Son entourage en rêvait depuis longtemps, Franck Nivard et Hokkaido Jiel l'ont fait. Bien que ce tandem ait été créé il y a moins d'une semaine, il parvient à atteindre l'objectif de plusieurs décennies pour l'élevage et les couleurs de Jean Luck, celui de gagner le Prix d'Amérique Legend Race. Âgé de 9 ans, le fils de Brillantissime et de la bien nommée Victory Jiel décroche le graal suprême pour son entourage.
La course
Frappée par la disparition sur faute, dès les premiers mètres de course, de sa favorite finale Iroise de La Noé (Tornado Bello), l'épreuve voit d'abord la force de frappe suédoise, Francesco Zet (Googoo Gaagaa), Bullet The Bluesky (Readly Express) et Epic Kronos (Muscle Hill) s'emparer des premières places. Keep Going (Follow You) prend les commandes dans la descente alors que Josh Power (Offshore Dream) progresse à l'extérieur. En plaine, c'est Go On Boy (Password) qui fait le fort pour prendre les devants avec son frère Josh Power venu se placer à ses côtés. Dans la montée, Inmarosa (Amiral Sacha) lance la colonne extérieure avec Frank Gio dans son dos. Elle se retirera dans le tournant final quand les frères Go On Boy et Josh Power se détachent suivis d'Epic Kronos. Pendant ce temps, Hokkaido Jiel plonge à la corde et voit son couloir libéré quand Go On Boy prend le galop avant la mi-ligne d'arrivée. Il vient ajuster Josh Power qui a tenu en respect de son côté Epic Kronos et les bons finisseurs Frank Gio et Harmony du Rabutin (Royal Dream), la grande malheureuse dans le final (lire plus loin).
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La consécration des Jiel et du grand projet de Jean Luck
L'émotion se propage comme de la poudre dans l'entourage du vainqueur. Mais aussi largement au-delà. Il faut dire que la casaque "abeille" de l'Ecurie Luck, lancée par Jean Luck, est de celle qui sont familières pour toutes et tous. Elle est populaire au plus haut point. Et elle cultive aussi la fidélité et un certain esprit de famille. Pour preuve, l'entraîneur Jean-Luc Dersoir est entré dans la maison Luck il y a quarante-cinq ans. Petit-fils du fondateur du label Jiel, Eric Frémiot manage la structure hippique. Il est félicité de toutes parts mais trouve le temps de nous répondre : "C’est un rêve. C’est incroyable. Mon grand-père et ma grand-mère ne peuvent pas être là. Mais je pense beaucoup à eux et je les embrasse très fort. Cette victoire est une apothéose."
1'11''4, comme Bold Eagle il y a dix ans
En réalisant la réduction kilométrique d'1'11''4,
Hokkaido Jiel signe un chrono tout à fait respectable sur une piste ralentie par les précipitations. Le record de l'épreuve est toujours la possession de
Face Time Bourbon (
Ready Cash) depuis 2021 lorsqu'il s'imposait en 1'10''8. 1'11''4, c'est le même temps qu'affichait
Bold Eagle (
Ready Cash) lors de son premier succès en 2016, il y a donc dix ans.
Eric Frémiot parle aussi d'un sacre collectif : "C’est le résultat de tout un ensemble, de toute une équipe et de nombreuses compétences, depuis l’élevage jusqu’à l’entraînement en passant par le débourrage, qu’il faut mettre bout à bout. C’est exceptionnel." Concernant la course et sa préparation, il relate : "Franck (Nivard) a mené une course magnifique. On avait préservé le cheval jusqu’à l’entrée du meeting. L’équipe et Jean-Luc (Dersoir) l’ont travaillé de manière exceptionnelle et David (Thomain) l’a super bien préparé dans les courses qualificatives. Il a fait le choix de Koctel du Dain pour le Prix d’Amérique, ce que je comprends tout à fait."
Ce triomphe est complet, avec la signature Luck à tous les postes, avec un élève maison, sous label Jiel, issu d'une lignée exploitée de longue date par Jean Luck et les siens (lire par ailleurs l'histoire d'élevage du vainqueur).
Une équipe sous le sceau de la fidélité
Autour d'Hokkaido Jiel, ce sont des acteurs de l'Ecurie Luck de longue date qui oeuvrent. À commencer évidemment par l'entraîneur Jean-Luc Dersoir, depuis quarante-cinq ans au service de l’écurie d'origine alsacienne. L'homme est heureux et bien sûr, aussi, félicité de toutes parts. Il nous confie : "Je suis heureux et comblé. C’est le rêve de tout professionnel. Je savais mon cheval très bien et je pensais qu’il allait bien courir mais pas de là à gagner. Je pense et remercie tout l’entourage du cheval et surtout merci à Hokkaido Jiel. C’est un cheval hors du commun. Bravo à toutes les personnes qui gravitent autour du cheval ainsi que Monsieur Luck qui investit depuis cinquante ans. Ce n’est pas trop mal pour une fin de carrière pour moi. Il faut que j'attende encore un an puisque l’année prochaine ce sera au tour de Lombok Jiel (rires). Je le voyais pas mal placé dans le parcours derrière Just Love You et Franck (Nivard) a pris la bonne option, la bonne initiative. Le cheval était au top et il l’a bien drivé. Pour gagner une telle course, il faut que tout soit aligné. Il y a un an, c’était la douche froide, il était qualifié mais a connu un gros problème de santé à un boulet. Il y a deux ans, il était deuxième on été très heureux. Aujourd’hui, c’est le graal. Lorsqu’on arrive à récupérer un champion après de tels soucis, c’est comme un sportif de haut niveau, qui est heureux de revenir au plus haut niveau. C’est pareil pour nous. Merci encore au vétérinaire qui nous a bien conseillé et a pris les bonnes décisions dans les soins. Maintenant, direction le Prix de France. En revanche, il ne devrait pas courir le prix de Paris."
