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François Brohier, le Prix de Cornulier dans la peau
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20/01/2023
Course
Portrait
François Brohier, le Prix de Cornulier dans la peau

Il fait partie des légendes du Prix de Cornulier. Avec cinq victoires, François Brohier émarge dans le haut du palmarès de la plus grande course mondiale de l'Etrier. Cela fait plus de deux décennies qu’il s’est retiré mais suit évidemment encore les courses au plus près, quotidiennement. Une vie ne s’éteint jamais pour sa passion palpitante que son fils Didier continue à nourrir aussi. François Brohier nous a partagé quelques souvenirs choisis du Prix de Cornulier mais nous parle aussi de la discipline du monté d’aujourd’hui.

François Brohier, le Prix de Cornulier dans la peau

©APRH -François Brohier, à gauche, pose avec Roger Baudron et Jean-Pierre Barjon

ARTICLE PUBLIÉ DANS 24H AU TROT - ACCÉDEZ AUX ARCHIVES

24h au Trot.- Votre palmarès dans le Prix de Cornulier est évidemment unique. Et vous commencez avec une grande championne qui vous permet de réaliser un doublé. Racontez-nous.
François Brohier.- Cette grande championne est Masina. Je gagne mon premier Cornulier en 1961 avec elle. Elle l’emporte simplement et facilement, après un parcours sans embûche et sur sa classe. Cela n’a pas été la même chose l’année suivante. Elle devait alors rendre 25 mètres et, surtout, avait été victime d'une myosite une semaine avant ! Elle a été longue à se mettre en jambes et était un peu l'ombre d’elle-même ce jour-là. Et pourtant elle a gagné !

Comment s’est déroulée cette victoire de l’impossible ?
Après un parcours âpre et difficile, elle rejoint finalement Miss des Ramiers dans les dernières battues pour l'emporter courageusement d'une bonne longueur. J'étais plus essoufflé que ma jument. Ce succès, compte tenu des conditions, plus que le premier, est vraiment le fait d’une authentique championne.

On reste encore avec une autre représentante d’Henri Levesque [lire la saga Levesque dans le Prix de Cornulier] avec Quovaria, votre partenaire de 1965.
Je dirais qu’avec Quovaria, ce fut la victoire de la vérité. Une victoire qui est venue en réponse à son Prix du Président de la République dans lequel elle avait été disqualifiée pour avoir, paraît-il, gêné Quérido II à l’entrée de la ligne d’arrivée ! La presse s’en fera aussi l’écho, et mieux que moi, en titrant et précisant : "Huitième victoire successive de Quovaria. Dommage qu'elle ait été disqualifiée dans le Président…" Coté course, ce fut mon Cornulier le plus acharné. Quovaria a été "botte à botte" toute la ligne d’arrivée avec Miss des Ramiers, celle-ci nous prenant même l'avantage avant que Quovaria ne revienne sur la fin, arracher la victoire.

Votre victoire suivante, en 1963 - l'année suivante de Masina -, avec Ol est B, renvoie à une gagnante moins connue. Que pouvez-vous nous apprendre ?
D’abord qu’Ol est B provient du patois normand et signifie "Elle est baie". C’est vrai qu’Ol est B est vite devenue méconnue. Pourtant, elle remporta 12 semi-classiques et classiques dont le Prix de l'Île-de-France, le Prix de Normandie et donc le Cornulier. Elle a remporté le Prix de Cornulier à l’âge de 5 ans en 1'21’’9, battant le record de Masina au même âge (qui avait remporté son premier Prix de Cornulier à 5 ans en 1’22’’1).
Ol est B était une jument très compliquée à entraîner. Ses canters s'effectuaient avec un bonnet très fermé, enlevé juste avant le départ et je l'enfermais le plus possible dans le peloton durant le parcours pour la dégager dans le dernier tournant où elle s'envolait littéralement.

