L’échéance du 21 juin approchant, Romain Larue a plus que jamais le regard tourné vers la Journée des Champions. Le quadragénaire normand est de ceux qui abordent cette réunion de prestige avec de légitimes ambitions. Comment pourrait-il en être autrement porté qu’il est par la réussite de Miss des Besaces dans les trois épreuves qualificatives au Prix du Président de la République-Étrier 4 Ans Finale ? Romain Larue n’a peut-être jamais été aussi proche de briser le signe indien qui fait qu’une victoire dans un Groupe I se refuse à lui. Cet élan pourrait aussi venir d’autres éléments comme Loulou de Mye, Ibiscus Man et Nelati de Morgane, ce qui serait une gageure pour une écurie qui ne compte qu’une dizaine de chevaux à courir.
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Ils se sont associés pour acheter des terres sur la commune de Saint-Martin-de-Bienfaite (Calvados) sur lesquelles cohabitent harmonieusement une structure d'entraînement, dotée d'une piste en sable de 1.000 mètres - à l'intérieur de laquelle prend place une piste en huit et en terre -, une trentaine de paddocks avec abri, deux barns, et une autre d'élevage sur quelques dizaines d'hectares.
"Je m’en fiche de ce qui s’est passé la veille. J’avance ! Jamais, je ne recule. Je préfère prendre des risques en allant de l’avant".
Ce sont les conditions dans lesquelles évoluent quotidiennement ceux appelés à réussir sur les pistes, toujours tournés vers l'avenir. Car le passé n'intéresse pas Romain Larue. "Je ne regarde jamais derrière, affirme-t-il. Jamais ! Quand je dis cela, je suis capable de ne pas regarder une course courue deux jours avant. Je suis déjà dans la suivante. Je m’en fiche de ce qui s’est passé la veille. J’avance ! Jamais, je ne recule. Je préfère prendre des risques en allant de l’avant. Je préfère toujours tenter." Est-ce une force ? "Je ne sais pas, répond-il. En revanche, je sais dire quand j’ai fait une connerie. J’assume toujours ce que je fais. J’ai assumé l’Elitloppet, mais j’ai continué à avancer. Les regrets de l’Elitloppet étaient passés le jour suivant."
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La quête d'une étoile vraiment inaccessible ?
La référence à l'Elitloppet disputée par Gelati Cut cinq ans plus tôt n'est pas neutre. Elle n'est pas un sujet de crispation mais de frustration. Romain Larue a eu une petite quarantaine de partants dans des Groupes I en France et à l'étranger, en l'occurrence en Italie et en Suède. Dès l'année suivante à son installation, il alignait Up Lady (Mon Bellouet) au départ du Prix de Vincennes. Mais une victoire à ce niveau reste une inaccessible étoile jusqu'à maintenant. Ce ne sont pourtant pas les places qui manquent.
"Mon personnel est mon point fort"
Au quotidien, Romain Larue est entouré de trois salariés, dont une à mi-temps, alors que des prestataires de service sont présents plusieurs jours par semaine. "Mon personnel est mon point fort, soutient-il. Franck Girouard s’occupe des jeunes chevaux jusqu’aux qualifications. Il est aidé par un prestataire de service à raison de trois fois la semaine. Cela fait seize ans que l’on se supporte (sic). Comme le dit Fabrice Rebèche, le père d'Arthur, on dirait un vieux couple (sourire). Depuis quatre ans, Fabrice travaille aux "vieux" avec un prestataire deux jours par semaine. Enfin, Violaine Gaudemer s’occupe des soins et du travail de la cour à mi-temps depuis deux ans."
