Dans la catégorie "Ils ont aussi réussi leur meeting d’hiver", les représentants de l’Écurie Louis d’Aur ont toute leur place avec cinq victoires en treize courses, soit un taux de réussite à la gagne de plus de 38 %. Développé dans l’Orne depuis une quinzaine d’années par Gonzague Baijot, par ailleurs à la tête d’une importante entreprise de maréchalerie spécialisée dans l’élevage, ce label s’appuie sur une sélection de ses poulinières et l’exploitation de sa production avec une exigence permanente de réussite. En fin de semaine prochaine, Laluna des Forges sera ainsi au départ du Prix Henri Levesque (Groupe 2). Reportage sur la commune du Ménil-Froger, à quelques kilomètres du Haras du Pin, au cœur de l'élevage normand.
Pour devenir de plus en plus professionnel dans sa manière d’élever, Gonzague Baijot peut compter sur son métier de maréchal-ferrant qui lui ouvre les portes des principaux élevages normands trotteurs et pur-sang.
"Ça m’a beaucoup aidé d’aller de haras en haras. Je vois ce qui marche. Je n’ai rien inventé, dit-il.
Tout ce que je fais dans mon élevage, je l’ai pris à droite et à gauche. J’ai appris l’élevage en travaillant pour des éleveurs comme maréchal et en observant leur travail. Il y a des choses que j’ai prises, d’autres non. J’ai regardé, j’ai appris, ce qui ne m’a pas empêché de commettre des erreurs."
Cette démarche est aussi guidée par un sens de l’observation que son travail de maréchal nécessite jour après jour et une volonté d’apprendre et de comprendre.
"Tout m’intéresse. À la base, je ne suis pas éleveur. Dans mon métier de maréchal, j’ai aussi beaucoup appris en observant. L’observation fait partie de l’apprentissage. Quand vous observer, vous analyser, vous comprenez. Il faut prendre le temps de regarder. C’est vrai pour un maréchal. Il faut prendre le temps de regarder marcher un poulain, comment il se déplace, pas seulement le sabot en tant que tel mais aussi le corps, la morphologie, la génétique. Quand on a bien observé, on a déjà fait la moitié du travail. Je pense que c’est pareil à l’élevage, mais c’est un peu plus long, avec les joies et les peines." Ça m’a beaucoup aidé d’aller de haras en haras. Je vois ce qui marche. Je n’ai rien inventé. Tout ce que je fais dans mon élevage, je l’ai pris à droite et à gauche. J’ai appris l’élevage en travaillant pour des éleveurs comme maréchal et en observant leur travail. Il y a des choses que j’ai prises, d’autres non. J’ai regardé, j’ai appris.
Entre sélection et apport de sang neuf
Ces dernières années, l’élevage des Forges a procédé à une sélection de ses poulinières avec un critère duquel Gonzague Baijot essaye de ne pas dévier : une jument ne rentre à l’élevage que si elle a gagné à Vincennes.
"Le juge de paix ce sont les courses et même plus encore Vincennes. On ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. Sinon, vous empilez les poulinières", estime l’éleveur-propriétaire. Une exception a été faite l’an dernier avec
Meetic des Forges et
Face Time Bourbon.
"Elle vient de pouliner d’une femelle d’Horsy Dream. On verra si on a eu raison."
L’exigence qui colle à Gonzague Baijot s’applique bien sûr dans sa façon d’élever aux sept poulinières trotteuses et deux pur-sang qui composent cette année son cheptel :
"Trotteurs et pur-sang sont élevés ensemble, de la même manière. Il n’y a aucune différence au niveau de l’élevage. Ils vivent d’ailleurs ensemble dans les prés". La réputation des prairies de la région n’est plus à faire, aussi
"mes chevaux vivent dehors au maximum", ce qui n’empêche pas que les poulains et pouliches sont beaucoup manipulés, notamment par les deux salariées qui se consacrent uniquement à l’élevage.
"Le foin est à volonté toute l’année dans les paddocks comme dans les boxes, détaille-t-il.
On donne aussi beaucoup de luzerne. Les chevaux sont avant tout des herbivores. Je tiens à faire les choses bien et c’est vrai bien sûr au niveau de l’alimentation. À la limite, je préfère saillir une jument de moins et ne pas faire d’économie sur la nourriture."
