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23/09/2020
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Evolution de l'entraînement : le cas Face Time Bourbon

Les récentes démonstrations de Face Time Bourbon dans le Critérium des 5 Ans et le Prix de l’Etoile mettent en lumière en quelque sorte une évolution de l’entraînement. Sébastien Guarato nous l'explique.

Evolution de l'entraînement : le cas Face Time Bourbon

©JLL-LeTROT - Face Time Bourbon, ici à l'entraînement chez Sébastien Guarato, dans son établissement du Ménil-Bérard

"Je l’ai simplement pris la veille de la course, sur deux lignes droites. Il était bien souple. En fait, il a gagné sans travail." C’est une phrase lâchée par Sébastien Guarato sur Equidia dans le Grand Debrief du 30 août, au lendemain du Critérium des 5 Ans (revoir la course) de Face Time Bourbon. Dans cette émission donc, l’entraîneur était revenu sur la gestion de l’abcès à un paturon du champion qui l’avait contraint à ne pas le travailler de la semaine. Or, ce jour-là, Face Time Bourbon, qui courait pour la première fois sur 3 000 mètres, a pulvérisé l’opposition et s’est imposé en 1’12’’1 ! Une performance proprement exceptionnelle quand on connaît donc le contexte dans lequel s’est passée sa préparation. C’est peut-être un peu forcé le trait mais Face Time Bourbon a donc remporté le 10ème Groupe I de sa carrière en ayant « zappé », contraint et forcé, quasiment une semaine d’entraînement, le dernier gros travail ayant eu lieu le dimanche précédent.

« Avec Face Time, je m’aperçois que je peux le travailler de façon différente, il est toujours bien », prolongera quelques jours plus tard Sébastien Guarato. Peu après, toujours dans l’émission animée par Manuela Jollivet, Sébastien Guarato ajoutait : « Je pense que l’on est beaucoup d’entraîneurs à en faire peut-être un peu trop au travail. Des fois, on veut se rassurer un peu trop ». Confession là aussi assez détonante de la part d’un entraîneur qui a remporté 55 Groupes I en France en l’espace de moins de quinze ans ! Une appréciation étayée disait-il par des échanges récents dans les vestiaires de Vincennes avec Jean-Michel Bazire et Jean-Michel Baudouin. Des entraîneurs aux méthodes de travail et de préparation différentes, ne serait-ce parce qu’ils ne partagent pas les mêmes structures d’entraînement (à l’exception de Grosbois où Jean-Michel Bazire a une antenne à l’année et où Jean-Michel Baudouin a une cour le temps du meeting d’hiver de Vincennes).

« On a besoin parfois de se rassurer après un travail parce que la piste n’est pas aussi bonne que voulue, parce qu’il y a du vent, etc., décrit l’entraîneur d’origine bordelaise. Du coup, on se dit que le cheval n’a pas trop bien travaillé, donc on essaye de se rassurer en faisant un petit boulot supplémentaire. D’un autre côté, c’est important de se remettre en question, de ne pas s’endormir même si, personnellement, je ne suis pas en perpétuelle recherche. J’applique toujours la même méthode, ça me réussit bien et je sais où je vais. » Les appréciations de Sébastien Guarato sur le volume et la nature du travail s’appliquent de façon générale mais semblent prendre sa source dans l’avènement de Face Time Bourbon, l’exception au pays des surdoués. « Avant le Prix de l’Etoile, il est resté huit jours au paddock, puis a fait une promenade et deux petits boulots sur la main, tranquille, en étant en 1’20’’. Résultat, il trotte 1’09’’4 départ lancé ! C’est un surdoué, c’est tout ! Evidemment, la nature du travail dépend du cheval que l’on a dans les mains et de la course que l’on prépare. Face Time est un cheval très léger, très facile d’allures. Je n’ai pas besoin par exemple de travailler l’explosivité avec ce cheval-là. Si je le fais avec lui, il va tomber fou ! »

Cette évolution du travail est aussi l’une des conséquences de l’évolution de la génétique du Trotteur Français. « Les origines de nos trotteurs changent. On a notamment beaucoup de Ready Cash qui ont beaucoup de sang, avance Sébastien Guarato dans son argumentaire. On s’approche vraiment du galopeur. Donc, il va falloir que l’on fasse attention à nos méthodes de travail. Ce qui se faisait dans le passé, je ne pense pas que l’on pourrait le refaire aujourd’hui, au moins tout au long d’une carrière. J’ai ainsi tendance à travailler Face Time de plus en plus légèrement et ça va de mieux en mieux. »

La référence aux galopeurs, l’homme aux trois Prix d’Amérique la fait volontiers. Elle est même inspirante dans sa façon de travailler, en particulier l’étoile de son écurie : « Je cherche surtout à le garder en condition, en le travaillant régulièrement sur la main, un peu à la méthode d’un galopeur. Au galop, ils ne lâchent jamais trop la tête au travail. Il faut préserver son mental et sa puissance pour arriver frais en course ». Ces propos font écho à ceux de Jan Kruithof dans le cadre d’une saga sur l’évolution du trotting par Jacques Pauc publiée en 2017 dans Trot Infos (n°243) où il rappelait son expérience dans les écuries de galop de Chantilly : « Un pur-sang est une telle boule de nerf, d’énergie. C’est comme un ressort que l’on met deux mois et demi à remonter progressivement et que l’on détend le jour de la course. Si tu en fais trop au travail, cela ne marche pas. Il faut relaxer les galopeurs, les détendre, faire des kilomètres, garder l’influx nerveux pour la course. C’est un travail particulier et c’est pourquoi des entraîneurs de trotteurs qui ont voulu entraîner au galop n’y sont pas parvenus tout de suite ».

Comme beaucoup d’autres professionnels du trot, ne serait-ce que la famille « Dubois » dans sa définition large, Sébastien Guarato regarde ce qui se fait au galop, lui qui est d’ailleurs propriétaire de chevaux d’obstacle dont Via Dolorosa, vainqueur du Prix du Président de la République à Auteuil en 2017 sous l’entraînement d’Arnaud Chaillé-Chaillé : « Je m’intéresse notamment au travail des entraîneurs de galop en Angleterre et en Irlande. Ils travaillent beaucoup en montée, beaucoup plus que l’on ne peut le faire avec un trotteur, car les galopeurs poussent davantage. Ma piste monte au début mais, après, c’est un faux plat montant, si bien que je peux faire un peu de vitesse. On voit bien que les galopeurs travaillent sur la main, s’appliquent à bien faire respirer leurs chevaux. Ce travail m’inspire, d’autant qu’ils gardent l’influx pour la course. » Un influx que Sébastien Guarato s'évertue à préserver au maximum avec son champion : « Jamais, jamais, je n’ai lâché la tête avec Face Time au travail, même avant le Prix d’Amérique. Il n’y a que (Björn) Goop qui lâche la tête en fait. Ça veut donc dire que le cheval a gros, gros de marge. »

Article paru dans 24H au Trot du 19 septembre 2020

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