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25/06/2022
Course
ELEVAGE
Handy Bourbon, un pedigree qui ne doit rien au hasard

Handy Bourbon 1’10’’ a.-m. sera, finalement, au départ du Prix de Normandie (Groupe 1) - Etrier 5 Ans Finale, dimanche, lors de la Journée des Champions. Tonitruant vainqueur du Groupe II Prix Jean Gauvreau - Etrier 5 Ans Qualif 2, le mois dernier, pour ses débuts sous la selle, dans le temps, "canon", de 1’10’’4 – soit le nouveau record des 5 ans montés –, sur les 2.175 mètres de la grande piste, il a été élevé par Rainer Engelke, l’homme de Face Time Bourbon, qui en partage la propriété, au travers de l’Ecurie du Haras de Saint-Martin, avec Sébastien Guarato et notre consoeur, Marine Costabadie. Un nouvel actif à mettre au crédit de l’éleveur ornais.

Handy Bourbon, un pedigree qui ne doit rien au hasard

 ©Scoopdyga - Handy Bourbon lors de sa dernière victoire

Article paru dans 24H au Trot - Retrouvez tous les numéros du quotidien en cliquant ici

Le temps a fait son oeuvre. À l'approche de l'Etrier 5 Ans Finale - Prix de Normandie (Gr.I), l'entourage de Handy Bourbon (Kaisy Dream) a finalement décidé de se laisser tenter par le challenge. Le nouveau record-horse des 5 ans montés va donc se lancer dans l'aventure des 3 000 mètres de la Grande Piste parisienne. Ce cheval que l'on sait bouillonnant et pétri de vitesse comme il vient de le prouver dans le Prix Jean Gauvreau va devoir composer différemment sur la longue distance. Qui mieux que Rainer Engelke pour nous expliquer le pourquoi et le comment de son protégé ?

24H au Trot.- Rainer Engelke, présentez-nous Handy Bourbon, en bref.
Rainer Engelke.- Handy Bourbon a gagné sept de ses huit premières courses. Il a couru dix-neuf fois, pour dix victoires et un record de 1’10’’ dans les deux spécialités, ce que, à ma connaissance, aucun actuel 5 ans, "H", n’a fait. 1’10’1, attelé, à 4 ans, et 1’10’’4, monté, à 5 ans : ce sont des records du monde ! Il a énormément de vitesse. Sébastien Guarato l’a façonné pendant le premier confinement, alors que le poulain avait 3 ans. Il s’en est beaucoup occupé, comme Jean-Jacques Roulland, aujourd’hui, lorsque le cheval va à la mer, dans la Manche. Alexandre Abrivard, son partenaire attitré, depuis un an, est également à féliciter. Sa réussite est un ensemble, qu’il doit à chacun. Physiquement, c’est un cheval costaud, très français dans son modèle.
 
 
Vous avez pour habitude de construire, avec soin, vos croisements. Celui de Handy Bourbon apparaît particulièrement abouti…
Oui, c’est vrai. C’est tout sauf un pedigree de hasard. Handy Bourbon a, précisément, 52 % de sang américain et 48 % de sang français, officiel. Il constitue comme un équilibre entre les deux races. Le trotteur français, c’est cela, de nos jours, et il ne faut pas aller au-delà, car ce serait suicidaire. Il faut préserver cet équilibre. C’est ce qui fait notre valeur, notre force. L’ouverture du Stud-Book, préconisée par certains, irait à notre perte.

« J’ai davantage recherché l’inbreeding sur Speedy Somolli que celui sur Roquépine. » - Rainer Engelke

L’inbreeding sur Speedy Somolli (3x5) et celui sur Roquépine (5x5) ne témoignent-ils pas, dans son pedigree, de cet équilibre franco-américain ?
Si, précisément, même si je dois vous avouer avoir davantage recherché celui sur Speedy Somolli. Selon moi, ce dernier est un chef de race, à l’image de son père, Speedy Crown. Speedy Somolli était un petit cheval, qui n’était pas très fertile. En France, il a donné notamment Tarass Boulba, qui fut un étalon de tête. Dans le pedigree de Handy Bourbon, il est, à la fois, le père de mère du père, Kaisy Dream, et l’arrière-grand-père maternel de Love You, le père de mère. D’une manière plus générale, je voudrais souligner que l’inbreeding est, à mes yeux, essentiel pour l’amélioration de la race. Celle-ci passe par la consanguinité, tout simplement. Mais, vous savez, un éleveur ne doit jamais faire le fanfaron. Elever, c’est essayer d’éviter les erreurs. C’est, sur dix tentatives, neuf défaites pour une victoire. Or, gagner une course à Vincennes, c’est déjà une victoire, si vous voyez ce que je veux dire. Il faut être joueur pour être éleveur. Ce n’est pas une affaire de bureaucrate. La bureaucratie, c’est la mort de l’élevage ! 

