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24/11/2022
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Jonathan Carré : n°1 des jockeys pour la deuxième fois en Suède

C’est un nouvel exploit que réalise cette saison le Français Jonathan Carré en Suède. Il va remporter pour la deuxième année consécutive le championnat des jockeys. Et porte encore plus haut son score de l’an dernier avec déjà 52 succès sur une selle contre 47 sur l’ensemble de l’année 2021. Le professionnel de 36 ans revient pour nous sur sa saison et évoque ses projets, notamment de s'essayer dans des courses au galop en Suède.

Jonathan Carré : n°1 des jockeys pour la deuxième fois en Suède

©Scoopdyga - Jonathan Carré en selle sur Volcan de Bellande, le 31 mai 2020, à Solvalla dans le Montééliten
Article paru dans 24H au Trot - Retrouvez tous les numéros du quotidien en cliquant ici

Il a survolé le championnat suédois monté de l’année. Avec 52 titres au 17 novembre, Jonathan Carré domine largement le tableau de la discipline et précède sa rivale de "toujours", l’ex numéro 1 Emilia Leo, celle qui régnait sur le classement avant la prise de pouvoir de Jonathan Carré l’an dernier. Premier jockey français à être devenu "Etrier d’Or" suédois en 2021, il réalise son année record dans la foulée et défend donc avec succès son titre. Sa forme actuelle est incroyable. Il a remporté quatre de ses six dernières courses sous la selle et a conclu deuxième de ses deux autres tentatives (au 17 novembre). Cette nouvelle grande saison n’était pas forcément programmée comme telle mais la motivation s’est trouvée décuplée par les propos de sa rivale, et sa volonté annoncée de reprendre sa couronne.

Jonathan Carré – les repères
■ 36 ans
■ Installé en Suède au premier semestre 2016
■ 157 victoires en Suède depuis 2017
■ Meilleure saison en cours avec 56 succès (52 au monté et 4 à l'attelé)
■ Meilleure saison précédente en 2021 avec 49 succès (47 au monté et 2 à l'attelé) - chiffres arrêtés au 17 novembre
■ 143 victoires en France de 2003 à 2015 (127 au monté et 16 à l'attelé)

24H au Trot.- Rappelez-nous peut-être votre premier titre historique de 2021.
Jonathan Carré.- J’avais dû "chasser" dans les derniers mois pour aller chercher le titre du meilleur jockey aux dépens d’Emilia Leo. J’ai même fini l’année avec 8 longueurs d’avance sur ma concurrente (47 victoires contre 39 victoires). Tout s’est joué dans le dernier mois. C’était une grande première et cela reste un souvenir magnifique. Je m’étais donné à fond et je me souviens avoir conclu la saison très fatigué. En France, je n’avais jamais réussi à être meilleur apprenti jockey et encore moins meilleur jockey professionnel. Je n’ai pas su rester sur le devant de la scène. En tant que jockey, lorsqu’on ne court plus de Groupe I dans l’Hexagone, j’estime cela devient plus difficile car les jeunes poussent derrière.

Aviez-vous comme objectif de défendre votre titre en début d’année ?
Pas forcément. Au début 2022, je suis moins allé aux courses et j’ai fait moins de kilomètres. J’avais d’ailleurs dit à mon agent que je voulais moins courir. Un jour, j’ai lu dans la presse suédoise qu’Emilia Leo considérait qu’elle avait perdu son titre en 2021 parce qu’elle avait consacré trop de temps à ses pensionnaires. Pourtant, elle courait beaucoup. Cela m’a un peu vexé. Elle a aussi annoncé aux journalistes qu’en 2022, elle allait se donner à fond et qu’elle allait tout faire pour récupérer son titre. À ce moment-là, j’ai dit à mon agent : "On y va à fond. On y retourne et je vais tout faire pour la battre à nouveau !" Sans aller trop loin de chez moi (N.D.L.R. : Jonathan Carré habite près de Göteborg dans le sud de la Suède), j’ai rapidement gagné beaucoup de courses sans donner des parcours durs à mes chevaux.

La manière dont vous gagnez et l’effort demandé à vos partenaires sont importants à vos yeux ?
C’est primordial pour moi de ne pas faire mal aux chevaux. J’ai même pris plus de plaisir à gagner en début d’année qu’au mois de novembre dernier où j’avais le couteau entre les dents. La raison est simple, je n’ai pas couru après les victoires cette année. Les quatre premiers mois de l’année, tout s’est super bien enchaîné. Franchement, j’ai marché sur l’eau. Et la forme est encore présente en cette fin d’année. Ce n’est que du plaisir.

Que dire de votre saison ?
Mon taux de réussite à la gagne est excellent avec plus d’une victoire sur trois courses disputées (164 courses courues au total pour 56 victoires (34 %) et 144 courses montées pour 52 victoires (36 %)). J’ai plus de 60 % de réussite sur le podium au monté. C’est un truc de fou. J’ai déjà battu mon record personnel de victoires en une année alors qu’il reste encore un mois et demi de compétition. Comme tous les jockeys, j’ai eu quelques mauvaises passes, il y a quelques journées à oublier. Cela fait deux ans que je travaille avec un agent. Je l’ai pris pour me lancer pleinement en tant que jockey en Suède. Il me propose des défis et me pousse à toujours me surpasser.
Sophia Adolfsson est détentrice du record de meilleur jockey en Suède avec 61 victoires. Emilia Leo a, pour sa part, gagné au maximum 60 courses en une année. Mon objectif, c’est donc de battre ce record à la fin de l’année. Pour tout vous dire, je me suis fixé le score de 65 succès avec mon agent d’ici le 31 décembre. C’est jouable !

