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Néo de Joudes, l'élève studieux de la méthode Vulliamy | LETROT
Élevage

Néo de Joudes, l'élève studieux de la méthode Vulliamy

15/05/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
Le brio avec lequel Néo de Joudes a remporté le Prix Paul Karle (Groupe 2) pour son premier essai au niveau semi-classique, à Vincennes, le 6 mai, n’est pas à la portée du premier poulain venu. Un poulain invaincu certes mais qui avait moitié moins d’expérience que la majorité de ses rivaux. Quatre ans après l’arrêt de la carrière de Chica de Joudes, l’élevage Vulliamy s’est trouvé un nouvel ambassadeur, dont la mère est une sœur de celle qui termina quatrième de l’édition 2020 du Prix d’Amérique Legend Race (Groupe 1). Néo de Joudes s’inscrit donc dans la continuité de ce qu’avait entrepris Jean-Pierre Vulliamy au début des années 1990, à Joudes, au cœur de la Saône-et-Loire et que ses enfants poursuivent depuis sa disparition. Mais le poulain entraîné par Jean-Philippe Monclin valide aussi la nouvelle organisation depuis quatre ans de l’élevage avec des poulinières stationnées à l'année en Normandie.
Néo de Joudes - ©Aprh Néo de Joudes - ©Aprh
L'équipe du Haras d'Atalante avec Alexandre Vulliamy (à droite) à Deauville - © Provin L'équipe du Haras d'Atalante avec Alexandre Vulliamy (à droite) à Deauville - © Provin

Une autre organisation

En achetant à Joudes, en Saône-et-Loire, une cinquantaine d'hectares, surface qu'il ne pouvait pas trouver dans sa Suisse natale, distante de quelque 150 kilomètres, Jean-Pierre Vulliamy avait créé la structure d'élevage dont il rêvait. Plus de trente-cinq ans plus tard, elle existe encore et appartient toujours à la famille. Mais elle n'est plus occupée que par des poulinières à la retraite et des chevaux au repos. "La dernière génération née à Joudes est les "L", détaille Alexandre Vulliamy. C’est donc la cinquième année que les juments sont en Normandie. Pour nous, c’était un peu une évolution logique. Dominique Bouton, notre employé historique à Joudes, nous avait en effet demandés de lever le pied. Au bout d’un moment, on savait qu’il fallait que l’on trouve une autre solution de fonctionnement. Comme on travaille au moins depuis plus de trente ans avec le Haras des Ligneries de Claude Legras et une bonne dizaine d’années avec le Haras d’Atalante pour les préparations de yearlings, on s’est dit que l’on pouvait placer nos juments chez eux à l'année." Une troisième entité, l'Élevage de Bazoches animé par Cédric Millet et Florence Fievez, s'est greffée à cette organisation qui donne satisfaction : "Aujourd’hui, nous sommes très contents. Je mentirais si je disais que le contact avec les poulinières et leurs produits ne me manque pas. Ça faisait vingt-et-un ans que je me rendais à Joudes une fois par semaine. Il y avait tout un travail que j’aimais bien faire. Maintenant, on a délégué. C’est différent mais ce n’est pas moins bien. On a vraiment de la chance de travailler avec trois entités dirigées par de très bons professionnels qui s’investissent comme si c’était leurs chevaux. J’apprécie énormément le relationnel que l’on a avec eux".
Le sens de l'histoire de l'élevage Vulliamy sera à terme d'être sans sol. "Aujourd'hui, ça fait toujours sens d’avoir les installations de Joudes. Mais il est sûr qu’à un moment on sera totalement éleveurs sans sol", avance Alexandre Vulliamy.
Maintenant, on a délégué. C’est différent mais ce n’est pas moins bien. On a vraiment de la chance de travailler avec trois entités dirigées par de très bons professionnels.