En cette fin mars, l’élevage a déjà enregistré cinq poulinages dont celui d’
Ibaya des Forges (Carat Williams), l’une des poulinières sur laquelle Gonzague Baijot fonde beaucoup d’espoirs.
"Son mâle de Face Time Bourbon né il y a un mois et demi a été le premier de l’année. C’est un superbe poulain, très homogène, avec une belle épaule, décrit-il.
Son premier produit est une "O" par Gotland et son deuxième une "P" par Face Time Bourbon duquel elle est de nouveau pleine. Aujourd’hui, si vous n’avez pas de produits de Face Time Bourbon, c’est tout de suite plus compliqué." Le foin est à volonté toute l’année dans les paddocks comme dans les boxes. On donne aussi beaucoup de luzerne. Les chevaux sont avant tout des herbivores. Je tiens à faire les choses bien et c’est vrai bien sûr au niveau de l’alimentation. À la limite, je préfère saillir une jument de moins et ne pas faire d’économie sur la nourriture.
Si le cheptel est composé majoritairement de poulinières labellisées "Forges" aujourd’hui, cela n’empêche pas l’éleveur d’investir dans de nouvelles souches afin entre autres d’apporter de la précocité même si
"on qualifie tous nos poulains à 2 ans, ce qui est important pour moi même s’ils ne sont pas précoces et débutent généralement au printemps de leur année de 3 ans". Il s’est ainsi porté acquéreur à l’amiable d’
Olbia Speed (Village Mystic), une sœur d’
Idylle Speed (Carat Williams), gagnante du Critérium des 3 Ans (Groupe 1), de
Mellow Speed (Galius), victorieux à trois reprises à Vincennes en début d’année, et de
Nice Speed (Carat Williams), récent vainqueur de son premier Groupe 3 sur la cendrée parisienne.
"Quand tu t’endors sur tes souches, tu n’avances plus, avance Gonzague Baijot. Il est bon de ramener du sang neuf.
Il faut aller chercher ce qui est bon ailleurs. Ce sont beaucoup d’investissements, d’autant que bien élever prend du temps et coûte cher. Mais on a la chance de faire de bonnes années avec les chevaux de l’écurie." Quand tu t’endors sur tes souches, tu n’avances plus, avance Gonzague Baijot. Il est bon de ramener du sang neuf.
Les vaches en complément
Devenu éleveur dans l’âme alors qu’il n’était pas du tout destiné à l’être, Gonzague Baijot a aussi depuis quelques années un troupeau d’une quinzaine de bovins. "Cela permet de faire tourner les chevaux et les bovins sur les pâtures. Ça me plaît aussi, dit-il. J’ai besoin de vert. À l’avenir, je veux plus m’occuper de mes terres. J’ai beaucoup à apprendre mais il faut y passer du temps que je n’ai pas pour le moment."
Un propriétaire impliqué
Après une saison 2025 achevée sur un total de 13 gagnants pour 86 partants et un peu plus de 263.000 € d’allocations, l’Écurie Louis d’Aur totalise cette année 6 victoires avec 15 partants, soit un taux de réussite de 40 % à la gagne, avec les succès à Vincennes déjà évoqués mais aussi à Cagnes-sur-Mer de
Lasko des Forges (Gu D’Héripré) pour l’entraînement de Nicolas Ensch et à Mauquenchy de
Mercato des Forges (Uhlan du Val) pour celui de Bastien Goglin, un jeune entraîneur auquel Gonzague Baijot confie une partie du débourrage de ses éléments Hedi Le Bec et Cyril Godard. Dans son rôle de propriétaire, Gonzague Baijot ne se départit pas de son exigence qui rime avec présence. "
Je suis très présent avec mes entraîneurs, reconnaît-il sans problème,
parfois trop doivent-ils penser. Mais c’est ma façon de faire et de tout gérer. Je m’investis à fond. J’ai chacun de mes entraîneurs au téléphone toutes les semaines. Je mets tout mon cœur dans mes chevaux. Jusqu’au moment où ils partent au débourrage, vous maîtrisez tout, avec bien sûr les aléas de l’élevage. Ensuite, vous pouvez payer les factures sans avoir trop de nouvelles… Je n’ai pas l’impression d’être chiant, mais je vois bien que je le suis parfois."Gonzague Baijot s’en défend en soulignant que ce que l’on pourrait considérer comme de l’interventionnisme se veut avant tout positif :
"Je sais avoir la réputation d’en demander beaucoup. Mais je n’ai pas mauvais fond et je fais confiance. C’est lorsqu’on ne se dit pas les choses qu’on ne se les facilite pas. Peut-être que je suis trop cash, que je n’ai pas toujours les bons mots, mais c’est dans ma nature".
