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Pierre-Antoine Petit et son Ninja, l’histoire abracadabrantesque | LETROT
Insolite

Pierre-Antoine Petit et son Ninja, l’histoire abracadabrantesque

26/06/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
Le tout juste trentenaire Pierre-Antoine Petit a connu un nouveau grand bonheur hippique dimanche lors de la Journée des Champions. C’est même son élève et représentant qui a ouvert le bal des Groupes 1 du jour en surclassant le Prix d’Essai-Étrier 3 Ans Finale. L’histoire de l’éleveur et du numéro 1 des trotteurs montés de 3 ans est proprement abracadabrantesque. Le triomphe de Ninja aurait pu jamais n’avoir lieu ou, a minima, pour d’autres intérêts que ceux de son éleveur. Bref, elle aurait pu s’écrire sous bien d’autres formes tant elle est fertile en rebondissements.
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Pierre-Antoine Petit, Psacal Castel et Guillaume Martin - © ScoopDyga Pierre-Antoine Petit, Psacal Castel et Guillaume Martin - © ScoopDyga

La voie sinueuse du Ninja

Au cinéma, on a eu la Voie du Samouraï (Ghost Dog) de Jim Jarmusch. Au trot, on a désormais la voie sinueuse du Ninja. Présenté yearling sur le ring des ventes de Caen, Ninja de l’Envol est adjugé à 20.000 €. L’acheteur est Marius Coignard pour le compte d’une association. Mais, quatre jours plus tard, il sera restitué à éleveur, en raison d’un contrôle radiographique ayant décelé une anomalie osseuse… Le coup est rude et Pierre-Antoine Petit suggère une solution : "Comme la visite d’achat ne passait pas, je leur ai proposé qu'ils le gardent et qu’ils le fassent opérer du bout d’os détecté à mes propres frais. Je leur ai proposé de payer la facture de l’intervention". L’accord ne se fait pas. Retour donc à l’envoyeur. Et Pierre-Antoine Petit de continuer : "Je n’ai pas essayé de revendre Ninja car je me suis dit : "Les gens vont voir que le poulain est passé aux ventes et puis que je l'ai récupéré. Ils vont se dire, il y a un loup." Il n’y en avait pas évidemment. J'ai donc récupéré le poulain et l’ai mis chez Pascal pour qu’il ne débourre et qu’on l’exploite."
Oui, mais le fameux bout d’os ? "Je ne peux rien vous dire de plus là-dessus car on n’a jamais refait radio et on ne l’a jamais opéré, rétorque l’éleveur-propriétaire. Pascal n’a jamais rien vu de spécial comme un boulet qui gonfle par exemple. Peut-être qu’au moment de la radio, il y avait un bout d’os qui s’est calé ensuite. On ne saura jamais."
Et la suite prend le bon chemin. "Ninja a toujours été plaisant. Il a tout de suite montré de la facilité et s’est qualifié au mois de mai." Le poulain débute en août, quatrième au Sap.
Les places suivantes (3ème à Caen, 5ème à Vincennes) ne suffisent pas à l’éleveur. Son empressement resurgit. Il veut gagner. "Au début, on façonne les poulains mais, au bout de trois ou quatre courses, il faut voir quelque chose. Et je voulais le voir gagner." La décision est donc de courir à réclamer. Par deux fois à Vincennes et, dans chaque cas, Ninja de l'Envol s'imposera. "Pascal m'avait prévenu et m'avait dit : "Tu sais, si tu le mets à réclamer, on va se le faire piquer. Enfin, il avance le poulain, quoi", se rappelle Pierre-Antoine Petit. Voilà, je vous le répète, c'est peut-être ma jeunesse, mon insouciance. J'avais dit : "Allez, je veux le voir gagner à Paris et on court les réclamer"." Et dans les deux fois, l'éleveur propriétaire mettra un bulletin pour conserver son cheval.
Tu sais, si tu le mets à réclamer, on va se le faire piquer. Enfin, il avance le poulain, quoi ! (Pascal Castel)

25.299, le nombre d'or
Affiché à un taux de réclamation de 20.000 €, Ninja de l’Envol n’a donc pas été acheté. Et à chaque fois, Pierre-Antoine Petit procède de la même façon. "J'ai toujours mis 299 € à la fin de mes montant sur mes bulletins de réclamation, que ce soit pour mes achats ou mes défenses. Pour Ninja, j’ai rajouté 5.000 € au taux de réclamation et aussi mes 299 € habituels supplémentaires. Cela donnait un bulletin à 25.299 €. En fait, le cheval prenait 8.000 € d’allocations grâce à sa victoire et on remettait 5.299 € immédiatement pour le défendre."
La stratégie a fonctionné mais a aussi eu besoin d’un coup favorable du destin pour l’éleveur.
Ninja de l'Envol - © ScoopDyga Ninja de l'Envol - © ScoopDyga
"À chaque fois, il y a eu des bulletins contre nous. Lors de sa deuxième victoire, j’étais sur place et il y avait onze bulletins sur Ninja. Et il paraît qu'il y avait un bulletin qui était supérieur au nôtre mais qui n'était soit pas signé, soit sans le nom du cheval. Donc un bulletin qui n’a pas été validé. C’est ce qu’on m’a rapporté mais, personnellement, ce bulletin-là, je ne l'ai jamais vu."
Incroyables péripéties qui font que Ninja de l’Envol est resté propriété de Sandrine Loncke et Pierre-Antoine Petit et sous l’entraînement de Pascal Castel. Comme le résume l’éleveur : "J'aurais pu me le faire piquer aux ventes, piquer après dans deux réclamers, c'est incroyable."
J'aurais pu me le faire "piquer" aux ventes, "piquer" après dans deux réclamer, c'est incroyable.

Ses trois vainqueurs de Groupe vus par Pierre-Antoine Petit

■ Guide Moi Forgan : "Il avait un potentiel extraordinaire mais des jambes en verre. Guide Moi Forgan, c'était la classe à l'état pur, une machine à trotter."
■ Jean Balthazar : "Je le compare à un boxeur. Il s'est relevé tous ses combats. Il est tenace, dur et combatif. C'est un guerrier."
■ Ninja de l'Envol : "Au début, ce n'était pas ni Jean Balthazar, ni Guide Moi Forgan. Mais ce qu'il a fait dimanche est incroyable. Il y a eu la façon et le chrono. Enfin, il y a tout dans cette victoire. La course s'est dessinée comme on comme on le souhaitait. On pense que c'est un cheval qui aime dominer. Quand il est en tête, il adore. Au début, on disait qu'il allait vite. Aujourd'hui, on dit qu'il qu'il va vite et longtemps. Ce qu'il a fait dimanche, au même âge, Jean Balthazar et Guide Moi Forgan étaient incapables de le faire."
Iakora en provenance du Sud-Ouest
Au sujet de la mère de Ninja de l’Envol, Iakora (Love You), Pierre-Antoine Petit précise : "J’ai acheté un lot de juments en provenance du Sud-Ouest grâce à une annonce (N.D.L.R. : des juments en provenance de la famille Souroste). Il y en avait six et il fallait que je prenne les six ensemble. Cela faisait un lot pas cher. J’ai hésité puis je les ai remontées en Normandie. En fait, dans le lot, je trouvais qu’il y avait trois juments avec un beau papier dont une qui m’intéressait vraiment, une fille de Goetmals Wood nommée Hapsalia. Voilà pourquoi j’ai pris tout le lot."

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