Une petite sœur par Tactical Landing
Après avoir donné naissance à une "O" par Italiano Vero en 2024, la mère de Keenan de Joudes et Néo de Joudes n'a pas été saillie avant d'être tirée au sort l'année suivante pour bénéficier d'une saillie de l'étalon américain Tactical Landing. "Elle a pouliné d’une femelle née le 11 février, nous apprend notre interlocteur. En Suisse, on peut faire les croisements que l’on veut. Notre papa avait aussi investi au Canada en achetant un étalon et on avait importé du sperme congelé du Canada. Cela nous a toujours intéressé de mélanger le Trotteur Français avec le standardbred. À partir où quelque chose était mis en place officiellement par la SETF, on s’est saisis de l’occasion et on a eu de la chance au tirage au sort. On continue comme cela l’histoire familiale." Cette année, Brianna de Joudes est retournée à Italiano Vero.
© Elevage J.-P. Vulliamy © Elevage J.-P. Vulliamy

Les ventes : un passage obligé

Vendre les mâles et louer les carrières de courses des femelles. Telle pourrait être résumée la politique de l'élevage Vulliamy avec une sélection rigoureuse des souches via l'apport de nouvelles lignées femelles, comme Queschua Love (Love You) achetée à Jean-Pierre Dubois et devenue la mère de Chica de Joudes, Atlas de Joudes et autres Brianna de Joudes. En 2023, le mâle de cette dernière par Ready Cash, nommé Météore de Joudes, et donc le frère de Keenan de Joudes et Néo de Joudes, a fait grimper les enchères jusqu'à 200.000 €, un record pour un "Joudes" au cours d'une session où Mistral de Joudes (Bird Parker) a aussi été vendu 93.000 €.
Pour "Néo", on n’a pas fait une affaire commerciale bien meilleure que ce qu’on l'aurait vendu aux enchères. En revanche, on savait que l’on allait travailler avec Jean-Philippe Monclin et cela nous intéressait.

Douze mois plus tard, Néo de Joudes est lui retiré avant d'être vendu à l'amiable 45.000 €. "J’aime bien les ventes mais il faut reconnaître qu’il y a toujours une inconnue quant à savoir comment sera le marché, note Alexandre Vulliamy. Il y a parfois des côtés irrationnels sur de jeunes étalons. Pour "Néo", on n’a pas fait une affaire commerciale bien meilleure que ce qu’on l'aurait vendu aux enchères. En revanche, on savait que l’on allait travailler avec Jean-Philippe Monclin qui achetait le poulain pour des clients et cela nous intéressait. C’est pourquoi on a pris 10 % du poulain tout comme Jean-Charles Fortin d'ailleurs."
Chica de Joudes, de compétitrice à mère
On ne devient pas une poulinière du jour au lendemain quand on a eu une riche carrière sportive. Chica de Joudes en est un exemple, elle qui a pris ses quartiers au Haras des Ligneries. "L'arrêt des courses a été très compliqué pour elle. On aurait dû la faire voir un psy pour chevaux si ça existe, car cela ne lui aurait peut-être pas fait de mal, sourit Alexandre Vulliamy. Elle avait tellement une routine chez Alain Laurent qui s’en occupait énormément que cela l'a perturbée de se retrouver comme ça au pré." Vide la première année, elle a donné naissance à une femelle de Ready Cash l'année suivante. "C'est une très belle pouliche née fin mai. On a pris notre temps avec. Elle a été débourrée par le Haras d’Atalante et va partir à l’entraînement chez Jean-Philippe Monclin. Elle paraît très bien avec pas mal de caractère quand même." Chica de Joudes a de nouveau été vide ensuite avant d'avoir cette année un mâle d’Italiano Vero. "Je constate qu’elle est vide chaque fois après avoir été suitée. J’espère que cette année va vaincre le signe indien. On l’a mise à Keep Going."

Néo de Joudes : des arguments génétiques forts

Cinq courses, cinq victoires. Néo de Joudes reste, tout bonnement, invaincu à ce jour et il vient de frapper un grand coup lors de son entrée en scène face aux meilleurs en s’octroyant le semi-classique Prix Paul Karle (Groupe 2). C’est, maintenant, le classique Prix Albert Viel (Groupe 1) qui se profile à l’horizon pour ce trois quarts frère du bon Keenan de Joudes, par ailleurs neveu des non moins doués Atlas de Joudes et Chica de Joudes.
A rapprocher d’Igrec de Celland
Coktail Jet (4x4) et Workaholic (5x5) sont l’objet des deux principaux inbreedings du pedigree de Néo de Joudes. On notera qu’Igrec de Celland, autre des meilleurs produits de Django Riff, est lui aussi consanguin sur Workaholic (5x4).