Je sais avoir la réputation d’en demander beaucoup. Mais je n’ai pas mauvais fond et je fais confiance. C’est lorsqu’on ne se dit pas les choses qu’on ne se les facilite pas. Peut-être que je suis trop cash, que je n’ai pas toujours les bons mots, mais c’est dans ma nature.
Une nature qu’il retrouve chez d’autres propriétaires.
"Je comprends l’échec, mais j’ai du mal à comprendre de passer à côté d’un bon cheval, poursuit-il.
C’est pourquoi quand je reprends un cheval dont l’entraîneur ne veut plus, je le fais essayer par un autre. Je fonctionne comme ça." Plus globalement, Gonzague Baijot revendique le droit à l’information sur ses chevaux :
"Je ne veux pas mettre un cheval chez un entraîneur qui ne me donnerait pas de nouvelles et ce d’autant plus que j’ai des associés auxquels je dois rendre des comptes".
Les courses en partage
Ils ne le sont pas tous, mais plusieurs chevaux qui courent sous les couleurs de l’Écurie Louis d’Aur sont l’objet d’associations. "Avec Éric Aubin, un ami maréchal en Vendée, nous sommes associés depuis le début sur Brune des Forges et toute sa descendance, nous apprend Gonzague Baijot. Il a beaucoup réinvesti dans les saillies ce qu’elle lui a gagné en courses." Le second associé principal se nomme Jean-Jacques Rahier, fondateur en Belgique de la marque de graisse à pied "Kevin Bacon’s". "Avec lui aussi j’ai pas mal de chevaux dont Eclipse Lignerie et ses produits et donc Laluna des Forges, détaille-t-il. J’ai encore d’autres investisseurs mais qui ne sont aussi impliqués qu’Éric et Jean-Jacques. J’aime bien ces associations car les courses doivent être conviviales."
Les poulinières
→ Brune des Forges - 400.790 € - 11 victoires dont 1 Groupe 3)
Par Rolling d’Héripré et Salsa d’Orgères (Mambo King)
Mère de Kaporal des Forges (Face Time Bourbon) 191.455 €, Laure des Forges (Ready Cash) 30.395 €, Meetic des Forges (Face Time Bourbon), Newton des Forges (Ready Cash) et Prince des Forges (Face Time Bourbon)
Vient de pouliner d’un mâle de Carat Williams et est promise à Idéal du Pommeau
→ Eclipse Lignerie - 75.280 € - 5 victoires
Par Rockfeller Center et Tsarigane (And Arifant)
Mère de Laluna des Forges (Village Mystic) 151.470 € et Mygirl des Forges (Carat Williams) 44.445 €, Opium des Forges (Gu d’Héripré) et Petrus des Forges (Idéal du Pommeau)
Est pleine de Face Time Bourbon et retourne à celui-ci
→ Ibaya des Forges - 73.940 € - 4 victoires
Par Carat Williams et Ottawa d’Orgères (Gabor Star)
Mère d’Ottawa des Forges (Gotland) et Pin Up des Forges (Face Time Bourbon)
Est suitée d’un mâle de Face Time Bourbon et est confirmée pleine du même à trente jours
→ Inamoratta - 11.340 €
Par Orlando Vici et Une Vallée d’Amour (Love You)
Mère d’Oze des Forges (Face Time Bourbon) et Panache des Forges (Carat Williams)
Est suitée d’un mâle de Rolling d’Héripré et est promise à Charly du Noyer
→ Icône des Forges - 17.610 € - 1 victoire
Par Charly du Noyer et Victoire de Forges (Millenium Wood)
Mère d’Oreo des Forges (Carat Williams) et Perle des Forges (Gu d’Héripré)
Est confirmée pleine de Gu d’Héripré
→ Laure des Forges - 30.395 € - 3 victoires
Par Ready Cash et Brune des Forges (Rolling d’Héripré)
Est entrée au haras cette année et a été saillie par Love You
→ Meetic des Forges - Qualifiée
Par Face Time Bourbon et Brune des Forges (Rolling d’Héripré)
Est suitée d’une femelle d’Horsy Dream et est promise à Orlando Vici
Une ambition assumée
Toujours en mouvement, Gonzague Baijot s’était fixé des objectifs élevés dès qu’il s’est impliqué dans les courses comme éleveur et propriétaire.
