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30/04/2021
Course
ELEVAGE
Sur les traces des championnes devenues matrones

L'actualité récente a mis en lumière plusieurs lauréats dont la mère fut une championne en piste. Tour d'horizon.

Sur les traces des championnes devenues matrones

© Scoopdyga - Roxane Griff fait partie des championnes qui brillent aussi au haras

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On a pu reparler par exemple de l'excellente Fan Idole sur deux aspects. Sur le plan de l’élevage, d’abord, elle a donné en Espéranza Idole l’un des bons vainqueurs de la réunion de samedi dernier, à Vincennes, elle dont tous les produits sont gagnants, à commencer par cette fille de Quido du Goutier dont on ne connaît pas vraiment les limites et qui est en pleine ascension. Et puis le Prix de l’Atlantique, disputé samedi 24 avril, à Enghien, c’était un peu la course de Fan Idole. En quatre participations, la protégée de Richard-William Denéchère l’a emporté à deux reprises, en 2000 et en 2002, et s’est classée deuxième, en 2001.

Fan Idole mérite donc notre présente attention, comme, par extension, une dizaine d’autres juments, à l’exemple de Roxane Griff, autre phénomène sur les pistes, qui pointa, de surcroît, à la deuxième place d’une édition du Prix de l’Atlantique et dont la fille, Ixana Griff, a débuté victorieusement, lundi, à Cholet. Autrement dit, 24 H Au Trot est sur les traces de championnes devenues matrones. Cela étant, Fan Idole n’est pas (encore), à proprement parler, une matrone. Il n’empêche que ses six produits ont vaincu et amassé, au total, à ce jour, plus de 600.000 euros, soit une moyenne de 100.000 euros par cheval, ce qui n’est pas si mal.

Ils sont emmenés par cette Espéranza Idole que nous évoquions en préambule et qui compte douze succès à son actif, paraissant meilleure que jamais, à 7 ans, et rappelant, en cela, que les plus belles années de sa mère commencèrent à cet âge. Dès lors, il ne nous étonnerait pas que la pensionnaire de Noël Langlois en ait encore « sous le pied ». Roxane Griff a un profil similaire à Fan Idole, en ce qu’elle a fourni ses performances les plus probantes à un âge où beaucoup de juments ont déjà regagné le haras. En retour, si le palmarès s’étoffe, le potentiel de reproductrice peut s’en trouver amoindri, ne serait-ce que mathématiquement, une poulinière mise tardivement à l’élevage ayant, par définition, moins de produits qu’une homologue y étant arrivée quelques années plus tôt.

Ainsi Roxane Griff, inséminée pour la première fois à l’âge de 11 ans –comme Fan Idole–, ne peut compter, pour l’heure, que sur deux produits en âge de courir, à savoir Hermès Griff 1’14, un « Ready Cash », et Ixana Griff 1’16, une « Love You ». Les choses s’annoncent bien, cependant, car tous les deux sont vainqueurs et, si le premier a, semble-t-il, montré ses limites, tous les espoirs sont encore permis pour la seconde.

De toute façon, au haras, avec les championnes des hippodromes, c’est souvent tout ou rien : soit la reconversion se fait en douceur et favorablement, soit l’échec est radical, ne serait-ce, parfois, que par manque de chance, voire acharnement du sort.

Une de Mai définitivement à part

L’exceptionnelle Une de Mai fut de ces grandes malchanceuses, n’ayant qu’un seul produit, avant d’avorter de jumeaux et de mourir prématurément. Plus lointainement, Amazone B, deux fois lauréate du Prix d’Amérique dans les années 1930, fut, pareillement, une poulinière malheureuse et ne traça pas. Idem de la formidable Ozo, autre double gagnante de notre grande course, trois décennies plus tard, qui fut victime d’une tumeur à l’utérus, à peine entrée au haras. Ou encore de Vourasie, la soeur d’Ourasi, moins douée que lui, certes, mais tout de même fort talentueuse, et qui ne put avoir qu’un produit. Des championnes –pour certaines d’entre elles, le mot peut même paraître faible– sans lendemain, en quelque sorte, sinon des lendemains qui pleurent.

