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Marius Coignard, la métamorphose gagnante | LETROT
Reportage

Marius Coignard, la métamorphose gagnante

11/04/2025 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
À 25 ans, il est le plus jeune des entraîneurs du top 20 en nombre de victoires depuis le début de la saison, tout en étant celui qui a eu le moins de partants. Moins de deux ans après le choc de la disparition de son père qui l'a conduit à reprendre l'écurie familiale plus tôt qu'envisagé, Marius Coignard se taille une réputation d'entraîneur qui vise juste et fait oublier celle du jeune pilote chien fou qu'il a été. Marius Coignard nous a ouvert les portes de son écurie à quelques kilomètres de Lisieux.
Marius Coignard Marius Coignard - © M. Kentell
La team autour de Marius - © M. Kentell La team autour de Marius - © M. Kentell
Un site en évolution
Basée à quelques kilomètres de Lisieux dans un havre de paix, l’écurie Coignard est dotée d’une piste de 1.100 mètres, "avec un bout de ligne droite de 600 mètres qui se raccorde à la piste principale", sur laquelle Marius Coignard a toujours travaillé et sur laquelle il a donc ses repères. "La piste n’a pas été modifiée. Cet outil de travail permet de faire que les chevaux sont prêts à bien faire quand ils courent", rappelle-t-il Même s’il ne veut pas se laisser déborder par le nombre, Marius Coignard a été amené à agrandir la structure avec la construction en cours de nouveaux boxes.

La mutation en entraîneur

"Mon caractère a souvent joué contre moi. Jeune, j’ai fait des conneries, n’élude pas Marius Coignard. C’est fait, c’est fait. Aujourd’hui, je m’écrase. Il faut subir le système. Celui qui se tait est bien vu, au contraire de celui qui s’exprime. Je ne parle à personne et je vais rarement aux courses. Comme ça, je n’ai plus de problèmes et cela m’évite de m’engueuler." L’écurie familiale est ainsi devenue plus que jamais son antre. Toute son attention est concentrée sur la préparation de ses chevaux, avec un effectif d’une trentaine d’éléments à courir et d’une quinzaine de poulains, et délaisse volontiers sa place au sulky le jour des courses. "Si le travail a été bien fait le matin, il n’y a plus grand-chose à inventer une fois que vous êtes aux courses, estime-t-il. Surtout quand on fait appel à des pilotes dont c’est le métier. Ils n’ont pas besoin de m’appeler s’ils pensent qu’il y a quelque chose à changer après le heat. Le gars est forcément meilleur quand il drive tous les jours, quand toi tu drives une fois de temps en temps. C’est partout pareil, dans tous les sports."

"Le gars est forcément meilleur quand il drive tous les jours, quand toi tu drives une fois de temps en temps. C’est partout pareil, dans tous les sports". (Marius Coignard)

Pascal Garreau est le témoin privilégié de cette mutation. Le propriétaire-amateur s’était tourné vers Pierre Coignard, par l’intermédiaire de Philippe Allaire, quand il s’était mis en tête de remporter le championnat de France des amateurs en 2021. Un challenge que les deux hommes ont relevé ensemble. "Pierre était une forte personnalité qui cultivait un fort réseau dans les courses. (…) Il était un véritable homme de cheval, avec un très grand feeling", avait-il témoigné dans ces colonnes lors de la disparition brutale de son entraîneur.


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Marius Coignard  en piste - © M. Kentell Marius Coignard en piste - © M. Kentell

Le regard de Pascal Garreau

Quatre ans plus tard, la casaque de l’Écurie Oasis, dont il est le gérant, est l’une des plus représentées avec celle de l’Écurie D L au sein de l’effectif de Marius Coignard."J’avais beaucoup d’admiration pour ses parents qui faisaient du bon travail, avec des chevaux toujours bien mis, revient le propriétaire francilien. Auprès d’eux, Marius a appris les bases de l’alimentation, des soins, du matériel, etc. Mais je reconnais qu’au moment de la disparition de Pedro, je n’étais pas sûr de conserver mes chevaux chez Marius. Il était appelé avant ce drame à prendre la suite de son père, mais il sortait d’un passage difficile à l’époque. On a tous des trous d’air quand on a 20 ans, mais ça fait peur."


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Moins de deux ans plus tard, Pascal Garreau se félicite d’avoir laissé sa chance au jeune entraîneur. "Je connaissais le papa, j’apprends à découvrir le fils, poursuit-il. Je ne sais pas si ce malheur a agi comme un électrochoc, mais cela l’a forcément transformé. Je n’ai pas de regrets pour l’instant. Il a été à bonne école, entre son père, formé par Pierre-Désiré Allaire, et Philippe Allaire, au niveau de l’exigence et du savoir-faire." Une formation complétée par un stage de plusieurs mois chez Robert Bergh. "Pilote, il avait une très bonne main. Il préfère aujourd'hui la garder à l'entraînement et dit prendre plus de plaisir à préparer les chevaux, entouré d’une bonne petite équipe de jeunes motivés, que d’aller aux courses, constate Pascal Garreau. Il a la fougue de la jeunesse, mais il a la réflexion d’un ancien, d’un vieux sage. Il est réfléchi, il vise les engagements, même pour les courses d’amateurs dans mon cas. Il ne déplace pas un cheval juste pour faire plaisir au propriétaire. Il prend d’abord soin du cheval avant de prendre soin du propriétaire." Et le propriétaire de retrouver chez Marius Coignard des traits communs avec la jeune génération d’entraîneurs qui émerge : "On voit bien que tous les jeunes entraîneurs qui réussissent n’ont pas les mêmes analyses que ceux des générations précédentes, ce qui est normal car ils s’adaptent à l’évolution des courses.".

"Marius a la fougue de la jeunesse, mais il a la réflexion d’un ancien, d’un vieux sage. Il est réfléchi, vise les engagements. Il prend d’abord soin du cheval avant de prendre soin du propriétaire". (Pascal Garreau)

Alors qu'il dit de lui-même qu'il est "un vieux propriétaire", Pascal Garreau apprécie la démarche globale. "Cette génération prend le temps d’appeler les propriétaires, que ce soit bien passé ou pas, de dire qu’il vaut mieux attendre huit ou quinze jours pour courir, souligne-t-il ainsi. Je vois que pour l’instant cela lui donne raison. Que ce soit en pros ou en amateurs, il préfère courir moins mais toujours ou, tout en cas, le plus souvent à bon escient. Ils calculent tout et ne se trompent pas beaucoup. Il suffit de voir les résultats des Mottier, Chavatte, etc. Même pour les joueurs c’est positif car ils communiquent beaucoup y compris sur les réseaux sociaux."


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