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21/05/2022
Trotteur francais
Portrait
Attachante et populaire Chica de Joudes, la fiancée du trot

Avec le retrait de Chica de Joudes, c’est une grande dame du trot français qui tire sa révérence. La jument de 10 ans était à la fois discrète et attachante, courageuse et populaire. En tant que membre permanente de l’élite nationale, elle était de tous les grands rendez-vous depuis plusieurs années. Elle était sur les affiches, sur lesquelles se penchent religieusement tant et tant de monde : des turfistes aux amoureux du sport de haut niveau en passant par les socioprofessionnels et observateurs du trot. Chica de Joudes était devenue pour certains comme un membre de la famille. C’est une sorte de fiancée du trot qui rejoint le haras pour poursuivre sa déjà grande œuvre.

Attachante et populaire Chica de Joudes, la fiancée du trot

© JLL - LeTROT – Chica de Joudes

Son histoire est celle de la stabilité. Un seul entraîneur, Alain Laurent, a accompagné sa carrière. Chica de Joudes retourne maintenant chez ses éleveurs et propriétaires dans le département de la Saône-et-Loire, la famille Vulliamy. Alain Laurent commence sur le registre de l'émotion avec elle : "C’était une jument de cœur. Elle était particulière parce qu’elle était rigolote. Elle avait une vraie personnalité avec une douceur et une joie de vivre permanente." Et le professionnel continue encore avec des formules chocs comme : "Je crois que tout le monde l'aimait, personne n'était jaloux d'elle."

Alain Laurent : "Elle était belle comme une star !"
Pour aller encore plus loin dans le portrait de celle qui sera restée de ses 18 mois (yearling) à ses 10 ans sous sa responsabilité, Alain Laurent nous fait partager un moment précis : "Avec elle, j’ai des souvenirs particuliers, comme de la voir se tortiller de plaisir comme un petit ver de terre au deuxième ou troisième heat sur la ligne droite au travail. Elle était belle comme une star !"

Une carrière longue et riche
Chica de Joudes a débuté à l’âge de 2 ans, en novembre à Strasbourg, par une disqualification. À l’âge de 3 ans, elle gravit gentiment les échelons pour s’imposer deux fois à Vincennes au second semestre. Elle est alors souvent disqualifiée et le sera encore à 4 ans. Elle s’impose alors à Enghien. C’est à 5 ans qu’elle prend une autre dimension. Elle ne court que quatre fois (toujours à Vincennes) pour trois victoires et un premier accessit. Elle s’attaque à la catégorie Groupe à 6 ans (deuxième du Prix de Nevers en février) et se frotte pour la première fois aux meilleurs dans le Prix de Sélection (6e). Elle continue sa marche en avant à 7 ans avec huit victoires dont deux Groupes III. Elle se classe deuxième du Prix de Bretagne (Groupe II) en fin d’année, assurant sa place sur la grille de départ du Prix d’Amérique 2020 dont elle conclura quatrième. Elle réalise ce jour-là ses derniers 500 mètres dans la réduction kilométrique d’1’10’’2. Seul Face Time Bourbon (1er) et Vitruvio (5e) feront mieux qu’elle. Elle multiplie les places contre les meilleurs depuis 2020 et s'est encore imposée lors du dernier meeting d'hiver dans le Prix des Cévennes (Groupe III). Elle s'est classée cinquième du Prix de Paris - Marathon Race (Groupe I) en février avant de tirer sa révérence par une sixième place dans le Prix Jean Riaud (Groupe III) le 6 avril.

Une sortie sous le signe de l'hommage
À propos de sa dernière sortie, Alain Laurent nous apprend aussi : "Je voulais courir le Prix Jean Riaud avec elle. J'ai passé trente ans de ma vie en compagnie de Monsieur Jean Riaud pour qui j'ai gagné le Cornulier. La jument était encore très bien mais on s'est tous un peu affolés avec Cleangame et on a fait trop fort. Elle est sixième et je suis fière d'elle." De fait, Chica de Joudes a montré tout cet hiver et lors de ces dernières semaines, qu'à 10 ans, elle était encore tout à fait compétitive. Voilà dès lors une sortie exemplaire pour une grande jument.

Alexandre Vulliamy : "Il existait une complicité entre Alain Laurent et Chica de Joudes"
Associé à sa sœur Sylvie et son frère Christophe, Alexandre Vulliamy a repris l'oeuvre d'élevage de son père Jean-Pierre décédé en 1999. Il nous partage son point de vue d'éleveur et propriétaire de Chica de Joudes : "On a toujours respecté M. Laurent qui avait la jument en location carrière de courses. On a attendu le bon moment pour lui. En tant qu’éleveur, on l’aurait bien récupérée plus tôt mais, en même temps, si elle en est arrivée là, avec son palmarès, c’est grâce au travail de Monsieur Laurent. Et aussi à la complicité qu’il y avait entre lui et la jument. Il nous avait demandé s’il pouvait continuer avec elle jusqu’au Prix Jean Riaud. On était d’accord avec son choix et il nous l’a gentiment amenée en Normandie où elle réside actuellement."