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Et il y aussi le lad du vainqueur qui voit couler les larmes sur son visage. Samuel Périnel est bouleversé, déclarant lors de la récupération de son champion sur Equidia : "C'est l'un des plus beaux jours de ma vie. En tant que lad, je ne peux pas trouver émotion plus forte. Cela fait trente-deux que je travaille pour l'Ecurie. Je remercie ses responsables, Messieurs Luck, Frémiot et Dersoir, de m'avoir fait confiance et donné d'importantes responsabilités en me confiant les chevaux de l'écurie envoyés à la plage."
Les partants de Jean Luck puis de l'Ecurie Luck dans le Prix d'Amérique
Sous le nom Jean Luck
1992 : Ukir De Jemma (entr. Philippe Allaire) - non placé
1993 : Ukir de Jemma (entraîneur Philippe Allaire) - 2ème
2007 : Ladakh Jiel (entraîneur Jean-Luc Dersoir) - 9ème
2009 : Ladakh Jiel (entraîneur Jean-Luc Dersoir) - 7ème
Sous le nom Ecurie Luck
2024 : Hokkaido Jiel - 2ème
2026 : Hokkaido Jiel - 1er
Franck Nivard ou le choix de l'expérience
Hokkaido Jiel ne pouvant compte sur son driver habituel David Thomain, engagé de son côté sur Koctel du Dain, il a fallu choisir un pilote au pied levé pour ce Prix d'Amérique. Eric Frémiot nous explique : "Il y a eu plusieurs drivers qui se sont proposés. Le choix n’a pas été simple à a faire mais on a opté pour l’expérience de Franck dans cette course-là. C’était un plus à nos yeux."
Paroles aux placés
■ Sébastien Ernault - Josh Power (2ème) : "C’est toujours frustrant d’être battu de si peu mais mon cheval a été irréprochable. Je n’ai pas voulu prendre de risque en prenant le wagon de trois en début de parcours. Puis Go On Boy a fait fort en plaine et j'ai pu me mettre à ses côtés. À l'entrée de la ligne d'arrivée, j’y ai vraiment cru et pendant longtemps à la fin. En fait, je ne sais d’où est venu le gagnant et on est battus de rien. Mon cheval a été top et super courageux."
■ Paul Ploquin - Epic Kronos (3ème) : "Je suis ravi. On a eu le parcours qu’on voulait. Je n’ai pas de regret dans une course qui a été rythmée comme il fallait. Dans le dernier tournant, je me suis dit "Je vais les manger". Et puis, il y a Monsieur Franck Nivard qui est arrivé. Il est trop fort ! Cette expérience, avec un top cheval, a été géniale. C’est beaucoup de pression. Partout autour de nous, on nous rabâche la course toute la semaine, on est dans le match pendant longtemps et quand on monte sur le podium, c’est top."
■ Matthieu Abrivard - Frank Gio (4ème) : "J’ai eu la bonne course mais, en haut de la montée, j’ai perdu un peu de temps derrière Inmarosa. Ensuite il a fini en avançant sur les autres. Si cela se prolonge, il ne fait que gagner des rangs. On savait que cela allait être une course au parcours et on l’a vu avec Francky (Franck Nivard) qui a mené une course d’anthologie. Mon cheval n’a que 5 ans et montre qu’il peut aller avec les tout meilleurs. Il faut maintenant qu’il reste en forme et il sera là l’année prochaine."
Les malheurs d'Harmony du Rabutin
Présentée jeudi dans nos colonnes comme la "Cendrillon de l'Amérique", Harmony du Rabutin est devenue la grande malchanceuse de ce Prix d'Amérique : venue avec beaucoup de ressources entre deux rivaux à mi-ligne droite, elle ne peut voir son sulky passer au moment de s'infiltrer, accroche une roue et perd sa vitesse et son équilibre. Elle sera disqualifiée après enquête de la cinquième place.
Thomas Levesque amer
Disqualifiée au départ, Iroise de la Noé n'aura pas pu donner longtemps d'espoirs à ses nombreux supporters dans les tribunes. Et Thomas Levesque son entraîneur d'émettre beaucoup de regrets : "Il (Eric Raffn, le driver d'Iroise de la Noé) a tapé dans la roue du sulky devant lui, je ne sais pas pourquoi il s'est mis dernier, c'est de sa faute. C'est un an de travail, ça fait 100 mètres de course. C'est très rageant." Un peu plus tard et toujours au micro d'Equidia, Éric Raffin faisait son mea culpa, déclarant : "Je n'ai pas été bon."