On en arrive à votre cinquième Prix de Cornulier, en 1971.
C’est celui d’Uniflore D. À propos de cette victoire, la presse expliquait : "François Brohier a gagné le Cornulier dans la montée." C’est vrai mais je retiens de mon côté que je me suis fait quelques soucis dans la plaine, mal négociée par Uniflore D et laissant filer ses principaux rivaux. Après sa magnifique remontée, elle allait contourner ses adversaires. Et il y avait du beau monde avec Michel Gougeon, Jean Mary, Louis Sauvé, Gérard Mascle en selle. Avec elle, je me sentais pousser des ailes et elle s’est envolée vers un net succès devant Tidalium Pélo. Il faut quand même se souvenir que Tidalium Pélo avait remporté le Prix de Cornulier l’année précédente et qu’il remportera le Prix d'Amérique huit jours plus tard cette année 1971.
Le point commun de ces victoires est bien sûr qu’elles ont été réalisées avec quatre juments.
C’est vrai mais ce sont quatre juments bien différentes. Que ce soit au niveau de leur modèle, de leur caractère, de leurs allures, de la façon de les monter et même, par exemple, de leur embouchure. Techniquement, elles avaient quatre mors différents.

La fameuse question qu’il ne faut pas poser : quel a été votre plus grand Cornulier ?
Je ne donnerai aucune préférence dans cette liste car chacun m'a apporté tant de sensations et d’émotions. Il est aussi bien sûr difficile de comparer les chevaux. Je dirais simplement que Masina a été la plus grande. Elle sera pour la jument d'une vie, au monté bien sûr mais aussi à l’attelé (N.D.L.R. : François Brohier remportera avec elle le Prix d’Amérique 1961 mais aussi le Critérium des 5 Ans la même année). Mais ces victoires dans le Prix de Cornulier, je le dirais presque avec un orgueil personnel, étaient aussi une double satisfaction et un soulagement. Car, j’avais aussi la responsabilité et le plaisir d’entraîner ces sujets d'exception. On peut dire que j’entraînais en concertation Masina et Quovaria avec M. Levesque.

Que diriez-vous sur les courses d’aujourd’hui ?
Evidemment, je viens de rappeler dans mes souvenirs une période que la grande majorité de vos lecteurs n’ont pas connue. Aujourd'hui, je parlerais d’un présent que j'admire. J’admire toute cette jeunesse, son efficacité à cheval ou au sulky. Je respecte profondément leur tenue comme leur élocution et leurs propos dans la presse. Je trouve que la jeunesse nous montre une belle image des courses, honteusement décriée à tort. À cette jeunesse, je dirais seulement que "Vous avez tout, autour de vous, pour avoir le droit de rêver et plus souvent qu'on ne le pense. Et la gloire est au bout du rêve". Vive la jeunesse et les courses !

Les tops jockey dans le Prix de Cornulier
■ Jean Mary – 8 victoires : Gardon (1955, 1956, 1958), Prince des Veys (1964), Quérido II (1966), Tidalium Pélo (1970, 1972), Gamélia (1980)
■ Minou-Marcel Gougeon – 7 victoires : Dollar V (1952), Fandango (1953, 1954), Joyeux Troupier (1959), Bellino II (1975, 1976), Queila Gédé (1991)
■ Maurice Riaud – 6 victoires : Eleagnus (1933), Quinio (1945), Souarus (1946, 1947, 1948), Atus II (1949)
■ Philippe Bekaert – 6 victoires : Guéridia (1978), Kaiser Trot (1981, 1982, 1984), Oligo (1986, 1987)
■ François Brohier – 5 victoires : Masina (1961, 1962), Ol Est B (1963), Quovaria (1965), Uniflore D (1971)
■ Matthieu Abrivard – 5 victoires : Jag de Bellouet (2004, 2005, 2006), Bellissima France (2017), Bahia Quesnot (2021)

Une défaite que François Brohier compte parmi ses victoires
À propos de Quovaria, François Brohier déclarera dans Trot Informations en 1997 : "J’aimais beaucoup Quovaria dont je garde cependant le mauvais souvenir d’un Prix du Président de la République perdu sur tapis vert au profit de Quérido II. La décision des juges, je n’ai pas peur de le dire, fut ce jour-là injuste et, dans ma tête, je considère toujours cette course comme gagnée et la compte comme une de mes victoires !"

LES LÉGENDES DU PRIX DE CORNULIER RÉUNIES
LeTROT a invité lors d'un dîner, samedi 21 janvier sur le site d'entraînement de Grosbois, les éleveurs, entraîneurs, jockeys et propriétaires qui ont écrit l'histoire du Prix de Cornulier. Ce rassemblement des légendes du Cornulier devrait être riche en souvenirs et émaillé des exploits passés.

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