Une grande carrière pourtant sans doute empêchée !
Si les compliments sur Chica de Joudes pleuvent dans la bouche d’Alain Laurent, comme "c'était une super jument. Elle était forte, n'avait besoin de personne. Elle allait au bout des doigts et ne tirait pas sur les rênes. Je lui disais on accélère et elle repartait", il y a aussi une pointe de déception. Le professionnel nous explique en effet : "Avec elle, j'ai quand même un grand regret. Quand elle est arrivée chez moi yearling, elle avait une gêne qu'on n’a jamais vraiment identifiée, elle a été boiteuse. Evidemment, elle a vu plusieurs vétérinaires, des soins ont été faits mais cela n’a rien apporté véritablement." Dans la continuité de cette "frustration", Alain Laurent développe aussi : "Je pensais qu'elle était une jument de Cornulier mais elle n'a jamais été à l'aise sous la selle à cause de cette gêne. Vous imaginez quelle jument elle aurait été sans cela ?"

La bonne humeur, un trait de tempérament familial
Sur le caractère de son élève et la connexion qui s’est établie entre elle et Alain Laurent, Alexandre Vulliamy nous donne quelques clés. "C’est une jument qui avait besoin de sortir beaucoup car elle était sujette aux petits coups de sang. Il y a aussi Jameel (Mohammed) chez Alain Laurent qui s’en est énormément occupé. C’était un peu la chouchoute de la maison. C’est un trait caractéristique des produits de Queschua Love qui nous a toujours donné des chevaux sympas dont bien sûr le très bon Atlas de Joudes. Chica était gentille comme tout, toujours de bonne humeur pour aller travailler, toujours allante. Une relation forte s’est construite entre Alain Laurent et la jument."

Jameel Mohammed, l'homme de l'ombre
Lad de Chica de Joudes, Jameel Mohammed a passé beaucoup de temps avec sa championne. Alain Laurent nous apprend en outre : "Jameel est passionné par les chevaux et vouait une adoration pour sa Chica. Il est natif d'Inde et cela fait presque dix-neuf ans qu'il a intégré mon entreprise. C'est un garçon d'une grande gentillesse."

Un travail d'équipe, y compris du maréchal-ferrant
Chica de Joudes n'a été déferrée qu'à 7 ans (un essai infructeux avait eu lieu à 4 ans). C'est Christophe Lebigot qui a pris en charge cette mission en tant que maréchal-ferrant d'Alain Laurent. Il a travaillé de concert avec l'entraîneur et cette contribution s'ajoute à l'oeuvre de l'ensemble d'une équipe dans la réussite de Chica de Joudes.

La désillusion du monté
Chica de Joudes n’a jamais participé au Prix de Cornulier (Groupe I). Pourtant, avec son modèle, sa tenue à toute épreuve, et ses origine (fille de Jag de Bellouet), elle cochait pas mal de cases pour se produire sous la selle. Alain Laurent, trois Prix de Cornulier à son actif, sait de quoi il parle quand il évoque le monté pour sa pensionnaire. Et ce ne sera que désillusion. "Je l’ai essayée à l’âge de 4 ans et ce fut une grosse déception. Je me disais qu’elle était mûre pour porter le bonhomme et, pour moi, c’était une jument de Cornulier. Elle s’est montrée mal à l’aise en dessous de moi." Un autre essai a été tenté l'an dernier. La jument a alors participé à sa seule tentative montée dans le Prix Jules Lemonnier, le 24 décembre. Elle ne pourra jouer le moindre rôle, connaissant des problèmes d’allures pour être finalement disqualifiée.

FICHE D’IDENTITÉ DE CHICA DE JOUDES
Née en 2012 par Jag de Bellouet et Queschua Love (dont le père est Love You), mère aussi d'Atlas de Joudes 1'13 (avec Ready Cash pour père).
Record : 1’10’’3 dans le Prix René Ballière (Groupe I) 2021 (6e) et dans le Prix de France (Groupe I) 2022 (7e)
83 courses – 16 victoires – 16 places (2e et 3e)
Gains : 890.770 €
Groupes I : 12 participations – 4e dans le Prix d’Amérique 2020, 5e dans le Prix de Paris 2021 et 5e dans le Prix de Paris 2022
Groupes II : 15 participations – meilleure performance : 2e dans le Prix de Bretagne 2019
Groupes III : 18 participations – 3 victoires : Prix Helen Johansson 2019, Prix du Languedoc 2019, Prix des Cévennes 2021

Artcile publié dans 24h au trot - jeudi 19 mai 2022

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