"J’ai toujours dit depuis mon premier partant qui a été aussi mon premier gagnant, en 2010, que je me donnais dix ans pour gagner un Groupe 2 et vingt ans pour remporter un Groupe 1. Le Groupe 2 est venu assez vite avec Bocage d’Ortige en 2015. Il nous reste donc trois ans pour gagner Groupe 1 sinon on va fermer la boutique, s’amuse-t-il.
Ça me motive. Le niveau de nos chevaux a considérablement augmenté depuis dix ans. Je ne dis pas que l’on a des chevaux de Groupe 1, mais on a des chevaux qui peuvent courir de bonnes courses avec de bonnes chances, sans être déclassés ou surclassés. C’est le cas de Laluna des Forges par exemple qui va courir un Groupe 2 en fin de semaine prochaine. Si on ne court pas, on ne saura pas ce qu’elle vaut face aux meilleures de sa génération."
Aller de l’avant et essayer de se donner le maximum de chances pour réussir sont de perpétuels guides.
"Oui, J’aimerais gagner un Groupe 1 avec un "Forges". C’est pour cela que j’essaye d’avoir une belle génétique, définit-il.
S’il l’on n’y arrive jamais, ce n’est pas grave car j’aurais eu plein de plaisir avec mes chevaux. Mais j’aime les choses qui aboutissent et je pense que l’on ne gagne pas un Groupe 1 par hasard, que ce soit attelé ou monté, à Vincennes ou à Solvalla, en Europe ou aux États-Unis. Ce n’est pas par hasard." N’allez pas croire cependant qu’il s’agirait d’un aboutissement.
"Rien ne s’arrêterait si ça arrivait, assure-t-il.
C’est important de se donner des objectifs. Je fonctionne beaucoup comme cela. Cela a toujours été le cas avec mon entreprise de maréchalerie. Pareil avec la forge quand je faisais beaucoup de concours." Et Gonzague Baijot de souligner en conscience :
"Je ne suis pas toujours très simple, mais j’essaye vraiment de faire les choses à fond pour que cela marche même si l’échec fait partie de la vie et n’est pas forcément un drame en soi. Il fait grandir et sert à être meilleur". Raisonne ainsi la phrase de Nelson Mandela :
"Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends".
"C’est tellement vrai, lâche Gonzague Baijot.
C’est un peu l’histoire de la vie."Une collaboration fructueuse
La réussite cet hiver à Vincennes de l’Écurie Louis d’Aur avec Laluna des Forges et Mystic des Forges est aussi celle de l’entraînement de Patrick et Paul Ploquin que les deux juments ont intégré au printemps dernier pour la première et à l’automne dernier pour la seconde. "Je trouve que Paul sort du lot quand on le regarde monter et driver. Ce n’est pas anodin ce qu’il a fait cet hiver avec mes chevaux, juge l’éleveur-propriétaire. On sait très bien tous les deux que l’on aura des hivers plus difficiles et qu’il faudra se serrer les coudes. C’est quelqu’un de maniaque. On est têtus tous les deux, mais j’aime bien quand on me résiste." Gonzague Baijot est sensible aussi au respect du programme établi : "J’apprécie comment il a procédé avec "Laluna" en vue du Groupe 2 du 11 avril qu’il a en tête depuis un certain temps. Il s’est lancé un défi, ce qui me plaît. Je suis content d’avoir un entraîneur qui fasse des programmes à ses chevaux. Il prépare les courses de ses chevaux en fonction d’un programme, ce n’est seulement un enchaînement de courses".