On ne les citera pas toutes mais on se concentrera sur celles de Gelati Cut, deux fois troisième en Italie (Gran Premio Unione Europea et Gran Premio Giuseppe Biasuzzi en 2020) et deux fois quatrième en Suède (Elitloppet et Paralympiatravet en 2021), et plus récemment celles de Loulou de Mye (Clif Du Pommereux), deuxième en 2024 du Prix Albert Viel, et de Miss des Besaces, également deuxième du dernier Saint-Léger des Trotteurs et quatrième en fin de meeting d'hiver du Prix des Centaures. "Je ne sais pas gagner de Groupe 1. Ils m'échappent, constate-t-il. Je ne saurais pas dire pourquoi. Je pense qu’il y a soit un nouvel élément qui arrive et est archi-préparé pour cette échéance et qui gagne, soit tout simplement on n’arrive pas à battre le champion." Mais aussitôt il rebondit : "Je ne peux pas me plaindre, car des entraîneurs n’en courent jamais. Mais, oui, je suis frustré. Ce qui est bien en revanche, c’est que j’ai les chevaux pour les courir avec mon petit effectif".
"Je ne sais pas gagner de Groupe 1. Ils m'échappent. Je ne saurais pas dire pourquoi. (...) Je ne peux pas me plaindre, car des entraîneurs n’en courent jamais. Mais, oui, je suis frustré. Ce qui est bien en revanche, c’est que j’ai les chevaux pour les courir avec mon petit effectif".
Et voilà que l'Elitloppet repointe son nez d'autant plus que Gelati Cut s'est accidenté deux mois plus tard alors qu'il était considéré comme le favori du Critérium des 5 Ans, fort de sa victoire dans le Prix Jockey (Groupe II). "Gelati Cut avait le niveau d’un Groupe I et en l’occurrence de gagner l’Elitloppet où il n'a pas eu le passage pour finir dans la finale et a passé le poteau quatrième en tirant dessus. On a mal géré la situation, revient l'ancien apprenti de Michel Lenoir. On n’aurait pas dû décider de prendre le dos de Gocciadoro, mais se dire que notre cheval avait la moelle de faire le tour de Vivid Wise As. Je regrette de ne pas avoir fait comme d’habitude, c’est-à-dire de m'être mis dans ma bulle et de n’écouter personne. J’aurais dû faire comme je le sentais et dire à Gabi : "Écoute, vas-y, le cheval ne te laissera pas tomber". Me faire confiance ne m’a jamais trahi, au contraire même. Ça m’a toujours fait gagner des Groupes II ou avoir de bons résultats dans les Groupes I."
Miss des Besaces, élue potentielle à l'incroyable parcours
Lauréate successivement des Prix René Palyart - Étrier 4 Ans Q1 et Prix Henri Ballière - Étrier 4 Ans Q2 avant de terminer deuxième du Prix Lavater - Étrier 4 Ans Q3 ce printemps, Miss des Besaces pourrait très bien être à la fois l'élue du Prix du Président de la République - Étrier 4 Ans Finale et celle de Romain Larue pour gagner son premier Groupe I. "J’espère, confie celui-ci. Il y a un an de ça, personne n’aurait dit qu’elle allait partir dans les trois ou quatre favoris du "Président". Moi le premier !" L'entraîneur fait référence au parcours incroyable de cette femelle élevée par Éric Martin. Il ne pouvait d'autant pas l'annoncer que la fille de Memphis du Rib n'était pas dans son écurie. Elle n'est arrivée dans ses boxes qu'au début de l'automne après son acquisition à réclamer par Hervé Karsenty grâce à un bulletin de 20.001 euros (pour un taux de réclamation de 18.000 euros). "Cet achat dans un but d'élevage lui revient entièrement même s’il m’a demandé mon avis, détaille-t-il. Le papier lui plaisait pour la croiser avec Gelati Cut. Il estimait qu’elle a un "vieux" papier que l’on ne trouve plus trop et que cela pouvait le faire avec "Gelati", un étalon plutôt costaud avec une petite jument comme elle. Il m’a dit que j’avais un hiver pour lui faire gagner les 20.000 euros que lui avait coûté son achat. Autant dire que je n’avais pas de pression. Elle devait partir ensuite à l’élevage."
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Plus de huit mois après, Miss des Besaces a gagné ses galons classiques et son entourage avance avec un capital confiance à la fois élevé et raisonnable vers la grande échéance, de celle qui donne une autre dimension à une carrière. "Elle est très bien depuis sa dernière course. Elle a repris de la fraîcheur et même un peu de poids, note Romain Larue. On serait arrivés sur le "Président" avec trois victoires dans les préparatoires, on aurait été plus stressés. On y va détendus et sereins. Maintenant, il y aura des chevaux comme Moustik la Govelle, Météore de Simm et Munhoa Védaquaise qui seront avant la nôtre parmi les favoris. Mais je reconnais qu'elle m’étonne !"
