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Pierre Levesque : "Le Cornulier est une course hors norme"
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19/01/2023
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Pierre Levesque : "Le Cornulier est une course hors norme"

Granvillaise Bleue. Celle qui fut dauphine de Flamme du Goutier l'an dernier dans le Prix de Cornulier s'annonce, une fois encore, comme sa première rivale. Et avec elle, c'est l'un des plus grands noms de l'histoire du Trot qui est à la manoeuvre. Pierre Levesque, comme entraîneur, et sa fille Camille dans l'habit du jockey. Le premier a remporté l'épreuve en 1985, en selle sur Mirande du Cadran. La seconde en est désormais à deux premiers accessits dans l'Everest du trot monté. Avec Pierre Levesque, après Eric Raffin, nous continuons notre série spéciale sur les grands témoins du Prix de Cornulier.

Pierre Levesque :

©Scoopdyga - Eric Raffin en selle sur Gladys des Plaines

ARTICLE PUBLIÉ DANS 24H AU TROT - ACCÉDEZ AUX ARCHIVES

Ce sera pour Pierre Levesque la course la plus importante de l'hiver. L'entraîneur a en tête le Prix de Cornulier (Gr.I) 2023 depuis un an déjà pour Granvillaise Bleue. Précisément depuis la deuxième place de sa pensionnaire dans la dernière édition... L'heure de la revanche a sonné face à Flamme du Goutier. Le professionnel a déjà remporté le Cornulier comme jockey, en 1985, avec Mirande du Cadran. Cette fois, il s'y attaque comme entraîneur mais aussi comme père, déléguant à sa fille Camille la monte de Granvillaise Bleue. Avec Pierre Levesque, c'est une histoire de famille que nous feuilletons.

24h au Trot.- On sait vos souvenirs nombreux dans le Prix de Cornulier. Commençons par le plus important à vos yeux d’entre tous.
Pierre Levesque.- Mon plus beau souvenir du Cornulier reste ma victoire avec Mirande du Cadran en 1985. J’avais 25 ans. Je m’en souviens très bien, il faisait un temps épouvantable, la piste était défoncée et nous en prenions plein la tête. Mirande du Cadran m’avait fait une faute sur gêne en plaine et je pensais alors que nous étions hors course. Elle avait réalisé une course incroyable en revenant gagner. C’était naturellement une très bonne compétitrice. L’opposition était sérieuse mais la jument restait sur trois victoires avant le Cornulier [N.D.L.R. : dans l’ordre : les Prix de la Camargue, Jules Lemonnier et de l’Île-de-France] dont le Prix de l’Île-de-France qui, à l’époque, se disputait à la place du Prix du Calvados, en préparation de la course.

Parlez-nous un peu de Mirande du Cadran.
Mirande du Cadran n’a pas fait une longue carrière car elle était fragile. Elle a connu beaucoup de problèmes d’ovaires et n’était jamais bien l’été. Elle ne courait que l’hiver. Elle avait un tempérament de mâle et était d’une décontraction à toute épreuve. Elle était d’un grand et beau modèle avec un mental exceptionnel, ce qui faisait sa force.

À cette époque, au milieu des années 1980, comment abordiez-vous cette course ?
Il y avait de la tension mais, heureusement, j’avais encore l’insouciance de la jeunesse (rires). C’est sûrement pour cela que les jeunes jockeys ont de la réussite dans cette course. Ils ont peut-être moins de pression et se permettent de prendre des décisions souvent payantes pour finir. Je suis beaucoup plus tendu maintenant en préparant cette épreuve. Il faut que l’avant-course se déroule bien.

Quels sont vos premiers souvenirs du Cornulier ?
J’étais très jeune lorsque François Brohier s’est imposé avec Masina, la jument de mon grand-père Henri Levesque. C’était en 1961 et je n’avais qu’un an. Dans les années 60, nous avons quelques partants mais, ensuite, nous n’avions plus de jockey à l’écurie. C’est par les photos que j’ai des souvenirs. Ce n’est pas une course dans laquelle avons eu beaucoup de partants par la suite au sein de la famille. J’ai eu la chance de monter cette épreuve plusieurs fois en prenant des places, comme en 1982 avec Janda du Cadran avec lequel je me suis classé troisième. Avec Mirande du Cadran, j’ai obtenu une cinquième place en 1984, un an avant son sacre.

Vous avez changé de colonne depuis les années de Mirande du Cadran et êtes désormais entraîneur. Comment vivez-vous cela avec Camille, votre fille ?
Camille a été placé à plusieurs reprises de cette course. Avec Quarry Bay, elle a été battue d’un rien pour la victoire en 2013 par David Thomain en selle sur Singalo. Elle s’est ensuite classée troisième avec Dexter Fromentro en 2019. L’année dernière, avec Granvillaise Bleue, elle a seulement été devancée par Flamme du Goutier. Lorsque l’on a des champions dans les boxes, on s’efforce à les préparer au mieux pour cet objectif. Granvillaise Bleue a été préservée pour cette course. Les courses sont difficiles l’hiver. Il faut essayer de les amener au top pour l’objectif sans en faire trop pour garder de la fraîcheur.