Avant de s’aligner dans le Prix Paul Karle (Groupe 2), Néo de Joudes 1’12’’ n’avait encore jamais pris part à une course de Groupe. Qualifié de bonne heure, en 1’18’’2, au mois de mai de ses 2 ans, à Laval –il fut alors étoilé par « Province Courses L’Hebdo »–, il ne débuta qu’au mois de décembre suivant, signant un premier succès sur l’hippodrome de Nantes, puis enchaînant, en février, sur celui de Saint-Galmier. Après quoi vint le temps de l’aventure parisienne, commencée en « D », à Enghien, et poursuivie en « B », à Vincennes. Jusqu’au titre majeur de la semaine dernière. Une victoire acquise avec style, ayant séduit les acteurs comme les observateurs. En prolongement, une invincibilité préservée, qui ne fait qu’ajouter à l’aura du « jeune premier ».

Un troisième fleuron pour Django Riff

Néo de Joudes provient des ventes de yearlings sélectionnés d’Arqana Trot, à Deauville, où il fit l’objet d’une transaction amiable, à 45.000 euros, en provenance du Haras d’Atalante et de l’élevage Vulliamy. A l’origine de cet achat, pour une écurie de groupe, est le courtier Victor Langlais, tandis que c’est Jean-Philippe Monclin qui est aux manettes, à l’entraînement.
Néo de Joudes est un fils du champion de Philippe Allaire, Django Riff 1’11’’, triple vainqueur de Groupe 1 à 3 ans, à la faveur, tour à tour, du Critérium des Jeunes-Prix Comte Pierre de Montesson, du Prix Albert Viel et du Championnat Européen des 3 Ans. A cet âge, Django Riff fut encore deuxième du Critérium des 3 Ans (Groupe 1) et du Prix de l’Etoile (Groupe 1). Millionnaire en euros dès l’âge de 4 ans, il continua ensuite de figurer au rang des meilleurs, à la troisième place, par exemple, du Championnat Européen des 5 ans (Groupe 1) ou à la quatrième du Critérium des 5 Ans (Groupe 1). Continuateur de Ready Cash 1’10’’, il est le père, principalement, de la classique Jazzy Perrine 1’09’’ (6 victoires et presque 600.000 euros) et du valeureux Igrec de Celland 1’09’’ (douze victoires et plus de 550.000 euros).

Le trois quarts frère de Keenan de Joudes

Néo de Joudes est le quatrième produit et le deuxième vainqueur de Brianna de Joudes 1’14’’, après le semi-classique et étalon Keenan de Joudes 1’11’’, gagnant de sept courses, dont le Groupe 3 Prix Bellino II, et que l’on trouve aussi à la deuxième place des Prix Ephrem Houël (Groupe 2) et Octave Douesnel (Groupe 2) ou encore à la troisième des Prix de Tonnac-Villeneuve (Groupe 2) et Jules Thibault (Groupe 2). Keenan de Joudes est par Ready Cash, ce qui en fait le trois quarts frère de Néo de Joudes, dont le père est mêmement par Ready Cash. Le dernier produit répertorié de Brianna de Joudes est né en 2024 : il s’agit d’Oriana de Joudes, une fille d’Italiano Vero, placée également aux soins de Jean-Philippe Monclin.
Avec Chica de Joudes et Atlas de Joudes pour caution
Née des œuvres de Prince Gédé 1’11’’a.-m., Brianna de Joudes possédait des moyens, gagnant quatre courses, y compris à Vincennes, et quelque 55.000 euros. Pour autant, elle était inférieure à sa demi-sœur, Chica de Joudes 1’10’’ (Jag de Bellouet), à la tête de seize victoires et d’un pécule de 890.000 euros, à l’arrivée des Prix d’Amérique (Groupe 1) et de Paris (Groupe 1), ainsi qu’à son demi-frère, Atlas de Joudes 1’13’’ (Ready Cash), lauréat semi-classique et troisième du classique Prix de l’Etoile (Groupe 1).

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