"On serait arrivés sur le "Président" avec trois victoires dans les préparatoires, on aurait été plus stressés. On y va détendus et sereins".
Une "Miss" jamais sans son "Jab"
Il y a comme un coup de cœur dans la relation des compagnons d'entraînement
Miss des Besaces et
Jab de Mye (
Let's Go Along), qui n'est d'ailleurs certainement pas étranger à l'ascension de la première. Une relation que décrit leur entraîneur :
"La jument n’aime pas que l’on s’occupe d’elle contrairement à Ibiscus Man par exemple. La première fois que je l’ai emmenée aux courses, je n’arrivais pas à la gérer au box. Elle sautait partout. Depuis qu’elle partage son box avec "Jab", c’est le jour et la nuit. À Vincennes, elle est cachée derrière lui dans leur box. C’est bien simple, ce n’est pas possible de l’emmener quelque part sans "Jab". Je pense qu’elle est anxieuse et est rassurée par la présence de son copain".
Le "Normandie" : une option pour Loulou de Mye
Le Prix de Normandie - Étrier 5 Ans Finale pourrait être l'occasion pour Loulou de Mye de faire ses débuts dans la spécialité. Disqualifié en fin de semaine dernière - "je n'ai pas réussi à le cadencer avec le départ en descendant alors que je l'avais affûté" -, il n'en garde pas moins l'estime de son entraîneur. "Mes repères à la maison montrent que je n’ai pas un cheval capable de le suivre, rappelle-t-il. Il connaît une mauvaise passe. Mais il ne faut pas oublier qu’il a terminé deuxième du Prix Albert Viel et qu’en fin d’année de 3 ans il avait presque déjà 300.00 euros de gains. Je n’ai plus rien à perdre. C’est pourquoi je me dis qu’il pourrait courir le "Normandie". Victor Saussaye est venu le travailler au monté où il ferait bien comme à l’attelage, c’est-à-dire qu’il se raccourcirait facilement. C’est un coup de poker. Soit il est au trot et termine dans les cinq premiers, soit il n’a pas d’allures..."
L'attachant Ibiscus Man
Au-delà du fait qu'il n'avait plus passé le poteau en tête depuis l'été dernier à Cagnes-sur-Mer, la victoire d'Ibiscus Man en fin de semaine dernière à Vincennes a ravi son entraîneur. "Certes, il n'avait pas gagné depuis un moment, convient-il, mais, cet hiver, il a pris des places et trotté 1’09’’ même s’il n’était que sixième ce jour-là. C'est un chrono qu’il avait déjà fait il y a un an quand il était devancé par Cobra Killer Gar. À un certain niveau, les places sont bonnes aussi. Ne croyez pas que je ne suis pas content de cette victoire, mais il faut remettre l’église au centre du village. J'entends : "Raffin a gagné avec, toi quand tu le drives…". Samedi, le cheval redescendait de catégorie et je le donne à Éric quand il est 275 %." La prochaine échéance se situe donc lors de la Journée des Champions : "Je l’ai engagé ce matin (lire mercredi) dans le "Ballière" désormais ouvert aux hongres. Le même jour, il est engagé dans le "Deloison". On verra le choix d’Éric".
"À 2 ans, je savais qu’Ibiscus était un super cheval. Mais, pendant deux ans, il n’y avait que moi qui croyais dans ce que je disais".
L'histoire qui lie Romain Larue à ce fils de Booster Winner n'a pas été un long fleuve tranquille. "À 2 ans, je savais qu’il était un super cheval. Mais, pendant deux ans, il n’y avait que moi qui croyais dans ce que je disais, en rigole-t-il avec le recul. Avec lui, j'ai l’avantage qu’il appartient à mon père et à l’un de ses amis d'enfance (Didier Beaufils). Ça ne pouvait pas être un cheval de client. Il n’est pas toujours sûr, ni facile à entraîner. Mais, aujourd’hui, il a un demi-million d'euros de gains."