaille beaucoup parce qu'elle encaisse énormément le travail. Si, avec beaucoup de chevaux, on en fait trop au travail, je n'en ai pas fait assez avec elle pendant longtemps. Mais cela a sûrement contribué à la faire vieillir."
Pour le bien de la jument afin de lui éviter de longs transports, Marc Sassier envisage même, si la course de samedi se passe bien, de laisser Harley Géma à l'entraînement chez Björn Goop. "Si elle a un programme en Scandinavie, elle va y rester, annonce-t-il. Ça ne m'inquiétera pas de la laisser chez Björn. Ce sera moins fatiguant pour moi de faire les allers-retours pour venir la travailler. Pour le moment, elle n'est invitée dans aucune course, mais je pense qu'elle le sera forcément dans l'une des bonnes épreuves du week-end de l'Elitloppet."
Rester optimiste
Conscient de la situation compliquée que traversent les courses françaises, Marc Sassier ne veut pas tomber pout autant dans le pessimisme le plus sombre. "Quand je me suis installé, se souvient-il, et qu'il a fallu aller trouver les banques, tout le monde m'a dit : "T'es fou, il ne faut pas s'installer maintenant". Je ne regrette pas de l'avoir fait et j'encourage les gars à le faire aussi aujourd'hui. Si on voit tout tout noir, on n'avance jamais. Il faut montrer que les courses sont un vrai sport. C'est à nous professionnels de communiquer davantage sur toute la préparation des chevaux pour un objectif. On a plus de 20.000 followers sur nos réseaux. On essaie de publier tous les jours des vidéos. On ne le fait pas pour l'écurie, on le fait pour l'intérêt général de la profession."