Qu’est ce qui caractérise le Prix de Cornulier ?
Le Cornulier est une course sans concession. C’est LA course la plus difficile car elle va souvent très vite. C’est une épreuve hors norme. Il faut un cheval complet, avec de la maniabilité car il y a souvent beaucoup de partants, de la tenue et de la dureté. Ce ne sont que les vrais bons chevaux qui s’imposent.

Est-ce que Granvillaise Bleue réunit toutes ces qualités ?
Oui ! Je vous parlais de Mirande du Cadran et je trouve des similitudes avec Granvillaise Bleue qui est un peu comme elle, assez froide. Une grande jument, très calme, très, très calme, même un peu inquiétante certaines fois tellement elle est détendue et tranquille au travail. Mais c’est peut-être aussi ce qui fait sa force.

Comment peut-on expliquer la supériorité des femelles depuis quelques temps ?
Je pense que cela s’explique dans le fait de vouloir lancer de jeunes étalons. Les mâles sont exploités très tôt et, lorsqu’ils sont très bons, ils sont souvent syndiqués et finissent leur carrière très rapidement. Il y a également beaucoup de chevaux qui sont castrés jeunes car la méthode de travail a évolué et les gens sont moins patients. Je me souviens que mon grand-père, à son époque, avait beaucoup de mâles. Dorénavant, il faut que le poulain sorte du lot pour lui laisser ses attributs. Quand on additionne ces raisons, c’est tout un ensemble qui explique la suprématie actuelle des juments.

Une saga Levesque très riche dans le Prix de Cornulier
La casaque jaune avec la croix de lorraine noire a connu une belle réussite dans le Prix de Cornulier dans les années 1960, sous la coupe d'Henri Levesque, "Monsieur Henri" selon la formule empreinte de déférence de l'époque. Le grand-père de Pierre Levesque a remporté trois fois l'épreuve avec Masina, auteure d'un doublé en 1961 et 1962, et Quovaria en 1965. C'est François Brohier qui était le jockey de ces lauréates. En 1961, Henri Levesque ajoute en renfort de la victoire de Masina, une place de troisième au crédit de son autre représentante L.B. Anna. En 1967, Sans Atout II apportera une nouvelle troisième place dans une édition remportée par Quérido II. On peut encore ajouter à ce palmarès, par rattachement familial, le succès de Prince des Veys en 1964 sous la coupe de Maurice de Folleville, le gendre d'Henri Levesque. Par la suite, le titre de Mirande du Cadran en 1985, sous l'entraînement du fils Henry-Louis Levesque, et la monte de Pierre, viendra encore gonfler les références familiales dans l'épreuve reine de l'Etrier. Henri Levesque est décédé en décembre 1978 à l'âge de 70 ans. Sa saga passe par les réussites d'Icare IV, L.B. Anna, La Charmeuse, Masina, Oscar RL, Quovaria, Roquépine, Sans Atout II, Upsalin, Vaccarès II, Cotentin et Hadol du Vivier.

LE PALMARÈS DE PIERRE LEVESQUE ET SES ENFANTS CAMILLE ET THOMAS DANS LE PRIX DE CORNULIER
1982 – Janda du Cadran (3e) – Pierre Levesque (jockey)
1984 – Mirande du Cadran (5e) – Pierre Levesque (jockey)
1985 – Mirande du Cadran (1re) – Pierre Levesque (jockey)
1986 – Mirande du Cadran (np) – Pierre Levesque (jockey)
1988 – Oreste Brillouard (np) – Pierre Levesque (jockey)
1990 – Querfeu (np) – Pierre Levesque (jockey)
1993 – Uraba (np) – Pierre Levesque (jockey)
1995 – Balzac (np) – Pierre Levesque (jockey)
1996 – Balzac (disq.) – Pierre Levesque (jockey)
2005 – Karikal (Dai) – Pierre Levesque (entraîneur)
2013 – Quarry Bay (2e) – Camille Levesque (jockey) / Tigresse du Vivier (dai) – Thomas Levesque (jockey)
2014 – Quarry Bay (dai) – Camille Levesque (jockey) / Ulysse (8e) – Thomas Levesque (jockey)
2015 – Tolima (np) – Camille Levesque (jockey)
2018 – Bohemian Rhapsody (6e) – Camille Levesque (jockey) / Thomas Levesque (entraîneur)
2019 – Dexter Fromentro (3e) – Camille Levesque (jockey) / Thomas Levesque (entraîneur)
2021 – Flicka de Blary (dai) – Camille Levesque (jockey) / Thomas Levesque (entraîneur)
2022 – Granvillaise Bleue (2e) – Camille Levesque (jockey) / Pierre Levesque (entraîneur)
2023 – Granvillaise Bleue (?) – Camille Levesque (jockey) / Pierre Levesque (entraîneur)

Camille Levesque et Granvillaise Bleue
■ 29 courses communes (toutes au monté) : 10 victoires et 14 places sur le podium (871.260 €)
■ Meilleurs résultats au monté avec Camille Levesque : Prix des Centaures (Gr.I) 2022, Prix Xavier de Saint-Palais (Gr.II) 2021, Edmond Henry (Gr.II) 2021, Joseph Lafosse (Gr.II) 2021, Jules Lemonnier (Gr.II) 2022, 2e Prix de Cornulier (Gr.I) 2022
Granvillaise Bleue 1'09''9 m. 1'14''0 a.
49 courses : 10 victoires et 14 places sur le podium

 

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