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Raceandcare, un levier des enjeux sociétaux des courses | LETROT
1ère réunion 2024 #raceandcare dimanche

Raceandcare, un levier des enjeux sociétaux des courses

13/01/2024 - GRAND FORMAT - 24H au Trot

La démarche Race And Care (courses et bien-être dans une traduction sans doute trop littérale) est devenue une signature de la filière hippique, notamment dans l’univers digital des réseaux sociaux avec le hashtag #raceandcare. Mais pas que, puisque la marque qui porte en vertu et valeur cardinale le bien-être équin (ou lutte contre la maltraitance) se déploie aussi, concrètement, au travers des actions de terrain. Dimanche, lors de la réunion d’obstacle de Pau, #raceandcare lance sa saison des réunions qui portent avec elles le message de la bientraitance équine dans les courses. Elles devraient se chiffrer à 130 cette année. C’est le moment de faire le point sur la démarche lancée en 2020. Et de se rendre compte que #raceandcare n’est qu’une partie émergée d’un iceberg plus global sur la place des courses dans la société. Ou quand les courses parlent de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Eclairage et explications avec Pierre Préaud, secrétaire général de la Fédération Nationale des Courses (FNCH) et Agnès Bazin, responsable Marketing et Communication de la FNCH.

© ScoopDyga © ScoopDyga
Lancement 2024 de #raceandcare - © FNCH Lancement 2024 de #raceandcare - © FNCH

La course des courses hippiques vers la RSE

Pierre Préaud est secrétaire général de la Fédération Nationale des Courses (FNCH).
24h au Trot.- Pourquoi est-il important de parler comme le fait la filière hippique depuis 2020 du bien-être équin avec raceandcare ?
Pierre Préaud.- Si on veut prendre du recul sur toute la démarche, et c’est intéressant de le faire au bout de quatre ans, notre axe directeur est d'affirmer que, dans les courses hippiques, qui sont un univers de compétition et uniquement de compétition - toute la relation humain/cheval est tournée vers la compétition donc vers la performance -, la bientraitance du cheval est dans notre ADN. Le bien-être équin (BBE) lui est intrinsèque parce qu'on n'a pas de performance si on n'a pas de bientraitance. Il ne s’agit pas du tout de hiérarchiser les performances en voulant dire que c'est moins bien dans les autres familles du cheval par exemple. Un poney d'instruction en club ou un cheval de trait, qui va herser entre les rangs de vignes ou qui va débarrasser du bois en forêt, est, lui aussi, dans une performance. Mais elle n’est pas du tout la même car elle n’est pas focalisée sur une compétition un instant T où l’équidé doit donner le meilleur de lui-même.


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Dans les courses, on est dans une économie qui est déficitaire parce que l’on sait que pour un propriétaire les allocations ne couvrent pas le coût d'entretien de son cheval de course. Dans les autres usages économiques du cheval - je parlais du poney club et du cheval de trait -, il faut qu'il y ait une rentabilité économique, sinon leur entreprise se casse la figure. Dans les courses, les propriétaires acceptent par passion et par plaisir de financer leur déficit. C’est pourquoi, on rappelle en permanence que, parce que nous sommes dans un monde de compétition, donc de performance, la bientraitance est inhérente.
Cela ne veut pas dire que l'on est dans un monde de bisounours et que tout va très bien. Parce que, justement, nous sommes dans un monde de compétition et d'image, il y a des gens qui peuvent être tentés de tricher, consciemment ou inconsciemment. Et quand on triche sur la performance du cheval, c'est là qu'on fait n'importe quoi en matière de traitement. Cela implique des contrôles très forts et, là, on a tout l'argumentaire pour revendiquer la force de nos actions.

Oui mais pourquoi maintenant ? Pourquoi les courses n’en parlaient pas avant ?
PP.- Ce qu’on a senti bouger globalement dans les dix dernières années, et plus spécifiquement dans les cinq dernières, c'est le regard que porte les non-spécialistes de notre activité sur les courses hippiques. C’est aussi ce qui motive depuis quatre ans notre besoin de pédagogie et d'explications. C'est très important de le souligner : on est bien dans un exercice de pédagogie et d'explication. On n'est pas dans un exercice de défense, d'excuse ou de repentance. Parce que cela a été un petit peu vécu comme cela par les professionnels au départ quand on leur a dit il fallait expliquer pourquoi et comment ils travaillaient avec les chevaux. Leur réaction a été de dire : "Nos chevaux sont bien traités et on ne voit pas pourquoi on va passer du temps et de l'énergie à aller raconter à de "méchants animalistes et antispécistes" qui nous agressent tous les jours comment on travaille. On n'a pas à s’excuser et à se justifier". Ils ont entièrement raison car on n'est pas dans l'excuse et dans la repentance mais bien dans la pédagogie. Je le rappelle : notre credo est que la bientraitance est inhérente au monde des courses hippiques. En revanche, avant 2020, on n'avait jamais pris le temps d'en parler, de la raconter et de l'expliquer. Depuis 2020, on se structure pour le faire savoir.

