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Franck Blandin, mentor résistant | LETROT
Portrait/interview

Franck Blandin, mentor résistant

13/03/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
Franck Blandin fait partie d’une liste de professionnels qui accompagnent la vie du trot depuis plusieurs décennies. Le quinquagénaire, 58 ans précisément, a laissé sur son passage nombre de cailloux qui balisent une route riche de succès – plus de 1.500 en qualité d’entraîneur – et de moments forts. Il aspire maintenant à lever le pied mais se voit contraint par la force des choses de continuer à "turbiner". Une forme de prolongation subie qui lui permet aussi de vivre une nouvelle belle page avec le jeune Mentor de Play. Impressionnant durant l’hiver à Vincennes et invaincu cette année, le 4 ans permet à Franck Blandin de signer un nouveau rebond et le propulse dans son plus beau rôle, celui d’un mentor résistant.
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Franck Blandin et ses deux fils : Adrien (en pull rayé) et Gérald (en casaque) - ©APRH Franck Blandin et ses deux fils : Adrien (en pull rayé) et Gérald (en casaque) - ©APRH
La gratification des fils
Installé à Nonant-le-Pin, dans l’Orne, Franck Blandin a transmis à ses fils Gérald et Adrien sa passion des courses et du trot. Les deux sont installés entraîneur. Gérald exerce sur le site de son père tandis qu’Adrien est sur une petite propriété à deux kilomètres et transporte ses chevaux pour les travailler. "Même si je ne suis pas objectif et les vois avec les yeux de l’amour, ce sont des enfants doués, commente Franck Blandin. Alors que moi je n’étais jamais sorti de la maison (en collaborant avec son père André), eux ont été voir ailleurs. Ils ont tous les deux travaillé chez Tomas Malmqvist et l’ont beaucoup apprécié. Adrien a aussi été chez Franck Anne et Sylvain Roger. Gérald est passé chez Jean-Michel Bazire et Jean-Philippe Dubois." Dans un contexte où les courses sont devenues beaucoup moins attractives que par le passé pour embrasser une carrière professionnelle, Franck Blandin joue l’entre-deux, sans enthousiasme débordant mais sans objection de principe non plus. "Cela ne me gêne de voir exercer dans les courses. Ils ont les qualités pour y réussir. Ils sont travailleurs et ne sont pas rêveurs. Ils savent équilibrer et régler un cheval autrement que par le recours au vétérinaire et c’est primordial. Tout est une question d’équilibre." Quant à la suite, elle est toute trouvée. "Mes fils reprendront mon haras." La continuité familiale est assurée.

Revenons à Mentor de Play. Le verra-t-on prochainement ?
Oui, il a une belle course fermée à la fin du mois (N.D.L.R. : le Prix de Gueugnon le 21 mars à Vincennes. Ses pieds auront repoussé car il a usé de la corne lors de ses deux victoires de l’année. Il faut dire qu’on a couru sur une course dure cet hiver à Vincennes.
Parlons de vous. Vous avez eu un peu moins de partants l’an dernier (371 contre 577 en 2024). Où en êtes-vous dans votre projet de lever le pied ?
J’avoue que je n’ai plus mon enthousiasme d’avant. Je voudrais ralentir mais les difficultés de trouver du personnel font que je travaille autant, voire même plus qu’auparavant. J’ai moins de chevaux que par le passé et suis à un âge où j’aimerais travailler pour m’amuser mais ce n’est pas possible. Je ne m’amuse pas tant que cela. Je considère que je m’use au lieu de m’amuser. Je ne vois pas tout arrêter sur un coup de tête car je ne saurais pas quoi faire. Et j’ai aussi mes fils à mes côtés. Ils sont installés et ne sont que drivers pour moi mais ils ne sont pas loin. Alors je continue… Il reste que j’ai eu de la chance et me considère heureux car j’ai bien gagné ma vie dans les courses.
Les Play et Franck Blandin : la carte de la proximité
Franck Blandin possèdent de nombreux élèves de la SCEA Serge Delaunay (les Play) dans son effectif. "Ce sont des voisins nous commente l’entraîneur. Les relations se sont donc faites très naturellement et je reçois plusieurs éléments par génération." Actuellement neuf élèves dotés du label Play figurent au sein de l’effectif de Franck Blandin.

Tout est une question d’équilibre.