Fortunes diverses

Lendemains qui chantent, en revanche, pour une Ergoline, phénoménale jument montée de la fin du dix-neuvième siècle, qui réussit l’exploit de signer trente et une victoires consécutives, entre le printemps 1893 et l’automne 1895, avant de mettre bas, avec le concours du chef de race Fuschia, un champion en Bémécourt, à son tour étalon de première grandeur, tête de liste des pères de vainqueurs tout au long des années 1910, seulement détrôné par son fils, Intermède, père d’une certaine Uranie. Lendemains qui chantent, également, pour cette dernière, triple lauréate du Prix d’Amérique, mère des propres frères, par l’américain The Great McKinney, Kairos et Ogaden, à la destinée brillante non seulement en compétition, mais à la reproduction. Lendemains qui chantent, aussi, pour l’éclectique Sa Bourbonnaise, à l’honneur dans les plus convoités classiques du programme, attelée et montée, à 4 et 5 ans, avant de se muer en une poulinière d’exception, à laquelle on doit quatre classiques, soit Hermès D, étalon fameux, Infante II, qui donnera Sabi Pas –le père de Fakir du Vivier–, Le Postillon et Jalna IV, d’où Roquépine, sur laquelle nous reviendrons.

Lendemains qui chantent, encore, pour Cancannière, la championne de Jonel Chyriacos, gagnante du Prix d’Amérique, à l’aube des années 1950, de deux Prix de Paris et du Grand Prix des Nations, en Italie, puis mère de Nautilus G (Critérium des 4 Ans, Gran Premio Europa) et de Quirinus III (troisième du Critérium des 5 Ans). Lendemains qui chantent, toujours, pour Gélinotte , la plus grande jument trotteuse de l’après-guerre, aux deux Prix d’Amérique, aux deux Prix de France et aux deux Prix de Paris, un coup de trois signé deux hivers de suite, et à l’incomparable palmarès international, en prélude à une remarquable carrière de génitrice, trio classique à la clef, constitué de Quiscale, Ura, futur dauphin de Chambon P au palmarès des étalons, et Bartavelle.

Celles qui figurent sur les deux tableaux

L’ère moderne s’ouvre avec Roquépine et ses trois Prix d’Amérique, dans les pas d’Uranie, assortis de multiples autres succès majeurs dans le monde entier et complétés d’une progéniture composée de Florestan, étalon pilier au cours de ces quarante dernières années, Granit et Hague, tous trois performers classiques en Europe. Elle se poursuit avec Vanina B, autre compétitrice phare, quadruple lauréate de Groupe I, mère du champion Jorky et arrière-grand-mère d’un certain Timoko. Dimitria, exportée en Suède, où elle avait enregistré sa plus grande victoire, dans l’Elitloppet, et à la base, entre autres, des actuels exploits de Face Time Bourbon, nous est ensuite revenue, par descendantes interposées. Les « Dubois », Bahama et Qualita Bourbon, complètent le champ. Si Jean-Pierre Dubois regretta, après coup, de l’avoir fait courir un peu trop longtemps –lui qui n’aime pas entamer le capital de ses futures reproductrices en compétition–, Bahama, quintuple lauréate de Groupe I, en France et en Italie, a tout de même bien réussi au haras, procurant les Mercenaire, Nouvelle Aventure, Quelle Aventure, Farifantet Rapide Aventure, tous chevaux de Groupe I ou de Groupe II, sachant qu’elle nous emmène aussi, par un autre canal, à l’actuel et fort titré Dollar Macker (« Elites », « Centaures », deuxième du Critérium des Jeunes et du Prix de Vincennes). Quant à Qualita Bourbon, qui descend, soit dit au passage, de la susnommée Dimitria, gagnante de cinq Groupes I, elle est déjà la mère de Tast of Bourbon (lauréate du Derby danois) et des semi-classiques français Calita Wood et Fabulous Wood ; d’une certaine manière, elle trotte dans les battues de sa sœur aînée, Mara Bourbon , autre championne, attelée-montée celle-là, d’où le classique Follow You. Il y a, décidément, du grain à moudre, parmi ces championnes devenues des matrones, d’autant que d’autres, bien sûr, auraient pu être mentionnées, telle une Champenoise ou une Gamélia, par exemple.

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