La voie sinueuse du Ninja
Au cinéma, on a eu la Voie du Samouraï (Ghost Dog) de Jim Jarmusch. Au trot, on a désormais la voie sinueuse du Ninja. Présenté yearling sur le ring des ventes de Caen, Ninja de l’Envol est adjugé à 20.000 €. L’acheteur est Marius Coignard pour le compte d’une association. Mais, quatre jours plus tard, il sera restitué à éleveur, en raison d’un contrôle radiographique ayant décelé une anomalie osseuse… Le coup est rude et Pierre-Antoine Petit suggère une solution : "Comme la visite d’achat ne passait pas, je leur ai proposé qu'ils le gardent et qu’ils le fassent opérer du bout d’os détecté à mes propres frais. Je leur ai proposé de payer la facture de l’intervention". L’accord ne se fait pas. Retour donc à l’envoyeur. Et Pierre-Antoine Petit de continuer : "Je n’ai pas essayé de revendre Ninja car je me suis dit : "Les gens vont voir que le poulain est passé aux ventes et puis que je l'ai récupéré. Ils vont se dire, il y a un loup." Il n’y en avait pas évidemment. J'ai donc récupéré le poulain et l’ai mis chez Pascal pour qu’il ne débourre et qu’on l’exploite."Oui, mais le fameux bout d’os ? "Je ne peux rien vous dire de plus là-dessus car on n’a jamais refait radio et on ne l’a jamais opéré, rétorque l’éleveur-propriétaire. Pascal n’a jamais rien vu de spécial comme un boulet qui gonfle par exemple. Peut-être qu’au moment de la radio, il y avait un bout d’os qui s’est calé ensuite. On ne saura jamais."
Et la suite prend le bon chemin. "Ninja a toujours été plaisant. Il a tout de suite montré de la facilité et s’est qualifié au mois de mai." Le poulain débute en août, quatrième au Sap.
Les places suivantes (3ème à Caen, 5ème à Vincennes) ne suffisent pas à l’éleveur. Son empressement resurgit. Il veut gagner. "Au début, on façonne les poulains mais, au bout de trois ou quatre courses, il faut voir quelque chose. Et je voulais le voir gagner." La décision est donc de courir à réclamer. Par deux fois à Vincennes et, dans chaque cas, Ninja de l'Envol s'imposera. "Pascal m'avait prévenu et m'avait dit : "Tu sais, si tu le mets à réclamer, on va se le faire piquer. Enfin, il avance le poulain, quoi", se rappelle Pierre-Antoine Petit. Voilà, je vous le répète, c'est peut-être ma jeunesse, mon insouciance. J'avais dit : "Allez, je veux le voir gagner à Paris et on court les réclamer"." Et dans les deux fois, l'éleveur propriétaire mettra un bulletin pour conserver son cheval.
Tu sais, si tu le mets à réclamer, on va se le faire piquer. Enfin, il avance le poulain, quoi ! (Pascal Castel)
25.299, le nombre d'or
Affiché à un taux de réclamation de 20.000 €, Ninja de l’Envol n’a donc pas été acheté. Et à chaque fois, Pierre-Antoine Petit procède de la même façon. "J'ai toujours mis 299 € à la fin de mes montant sur mes bulletins de réclamation, que ce soit pour mes achats ou mes défenses. Pour Ninja, j’ai rajouté 5.000 € au taux de réclamation et aussi mes 299 € habituels supplémentaires. Cela donnait un bulletin à 25.299 €. En fait, le cheval prenait 8.000 € d’allocations grâce à sa victoire et on remettait 5.299 € immédiatement pour le défendre."
La stratégie a fonctionné mais a aussi eu besoin d’un coup favorable du destin pour l’éleveur.