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Grosbois fait le plein pour l'hiver | LETROT
Reportage

Grosbois fait le plein pour l'hiver

30/10/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot

Alors que le meeting d'hiver vient de s'ouvrir à Vincennes, le centre d'entraînement de Grosbois affiche complet, avec 1.400 à 1.450 chevaux. Christophe Walazyc, son chef d'établissement, y est stationné depuis vingt-cinq ans. Il présente la nouvelle formule des cours de passage, qui séduit notamment Louis Baudron, Mathieu Mottier ou Nicolas Bazire, et bien sûr plusieurs professionnels étrangers. Il revient aussi sur un été de sécheresse inédit pour le domaine et sur les chantiers qui attendent un site conçu il y a soixante ans…

Domaine de Grosbois © SETF - Le domaine de Grosbois avec le château en arrière-plan

Fidèle à sa vocation d'origine

Pour le chef d'établissement, la formule ramène Grosbois à sa raison d'être. Le domaine a été créé au début des années 1960, lorsque la pression immobilière et l’augmentation du trafic a condamné à moyen terme les cours de Joinville, voisines du Plateau de Gravelle. Grosbois, c’était un peu le Rungis des trotteurs ! Les premiers entraînements y ont eu lieu en 1965. Il fallait alors fournir des chevaux à Vincennes, et c’est toujours vrai malgré les profondes mutations qu’a connu depuis le monde du trot… "Notre intérêt est d'avoir des unités pour les entraîneurs présents à l'année, mais aussi de permettre à ceux qui ont des chevaux en forme pour le meeting de s'installer chez nous pendant cette période, explique-t-il. C'était la vocation de Grosbois d'alimenter les compétitions du meeting à Vincennes. Certains trouvent encore un intérêt à disposer d'un établissement pour l'hiver, en plus de celui qu'ils ont déjà."

Le centre joue aussi un rôle régional, moins connu. "Avec Gilles Curens, qui représente les professionnels du site, nous avons commencé à regarder ce que les entraîneurs de Grosbois apportent aux hippodromes de l'Est. Sur un grand quart qui va du Croisé-Laroche jusqu'à Reims et Strasbourg, tous ces hippodromes sont fortement alimentés par des trotteurs stationnés à Grosbois. Le centre contribue largement à leur économie et à leur fonctionnement", souligne Christophe Walajyc à ce sujet.
On a longtemps craint, malgré tout, de voir le domaine se dépeupler, et sa pérennité a été parfois l’objet de rumeurs, mais elle ne semble plus du tout exposée. Christophe Walazyc ne cache pas pour autant les handicaps de cette co-location francilienne vis-à-vis d’une installation à la carte à la campagne : "Les chevaux doivent aller au paddock, qui n'est pas toujours tout près, à Grosbois, et cela peut provoquer des ruptures de charge. Le fourrage peut sans doute aussi coûter plus cher, même si les loyers restent tout à fait attractifs. On pouvait donc craindre une désaffection, vu la conjoncture. Mais d'année en année, nous avons un renouvellement et il y a toujours une liste de demandeurs. Grosbois reste attractif".

"Notre intérêt est d'avoir des unités pour les entraîneurs présents à l'année, mais aussi de permettre à ceux qui ont des chevaux en forme pour le meeting de s'installer chez nous pendant cette période." (Christophe Walazyc)
Parmi les nouveaux venus...
Côté installations permanentes, Pascal et Clarisse Lelièvre prennent l'établissement de Pierre Belloche. Robert Berg reprend celui de Jean-Michel Baudouin. Vincent Martens vient d'obtenir un établissement supplémentaire au lac.

 

Christophe Walazyc - © SETF Christophe Walazyc - © SETF

L'été où l'eau a manqué

L'été 2026 laissera pourtant des traces. "Pour Grosbois, c'est une première d'avoir été autant touché, comme beaucoup de régions en France, par la canicule et la baisse de la ressource en eau. En temps normal, quand on ne cherche pas à économiser, on consomme 400 mètres cubes par jour en plein été (de quoi remplir une piscine olympique par semaine, ndlr). Ça va très vite. Je connais à peu près la capacité de nos plans d'eau et à ce rythme, nous n'aurions pas tenu jusqu'en septembre", observe Christophe Walazyc.

Le site a donc pris de l'avance sur les restrictions de la préfecture. La piste du château est restée fermée, le nombre de cavalières entretenues a été réduit et le bois n'a plus été arrosé du tout. L'arrosage a été limité au matin, jusqu'à 10 heures au plus tard. "Nous avons réussi à diminuer le prélèvement de moitié environ, nous apprend-il. Même quand il faisait très chaud, nous étions au maximum à 200 mètres cubes par jour, ce qui nous a permis de bien reculer la date d'assèchement des plans d'eau."