Quel regard porte-t-on sur vous en Suède ?
Je pense que les gens m’apprécient en Suède. Des jeunes me demandent un autographe aux courses, c’est marrant. En fait, je pense que j’ai apporté un nouveau style de monte ici. Par exemple, il y a deux ans, Emilia Leo gagnait toutes les courses en adoptant la même tactique. Elle allait devant, cadenassait la course puisque personne ne l’attaquait et faisait à nouveau un gros bout pour finir. Personne ne pouvait revenir de l’arrière-garde. Pour la devancer au classement, j’ai dû me dévouer et aller me "battre" contre elle, ce qui a permis à d’autres jockeys de gagner des courses. Les déroulements de courses sont très tactiques en Suède, beaucoup plus qu’en France où les chevaux "prennent plus durs". Quand je suis arrivé en Suède, on estimait que j’étais agressif avec mes chevaux alors que c’est absolument faux. J’ai tout fait pour prouver le contraire.

Avez-vous été récompensé ? Avez-vous reçu un trophée lors d’une remise de prix ?
Non et c’est un regret. L’an dernier, pour la première fois, il y a eu un tirage au sort pour élire soit le meilleur cheval monté de l’année (Mindyourvalue W.F.), soit le meilleur jockey. C’est le cheval qui a été tiré au sort. Je n’ai pas reçu de trophée lors d’une cérémonie, comme l’équivalent de l’Etrier d’Or en France. Beaucoup de personnes ont aussi fait part de leur mécontentement sur ce point. Pour être complet, et cela m’a fait rire, j’ai quand même reçu un vase chez moi par la poste pour me récompenser de mon titre. C’était au mois de juin !
Cette année, j’ai gagné avec Mindyourvalue la plus belle course sous la selle en Suède (N.D.L.R. : un Groupe 2 à Åby, la Monté-SM, le 8 octobre). Si j’arrive à battre le record national de 61 victoires montées en une année et que je n’ai pas de trophée, je serai très déçu.

Vous n’avez plus la casquette d’entraîneur. Pour quelles raisons ?
L’an dernier, j’ai essayé d’entraîner quelques chevaux mais j’ai vite compris que c’était trop dur de rivaliser face aux grosses écuries. J’ai donc vite abandonné cette idée car ce n’est pas ma place d’être entraîneur.

Quels seront vos objectifs pour 2023 ?
En 2023, j’essaierai de remporter un nouveau titre. J’ai aussi comme projet de courir en amateur dans les courses de galopeurs. Il y a un petit programme de galop en Suède. Et pour revenir au trot, à l’avenir, j’aimerais bien aider une jeune jockey qui se donne du mal pour l’aider à percer. En Suède, les femmes jockeys n’ont pas de décharge et il n’y a, pour ainsi dire, pas de courses d’apprentis. Elles sont tout de suite lancées dans le grand bain. J’aimerais former une femme jockey qui prendrait ma place lorsque j’arrêterai de monter. C’est mon projet dans les prochaines années.

Parlez-nous de vos journées. Chez qui travaillez-vous ?
Quatre matinées par semaine (lundi, mardi, jeudi et vendredi), j’interviens en tant que prestataire de services chez André Eklundh. Il habite à cinq kilomètres de chez moi. Je trotte les chevaux chez cet entraîneur qui a une très belle réussite sur l’hippodrome d’Åby cette saison. Ensuite, je vais aux courses lorsque j’ai des partants.

La vie suédoise vous plaît toujours autant ?
Tout se passe bien en Suède avec ma femme et mes deux enfants (un garçon âgé de 7 ans et une fille âgée de 4 ans). J’aime ma vie ici. Cela fait six ans que j’y habite et je ne regrette vraiment pas mon choix. Mon fils m’appelle le "Messi des chevaux" et mon agent me surnomme "Super Mario". Comment ne pas être motivé tous les jours avec de tels supporters ? (rires)

Le trot monté en Suède
Le championnat des courses montées en Suède n'existe que depuis 2004. Il ne pouvait pas en être autrement puisque la première épreuve du genre n'a été organisée que le 5 juin 2004 à Lindesberg. Depuis le programme n'a fait que prendre de l'ampleur année après année. La particularité de la ligue montée, selon les termes suédois, est de n'avoir sacré à ce jour que deux hommes : Peter Jarvén, une légende nationale qui apparaît quatre fois au palmarès de la ligue (2005, 2006, 2007 et 2009) et... Jonathan Carré. Les femmes ont remporté les 13 autres éditions avec plusieurs séries. Åsa Svensson a régné de 2011 à 2013, Sofia Adolfsson de 2016 à 2018 et Emilia Leo a remporté les éditions 2019 et 2020. Et c'est justement contre Emilia Leo que Jonathan Carré a dû se battre jusqu'au bout pour décrocher son premier titre annuel l’an dernier (47 victoires contre 37 à sa challenger). Le record du nombre de victoires annuel est de 61 (au crédit de Sofia Adolfsson en 2018).

Le classement 2022 des jockeys suédois au 17 novembre
1. Jonathan Carré : 52 (144 courses) – 3.321.100 Couronnes suédoises (Sek)
2. Christina Hande : 22 (88 courses) – 1.368.242 Sek
3. Emilia Leo : 19 (104 courses) – 1.818.700 Sek
4. Lena Fritz : 17 (56 courses) – 772.800 Sek
5. Ilina Aho : 15 (58 courses) – 878.384 Se

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