SANTÉ DU TROTTEUR
La gourme : Enjeux et avancées vaccinales
17/07/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
La gourme est l’une des maladies contagieuses équines les plus redoutées dans les écuries de trot. Fréquente et et causée par la bactérie Streptococcus equi subspecies equi, elle se transmet facilement par contact direct ou indirect, notamment lors des déplacements fréquents inhérents à la filière. Une seule introduction de la bactérie peut suffire à déclencher une épidémie aux conséquences cliniques et économiques majeures. Avec l’arrivée récente d’un nouveau vaccin mieux toléré et plus efficace, la gestion de cette maladie entre dans une nouvelle ère. Cet article propose une synthèse des connaissances actuelles, des enjeux spécifiques aux écuries de trot, et des solutions préventives, en insistant sur les avancées vaccinales.
Le diagnostic est confirmé par culture bactérienne ou PCR sur un prélèvement nasopharyngé ou, idéalement, un lavage de poches gutturales, plus sensible. Si possible, les deux méthodes (culture et PCR) sont réalisées, car la PCR est plus sensible que la culture, mais elle peut être inactivée par des enzymes présentes dans le pus. Dans les deux cas, le diagnostic peut être faussement négatif durant les premiers jours en raison d’une faible excrétion de la bactérie.
Pour le diagnostic de groupe, deux sérologies sont disponibles. La première, la sérologie ‘SeM’, permet de diagnostiquer des infections récentes (après 4-6 semaines), mais pas des infections en cours ni des porteurs chroniques. Son intérêt est surtout d’être corrélée au risque de complications graves comme le purpura hémorragique et le développement d’abcès métastatiques. La deuxième sérologie, dite "dual ELISA", permet de détecter une séroconversion plus récente (2 semaines) ou des porteurs chroniques. Un prélèvement des poches gutturales peut ensuite être effectué pour distinguer les deux.
Complications
La complication la plus fréquente est l’empyème des poches gutturales, avec la persistance de la bactérie de façon chronique au niveau des poches gutturales (jusqu’à 10 % des cas), voire la formation de chondroïdes (Figure 8), qui sont des boules de pus solidifié et peuvent être difficiles à enlever lorsqu’elles sont de grande taille. Les autres complications, plus rares, incluent une dysphagie (difficultés à manger), un purpura hémorragique (inflammation des vaisseaux sanguins avec œdème généralisé), des abcès métastatiques, et rarement des myosites sévères ou des pneumonies.
Traitements
Dans la plupart des cas, les chevaux atteints ne nécessitent pas de traitement antibiotique, car ce dernier limite le développement d’une immunité de longue durée, favorise le portage chronique de la bactérie dans des abcès encapsulés, et pourrait ainsi favoriser la dissémination d’abcès métastatiques.
Un traitement antibiotique est indiqué dans les cas graves avec complications (obstruction des voies respiratoires, purpura hémorragique, myosite, pneumonie), ou exceptionnellement en tout début d’évolution, pendant une épidémie, durant la phase d’hyperthermie mais avant la formation d’abcès. En effet, dès qu’ils sont présents les abcès contre-indiquent l’utilisation d’antibiotiques dans les formes bénignes de la maladie en raison du risque de développement d’abcès encapsulés persistants.
Lorsqu’une quantité importante de pus est présente dans les poches gutturales, ou en cas de portage chronique de la bactérie, des lavages des poches gutturales sous endoscopie, avec une éventuelle instillation locale d’antibiotique, sont réalisés.
Prévention et gestion d’une épidémie
La plupart des épidémies sont dues à l’introduction d’un individu malade ou porteur sain dans une population naïve. Ainsi, l’accent doit être mis sur l’introduction de nouveaux arrivants dans une écurie, avec un isolement pendant 3 semaines, une prise de température quotidienne (<38,5°C), et si le coût le permet, un testage via un lavage des poches gutturales.
Une fois qu’une épidémie est déclarée, la prise de température biquotidienne est indispensable pour contenir l’infection, car pendant les premières 48 heures, les chevaux n’excrètent pas la bactérie et peuvent être isolés. Idéalement, trois groupes sont créés : les chevaux malades, les chevaux sans signes cliniques mais ayant été en contact avec les malades, et les chevaux sains sans contact avec aucun malade. Chaque groupe est isolé avec son matériel propre et, idéalement, du personnel dédié. À défaut, un circuit de soin est réalisé du propre au sale, sans retour en arrière. De plus, tout le matériel doit être désinfecté et séché, le personnel doit porter des tenues de protection (gants, surbottes, blouses), et des pédiluves doivent être mis en place à chaque zone. Les paddocks infectés sont laissés au repos pendant 15 jours.