Nelumbo et Franck Blandin lors de leur victoire dans le Prix du Bois de Vincennes (Gr.2) e Nelumbo et Franck Blandin lors de leur victoire dans le Prix du Bois de Vincennes (Gr.2) e
Avec quel effectif évoluez-vous actuellement ?
J’ai une trentaine de chevaux dont je m’occupe avec quelques intervenants prestataires. J’ai aussi un salarié mais celui-ci est en arrêt depuis plusieurs mois. J’ai connu l’époque où je refusais deux propositions d’emploi par semaine et maintenant on ne trouve plus personne. À mon avis, cela va être le drame de notre activité. À cela se rajoute encore la question des horaires des courses. Maintenant, vous ne savez plus à quelle heure vous courez. Les horaires changent d’un jour sur l’autre, y compris sur un même hippodrome.
C’est quoi la marque de fabrique de Franck Blandin ?
J’ai longtemps essayé beaucoup de chevaux. C’est moins le cas aujourd’hui mais cette capacité m'a permis de toujours avoir des bons chevaux. C’est aussi pourquoi je n’ai jamais fait réellement d’élevage car on m’a toujours apporté beaucoup de chevaux. J’ai également recours depuis longtemps au déferrage et je le pratiquais à une époque où il n’était pas généralisé. Du coup, j’arrivais souvent à transformer des chevaux que je reprenais. Maintenant c’est plus compliqué car tout le monde déferre. Les pilotes (comprendre catch-drivers) donnent parallèlement des conseils aux entraîneurs. Il y a vingt ans, il n’y avait pas tout ça et, pour quelqu’un comme moi, c’était plus facile.
Le déferrage justement. Vous avez été un des professionnels précurseurs. Vous l’avez très vite utilisé à haute dose. Pourquoi et comment ?
Je vais vous décevoir mais je n’ai pas de vrai souvenir sur les raisons qui m’ont poussé à déferrer. En fait, je dirais que ce sont surtout les autres qui s’y sont mis tard et j’en ai profité pendant peut-être une dizaine d’années. Par exemple j’ai acheté Nelumbo en début d’année de 6 ans et il n’avait jamais été déferré. Cela l’a évidemment transformé.
L’envie de la jeunesse
Plusieurs formules échappent à Franck Blandin pendant notre échange. "Pour l’instant" est l’une d’elles et appelle aussitôt une correction de la part du professionnel qui commente donc : "je ne devrais pas dire pour l’instant car je suis plutôt en fin de carrière". À 58 ans, Franck Blandin est bel et bien toujours habité par l’envie de la jeunesse.

J’ai également recours depuis longtemps au déferrage et je le pratiquais à une époque où il n’était pas généralisé. Du coup, j’arrivais souvent à transformer des chevaux que je reprenais.

Les grands chevaux de Franck Blandin

Don Paulo (Hurgo), né en 1991. Gains : 970.368 €. Classique monté, vainqueur du Prix du Président de la République, deuxième du Prix de Cornulier, de l’Île-de-France.
Souvenirs, souvenirs de Franck Blandin : "À 3 ans, il n’a couru qu’à l’attelé et avait des gains en raison de plusieurs places à Paris. Comme certains de ses habituels adversaires se sont mis à gagner au monté, je l’ai essayé sous la selle. Je l’ai fait moi-même à l’époque. Je me souviens que j’étais super bien assis dessus, comme sur un fauteuil. C’était le vrai cheval monté. Je l’ai confié à Philippe Gillot et il a fait dead-heat lors de ses débuts au monté (avec Do, un cheval de Gérard Mottier monté par Yves Dreux). Puis il a remporté son premier semi-classique juste après. Il était donc vainqueur semi-classique monté en fin de son meeting de 3 à 4 ans. Il a ensuite remporté son objectif, le Prix du Président de la République, en juin."
Herba Bourbon 1’12a 1’17m (And Arifant), née en 1995. Gains : 488.957 €. Bonne gagnante à Vincennes (Prix de Lille par exemple) et d’un Groupe 3 en région (le Grand Prix Charles Desrousseaux au Croisé-Laroche), elle a donné au haras Best of Bourbon (372.060 € de gains) et est la grand-mère de Handy Bourbon (248.880 €).
Nelumbo 1’11a 1’12m (Corot), né en 2001. Gains : 1.011.420 €. Arrivé dans les boxes de Franck Blandin à 6 ans, il montera vite les échelons avec le déferrage et fera partie des meilleurs français de son époque. À 9 ans, il remporte le Prix de l’Union Européenne (Gr.2) et le Prix du Bois de Vincennes (Gr.2) à chaque fois aux dépens de son compagnon d'entraînement Obélo Darche (Danube Castelets). Franck Blandin possédait alors une paire de hongres d'élite.
Obélo Darche 1’11a 1’13m (Danube Castelets), né en 2002. Gains : 874.394 €. Il n’a débuté qu’à l’âge de 4 ans et fera partie entre 6 et 9 ans des meilleurs hongres de l’hexagone. Il compte de nombreux succès à Vincennes et des titres de Groupe 3 en région (Prix de la Ville de Caen, Prix Paul Buquet, étape du GNT à Argentan). Il formera avec Nelumbo une redoutable paire à l'actif de l'écurie Blandin dans les belles épreuves parisiennes ouvertes aux hongres.
Flore de Janeiro 1’10a 1’11m (Vanishing Point), née en 2015. Gains : 454.940 €. Performeuse classique sous la selle (3ème du Prix de Vincennes, Gr.1), elle a cumulé de nombreuses places dans les Groupes 2 et possède aussi des titres à l’attelé, une discipline dans laquelle elle compte une 4ème place dans le Prix de Sélection (Gr.1). Sa particularité est de n’avoir remporté que deux courses. C’est avec elle que Franck Blandin a été le plus vite en course, dans le Critérium de Vitesse de Basse-Normandie (Gr.2) dans la réduction kilométrique d’1’10’’6 sur 1.600 mètres autostart. Grâce à Mentor de Play, il a approché ce chrono, en 1'10''7 (sur les 2.100 mètres autostart de Vincennes).
Et aussi : Jumbo de la Basle 1’12 (Sancho Pança), Lolo de Vauvert 1’13 (Biesolo), Koubba d’Ortige 1’12 (Biesolo), Morgan de l’Isop 1’12 (Corot), Olifant 1’12 (Hand du Vivier), Tamiska Béji 1’12 (Jag de Bellouet), Verveine du Mont 1’12 (Orlando Vici).

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