"Même quand il faisait très chaud, nous étions au maximum à 200 mètres cubes par jour, ce qui nous a permis de bien reculer la date d'assèchement des plans d'eau." (Christophe Walazyc)

Pour donner un ordre de grandeur, un bassin olympique contient au moins 2.500 mètres cubes : à plein régime, Grosbois en vidait l'équivalent en moins d'une semaine.

Les réserves, de l'ordre de 30.000 mètres cubes, n'ont rien d'inépuisable. À l’exception, peut-être, du petit étang en forme de goutte d'eau, derrière le château, aucun plan n’est alimenté par une vraie source. "Ils sont alimentés par le relief, par la forêt de Notre-Dame, par la forêt régionale et par les eaux pluviales du domaine. Quand il ne pleut pas, rien ne se reconstitue. Or sur les quatre derniers mois, nous avons reçu 115 millimètres de précipitations. Ce n'est pas énorme, et les réserves vont mettre du temps à se renouveler. La ressource en eau va être un problème crucial pour l'industrie des courses dans les années à venir."

La sécheresse pourrait aussi avoir des effets différés. "Je pense que nous aurons de mauvaises surprises l'an prochain sur l'état de la forêt, qui a énormément souffert. Je redoute aussi le gonflement des argiles quand il va recommencer à pleuvoir. Elles se sont rétractées et vont regonfler, avec des risques de fissures sur les bâtiments…", ne cache pas le chef d'établissement.

Des entraîneurs devenus chefs d'entreprise

En vingt-cinq ans, Christophe Walazyc a vu changer le rapport des professionnels à leur outil de travail. "Les gens sont beaucoup plus attachés à l'efficacité de leur entreprise, et c'est logique. Dans les années 2000, l'économie n'était pas tendue. Aujourd'hui, chaque entraîneur est très attentif au loyer, aux approvisionnements, au fourrage, à tout ce qui fait les charges de son écurie. Sans parler du carburant, quand on voit les milliers de kilomètres qu'ils avalent…"

Or à Grosbois, se faire livrer en petites quantités coûte cher. Beaucoup commandent donc par camion complet et s'organisent pour stocker, même si les bâtiments ne sont pas faits pour les gros ballots. "C'est un peu le système D, il y a quelques tas de foin ou de paille sous bâche à différents endroits du domaine. Aujourd'hui, il est vital pour les entraîneurs d'acheter au mieux et de préserver leur trésorerie." Une piste, cependant, reste à explorer. "Nous avons probablement à Grosbois la plus grosse concentration d'exploitants agricoles d'Île-de-France, note à raison Christophe Walazyc. Il n'y a pas de mise en commun des achats pour autant car dans un métier où l'on est concurrents au quotidien, c’est plus difficile à mettre en place. Mais le statut d'exploitant agricole devrait permettre aux professionnels de se structurer, ne serait-ce qu'en coopératives d'achat ou en mise en commun de biens ou de matériel. Je pense que la SETF essaierait de les accompagner."

 

Des pavillons à repenser

Le principal chantier à venir touche à l'habitat. "Les écuries de Grosbois ont peut-être atteint leurs limites par rapport à la configuration d'il y a soixante ans, en particulier pour la surface des logements. Dans ces grands pavillons, les quatre chambres de l'étage ne sont pas des chambres, ce sont des salons. Nous nous demandons comment redistribuer ces espaces pour mieux répondre à la demande et créer des logements supplémentaires." Le garage, la pièce au-dessus et une grande chambre pourraient par exemple former un logement de 70 à 80 m². Une autre option serait de créer deux unités, un F2 au rez-de-chaussée et un studio à l'étage.

Côté chauffage, le fioul a disparu au profit du gaz, et chaque chaudière remplacée est une chaudière à condensation. L’installation de pompes à chaleur est évidemment étudiée, "mais ce n'est pas si simple, parce qu'il y a une forte demande d'eau chaude pour la douche des chevaux".

L'autre priorité reste l'adaptation à l'entraînement moderne, à commencer par l'accès aux paddocks. "Quand je suis arrivé, il y en avait deux ou trois. Aujourd'hui, nous en avons 150. Nous avons fait du chemin." Les marcheurs et les tapis roulants, presque absents à l'époque, se sont multipliés : dès qu'une parcelle le permet, les entraîneurs en installent un, aussi bien pour mécaniser le travail que pour soulager leur personnel le dimanche. Tout cela est entretenu par une équipe de trente personnes de la SETF, contre près de cinquante il y a trente ou quarante ans, réparties entre les pistes, les espaces verts et l'entretien des bâtiments.

 


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