Une endoscopie avec lavage des poches gutturales est recommandée pour tout cheval présentant un jetage pendant plus de 15 jours, afin de s’assurer de l’absence d’infection, d’abcès ou de chondroïdes persistants dans les poches gutturales. Elle est également recommandée entre 2 et 4 semaines après la disparition des signes cliniques pour s’assurer que le cheval n’est pas porteur chronique de la bactérie avant sa réintroduction dans un groupe sain. À défaut d’endoscopie, trois écouvillons nasopharyngés peuvent être réalisés, mais cette méthode est moins sensible et souvent plus coûteuse.
Vaccination
Plusieurs vaccins ont été développés et disponibles sur le marché.
Le premier, Equilis StrepE disponible depuis les années 2010, est un vaccin dit "vivant" (bactérie vivante mais avec une virulence atténuée). Il permet une protection efficace contre les signes cliniques mais n’empêche pas l’excrétion bactérienne. Le développement de l’immunité est moins bon que chez des chevaux naturellement infectés, et un rappel est nécessaire tous les 3 mois. En raison de son caractère ‘vaccin vivant’, des effets secondaires graves (purpura hémorragique) sont possibles sur les animaux déjà infectés. Un test sérologique est donc conseillé pour cibler les individus à risque avant d’utiliser ce vaccin. Du fait de toutes ces contraintes, ce-dernier était et est donc relativement peu utilisé.
Plus récemment et développé au début des années 2020, un nouveau vaccin appelé STRANGVAC est disponible en Europe. Contrairement au vaccin vivant, ce nouveau vaccin est basé sur des protéines recombinantes de la bactérie offre une meilleure tolérance et aucun effet secondaire grave n’a été rapporté à ce jour. Il permet de réduire la sévérité des signes cliniques et de limiter la propagation de la maladie dans son effectif. La vaccination peut également être envisagée dans une écurie où un cas de gourme a déjà été identifié, afin de contribuer à protéger les chevaux contacts et limiter l’extension du foyer. Les retours d’expérience terrain sont très encourageants, avec une efficacité perçue très positive dans les effectifs vaccinés.
Autre avantage important : la période protection vaccinale est également plus longue qu’avec le vaccin précédent. Après une primo-vaccination avec un schéma classique (rappel à 1 mois puis à 6 mois), les trotteurs sont protégés pendant 6 à 12 mois. Un rappel est alors conseillé tous les 6 mois sur des individus à risque important (poulain/yearling ou dans un contexte d’épidémie récente) et un rappel annuel chez les autres ; un peu sur le même schéma que le vaccin contre la rhinopneumonie.Les poulains peuvent être vaccinés dès l’âge de 5 mois, permettant une protection précoce des jeunes chevaux avant les périodes de forte exposition. La vaccination présente aussi un intérêt particulier pour les yearlings, les chevaux en débourrage, les trotteurs qui voyagent régulièrement, les effectifs avec de nombreux mouvements, et les structures accueillant fréquemment de nouveaux chevaux. Autrement dit, le quotidien de nombreuses écuries de trot.
Enfin, du fait de sa bonne tolérance, il peut même être utilisée en cours d’une épidémie pour aider à son contrôle et un retour rapide à la normale contrairement au précédent qui présentait des risques importants de complications dans les situations d’infections actives. À noter néanmoins que la vaccination ne remplace pas les mesures sanitaires qui doivent aussi être mises en place. Les stratégies les plus efficaces reposent sur plusieurs piliers complémentaires : la surveillance quotidienne, la réaction rapide au moindre cheval fébrile, une organisation sanitaire rigoureuse, et une vaccination adaptée au niveau de risque de l’écurie. L’objectif n’est pas seulement de protéger un individu, mais d’éviter qu’un cas isolé ne se transforme en crise sanitaire pour l’ensemble de la structure.
À noter néanmoins que la vaccination ne remplace pas les mesures sanitaires qui doivent aussi être mises en place.
Conclusion
Dans les écuries de trot modernes, la prévention fait désormais partie intégrante de la gestion de la performance. Discuter de la vaccination avec son vétérinaire, évaluer le niveau de risque de son effectif et mettre en place une stratégie adaptée permet aujourd’hui d’aborder la gourme avec davantage de sérénité, avant d’avoir à en gérer les conséquences. Anticiper coûte toujours moins cher qu’une épidémie, et l’arrivée d’un nouveau vaccin offre une opportunité nouvelle et efficace dans la gestion de la gourme.
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