Pierre Préaud © ScoopDyga - Pierre Préaud

Comment décryptez-vous les attaques dont les courses sont l’objet ? Quels en sont les ressorts ?
PP.- Si je prends les 70 millions de Français, on va dire qu’il y a 5 % de la population qui connaissent un petit peu l'environnement des courses hippiques, qui comprennent nos enjeux, la relation avec les chevaux et qui jugent que ces derniers sont bien traités. À l'opposé, si je prends le score des législatives du Parti Animaliste, j’ai 3 % de Français qui sont plutôt dans le rejet des pratiques d'élevage et des relations aujourd'hui entre les humains et les animaux (pas que dans les courses). Ces 3 % disent en gros qu'il faut ficher la paix aux animaux et les lâcher dans la nature. J’ai finalement 92 % de la population qui sont au milieu et qui, en fait, n’expriment pas d’opinion. Ce qui a considérablement changé lors des trente dernières années, c'est que, dans ces 92 %, il y a 30 ans, une majorité avait un ancrage dans le monde rural et savait ce qu’était un champ de blé, faire la différence entre le foin et la paille, etc. Aujourd'hui, les deux-tiers ou les trois-quarts de ces 92 % n'ont plus du tout cette culture de la ruralité et ne savent plus de quoi on parle quand on aborde la relation de l’homme à l’animal. L’animal se réduit pour eux aux chiens, chats et poissons rouges. Ils sont sensibles au discours animaliste qui est habilement orchestré pour essayer d'apitoyer en partant de quelques cas, heureusement exceptionnels, de maltraitance. La logique de ces discours est ensuite de faire un amalgame en disant : "Regardez comment sont traités les animaux ! C'est horrible et il faut arrêter cela". Les antispécistes vont chercher un cas réel, qui est heureusement très exceptionnel, et le présentent comme la règle générale avec la pratique de l’amalgame.

Faut-il répondre aux attaques dès lors qu’elle sont du registre de l’amalgame ?
PP.- Si on ne prend pas la parole, ces deux-tiers ou trois-quarts des 92 % de la population ne vont entendre que les messages des animalistes, de L214, d’Hugo Clément (N.D.L.R. : journaliste et militant de la cause animaliste) par le biais des réseaux sociaux. Ils vont progressivement se laisser convaincre par cette caisse de résonance, où l’on entend tout et n'importe quoi. C’est pourquoi, plus que jamais, il faut prendre la parole vis-à-vis de cette immense majorité des Français qui est non sachante et qui, aujourd'hui, ne sait pas se prononcer. À travers notre démarche, notre visons les Français en général mais en particulier leurs élus locaux, leurs parlementaires, les médias et les influenceurs parce que ce sont eux qui parlent le plus. Nous leur expliquons que le monde de compétition implique la performance et implique la bientraitance. Au-delà du discours, nous leur proposons de venir voir comment un cheval est traité à l'écurie, au centre d'entraînement, de regarder comment, sur chaque hippodrome, on met tout en place pour assurer sa sécurité, sa bientraitance (avec le vétérinaire des pistes, le vétérinaire de prélèvement pour le contrôle anti-dopage, tous les équipements, le rebouchage des pas, le hersage, etc.). On leur dit ce qu’il se passe en fin de carrière, au moment de la reconversion, car cela fait maintenant plusieurs années qu'on a mis en place des passerelles pour aider ces chevaux à trouver un nouvel usage et ils en sont très majoritairement capables.

Les actions que vous coordonnez ont-elles trouvé écho dans le réel, dans les courses au quotidien ?
PP.- Toute notre démarche raceandcare depuis quatre ans, c'est donner de la visibilité, de la lisibilité à l'aspect réglementaire au pouvoir régalien des sociétés-mères. En quatre ans, sur la cravache au galop, cela a bougé tous les ans dans le sens d'optimiser toujours le nombre de sollicitations. Au trot, cela a bougé sur le déferrage et le harnachement. Aujourd’hui, au trot, je suis frappé du nombre d’entraîneurs qui présentent leurs chevaux avec un filet simple en bouche.

Allons encore plus loin. Pensez-vous que les socioprofessionnels ont bougé leurs lignes sur ce sujet de la bientraitance ?
PP.- Nos professionnels ont fait évoluer leur technique, beaucoup de jeunes vont se former à l'étranger. Ils en ramènent des nouvelles techniques, ils testent, ils sont tous à la recherche de ce qui peut faire en sorte que leur cheval soit le mieux préparé le jour J. La balnéothérapie s’est diffusée, on parle maintenant de techniques comme le shiatsu qui n’existaient pas forcément il y a dix-quinze ans. Les socioprofessionnels sont aussi des citoyens. Un entraîneur de trot ou de galop qui a 30 ans aujourd'hui n’a pas la même mentalité que celui qui avait 30 ans en 1980. La notion de bientraitance et de relation à l'animal le touche depuis qu'il est gamin, car il s’agit bien d’un phénomène sociétal qui concerne tous nos acteurs, comme il concerne les élèves de l’AFASEC par exemple.