« Kaisy Dream ? Le bijou ignoré de l’élevage français. » - Rainer Engelke

Parlez-nous de Kaisy Dream, le père de Handy Bourbon.
C’est un cheval, je pense, mésestimé, millionnaire en euros, vainqueur de deux Groupes I, en France (N.D.L.R. : Prix de Sélection) et en Italie (N.D.L.R. : Gran Premio Europa), également gagnant d’un Groupe II monté, sous la selle de Louis Baudron. J’apprécie particulièrement les chevaux capables de gagner dans les deux spécialités et il a légué cette qualité à son fils. Il est par Extreme Dream, qui plus est, lequel n’est autre que le père de mère de Ready Cash. C’est la cerise sur le gâteau ! Kaisy Dream est parti faire la monte, pendant un an, au Canada, et il a, ensuite, été un peu oublié par les éleveurs. Il n’était pas très populaire, n’inséminant guère plus de quarante ou quarante-cinq poulinières chaque saison. Je pense qu’on est passé à côté de ce cheval, qui a été capable de donner, la même année, un trio constitué de Santa Rosa France, So Lovely Girl et Showtime Bourbon. Kaisy Dream, c’est comme un bijou ignoré de l’élevage français.
 
 
Et Vendetta Bourbon, sa mère ?
Elle a gagné deux courses à Vincennes et une autre à Vichy, déjà aux soins de Sébastien Guarato. Elle est issue d’Herba Bourbon, une fille d’And Arifant qui était toute bonne, signant treize victoires, chez Franck Blandin, pour près de 500.000 euros de gains et un record de 1’12’’. Herba Bourbon a remporté, notamment, l’important Prix de Lille, à Vincennes, et a bien couru, plusieurs fois, face à l’élite, dont elle n’était pas loin. Elle a eu son meilleur produit, avec Ready Cash, en Best of Bourbon, hongre très valeureux, qui a terminé sa carrière, à 11 ans, sur un treizième succès, en mars dernier, et qui était du niveau des courses de Groupe, sous la selle. C’est une souche fort correcte, introduite dans mon élevage avec l’acquisition de Cartinoa, la troisième mère, une fille de Granit achetée en partenariat avec Jean-Philippe Dubois. A l’époque – les années 1990 –, nous nous intéressions, avec Jean-Philippe, à toutes les femelles ayant du sang américain et, autant que faire se peut, les achetions.
 
Le meilleur de Vendetta Bourbon
Handy Bourbon est le deuxième produit de Vendetta Bourbon 1’12’’, après sa propre sœur, Fashion Bourbon 1’14’’, lauréate en province, en France, puis du Critérium de Vitesse de Wolvega, en Hollande, sur le mile. Viennent ensuite Icarus Bourbon 1’15’’ (Prodigious), à l’entraînement chez Björn Goop et qui n’a pu, pour l’instant, que se placer, et Kristo Bourbon, un fils de Timoko âgé de 2 ans, également aux soins de Sébastien Guarato, sous la bannière de l’Ecurie du Haras de Saint-Martin.
 
Le souvenir de Voronoff
On peut faire remonter la souche de Handy Bourbon jusqu’à La Canadienne 1’31’’ (1933-Passeport), sa septième mère, qui engendra le champion Voronoff 1’25’’ (Janus), lequel enregistra treize victoires consécutives, à 3 et 4 ans, tant monté qu’attelé – un performer polyvalent, déjà –, dont quatre fois à l’échelon classique, dans le Saint-Léger des Trotteurs, le Critérium des 3 Ans, le Prix de l’Etoile et le Prix des Elites. Voronoff se muera en un excellent étalon, vecteur de vitesse, auteur, au premier chef, de la championne internationale de Roger Vercruysse, Kracovie 1’16’’ (Elitloppet, Grand Prix de la Loterie, Grand Prix d’Aby, La Flèche d’Europe, deuxième du Yonkers International Trot et de la Challenge Cup).
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