Tout le discours qu'on porte en interne depuis quatre ans porte aussi ses fruits. Il y a une évolution dans les mentalités depuis quatre ans qui est liée à l'évolution sociétale mais qui, je pense aussi, est la résultante de toute la mobilisation que l'on a entreprise depuis 2020. Il y a une prise de conscience qui est constructive et positive. Avec #raceandcare, on a réussi à embarquer nos professionnels et nos acteurs bénévoles des hippodromes dans cette volonté d'affirmer leurs valeurs, de les revendiquer positivement, tout en étant complètement conscients de leur responsabilité.


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Quelle est la prochaine étape ?
PP.- Continuer le faire savoir et raconter encore et toujours ce que sont les courses, car le savoir-faire est insuffisant. C'est notre rôle de porter à la connaissance des 92 % de la population française dont on a parlé, en priorité les élus, les décideurs et les médias, tout ce qu’on fait en matière de bientraitance dans les courses. Ce n’est pas un discours de façade pour dire : "Tout va bien, on aime les chevaux." Mais cela se traduit par quoi dans les faits ? Dans les faits, on a plein de choses concrètes à démontrer et à raconter. Ce qu'on ne faisait pas avant. Maintenant, on le fait à travers nos newsletters, nos vidéos – tout ce qu'on a sur la chaîne YouTube.
On a notamment un devoir d'exemplarité et de contrôle, qui s'est renforcé aussi. Dans l'immense majorité des cas, cela se passe bien. Nos professionnels aujourd'hui ont changé d'état d'esprit et je le vois auprès des bénévoles des sociétés de courses maintenant. Quand on parle de bientraitance, il y a un sentiment de fierté et ils ont compris qu'on avait un vrai bilan à revendiquer. On sait qu’on ne se reposera jamais sur nos lauriers et qu’on ne va jamais dire : "On est les meilleurs, tout va bien". Mais on va dire que la bientraitance est dans nos gènes depuis l'origine. On avait peut-être commis l'erreur de pas le dire par le passé. Maintenant, on le raconte.

Mais le bien-être équin n’occulte-t-il pas d’autres questions essentielles pour l’avenir des courses ? Comme son empreinte énergétique pour parler d’une formule de plus en plus présente ?
PP.- Effectivement. Si on prend encore un peu plus de hauteur, le sujet de la relation humain-cheval vient s'inscrire aujourd'hui dans une problématique beaucoup plus large au niveau de la filière courses qui est, finalement, une problématique de responsabilité sociétale et environnementale. Aujourd'hui, il y a une partie de la population française qui semble nous attaquer sur plusieurs bases. En disant : les courses hippiques vivent grâce au jeu et le jeu c’est quand même pas terrible. On exploite en plus une clientèle très populaire. Et on ajoute encore : vous faites courir des animaux. Est-ce qu’ils sont bien traités ? En plus, vous utilisez un foncier très important aux portes des villes. Vous consommez beaucoup d'eau, beaucoup d'énergie. Dans toute la philosophie aujourd'hui, développée sur les notions de sobriété énergétique, de relation à la planète, etc., on n'est pas forcément bien vus. En tout cas, on est questionnés. En fait, au-delà du débat sur la bientraitance, le débat d'aujourd'hui et des années à venir est l'acceptabilité des courses hippiques dans la société française, de par tous ses impacts sociétaux, environnementaux. On réintègre nous cette problématique bientraitance dans une vision RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) globale. Et les grandes problématiques sociétales RSE se déclinent autour de quatre grands chapitres :
1️⃣ la place de l'humain et le bien-être au travail avec l'attractivité de l'emploi. On développe avec l’AFASEC le label EquuRES avec une nouvelle dimension spécifique à l'intérieur du label écurie sur le bien-être au travail. On travaille sur l'attractivité de l’emploi, la féminisation des personnels, etc. ;
2️⃣ la relation à l'animal, avec la bientraitance ;
3️⃣ l’empreinte et les impacts écologiques ;
4️⃣ le jeu responsable. C’est une obligation mais on va au-delà de nos obligations avec le PMU et sur les hippodromes. Les acteurs des courses sont hyper vigilants aux problématiques d'addiction.

Une vente de saillies au profit de Passerelle le 26 janvier

Le sujet de la reconversion a été abordé dans notre entretien par Pierre Préaud. Il s'agit d'une des composantes en pleine structuration de la filière hippique. Au trot, Passerelle est l'une des associations agréées par la SETF. Une vente de saillies sera organisée le vendredi 26 janvier à Vincennes à son profit, dans le cadre de la grande journée Expo Etalons. L'opération compte parmi ses partenaires Arqana Trot et Province Courses/24h au Trot.
Au-delà du prix de réserve de chaque saillie mise en vente (50 % du prix catalogue 2024), le montant des enchères devient un don reversé à l’association Passerelle. Reconnue d’intérêt général, l’association permet à ses donateurs de bénéficier d’une déduction d’impôt sur les montants versés.
Lors de la vente, le barême fiscal permettra ainsi aux enchérisseurs de voir leur prix d’adjudication revu à la baisse après réduction d’impôt. Exemple : pour un montant de don de 2.000 €, le coût réel sera après réduction d’impôt de :
→ 800 € pour un professionnel (sous statut société)
→ 680 € pour un particulier

 


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