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Les ulcères gastriques chez le trotteur à l’entrainement | LETROT
SANTÉ DU TROTTEUR

Les ulcères gastriques chez le trotteur à l’entrainement

30/01/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
Les ulcères gastriques représentent une maladie très fréquente chez le trotteur. Longtemps sous-diagnostiqués, ils sont aujourd’hui reconnus comme une problématique majeure en raison de leur forte prévalence et de la diversité des signes cliniques associés, allant de manifestations discrètes comme une baisse de performance à des symptômes plus évocateurs de type colique ou amaigrissement. Les progrès de l’endoscopie ont permis une meilleure compréhension de cette maladie, notamment en mettant en évidence l’existence de deux types d’ulcères distincts — squameux et glandulaires — aux mécanismes physiopathologiques différents. Cette distinction est essentielle tant pour le diagnostic que pour la prise en charge thérapeutique. Cette synthèse a pour objectif de présenter les connaissances actuelles concernant l’épidémiologie, l’étiologie, les signes cliniques, les modalités diagnostiques et les options thérapeutiques des ulcères gastriques chez le cheval.
©DR/Clinique du Livet ©DR/Clinique du Livet
L'estomac - ©DR L'estomac - ©DR

Des signes cliniques variables pouvant commencer par une simple baisse de performance en course
Chez les trotteurs, la baisse de performance est probablement un des signes cliniques fréquemment le plus observé et bien démontrée par plusieurs études chez les chevaux de courses, trotteurs ou pur-sang. La douleur gastrique a été proposée comme cause de la baisse de performance observée. Elle serait comparable à une douleur de reflux gastro-œsophagien, bien connue comme facteur diminuant les performances athlétiques chez l’humain.

Les autres signes les plus fréquemment observés en association avec les ulcères gastriques sont un appétit capricieux, une perte de poids ou un score d’état corporel faible, des coliques légères et des douleurs au sanglage. D’autres signes cliniques ont été observés, tels que de la nervosité, des comportements agressifs, des grincements de dents, des bâillements excessifs, un poil piqué ou encore des automutilations.

Un diagnostic assez simple par gastroscopie
Le diagnostic des ulcères gastriques repose sur leur visualisation par vidéo-endoscopie. On utilise un long fibroscope appelé gastroscope, plus rigide et plus long qu’un endoscope classique. Les gastroscopes usuels font jusqu’à 3.5 mètres de long et permettent d’inspecter la muqueuse squameuse et la muqueuse glandulaire, mais également le pylore et le duodénum proximal. En effet, ces régions sont parfois difficiles d’accès et peuvent pourtant présenter un grand intérêt diagnostique.


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Quelques autres méthodes de diagnostic des ulcères gastriques ont été proposées, comme un test de perméabilité au sucrose, un dosage de pepsinogène par analogie aux bovins ou celui-ci fonctionne, ou la recherche de sang occulte dans les matières fécales. Cependant, aucune de ces méthodes ne s’est montrée fiable chez le cheval.

Grade des ulcères, signes cliniques et performances
La visualisation des ulcères à la gastroscopie permet d’en grader la sévérité de 0 à 4 ; 4 étant le grade le plus sévère. Elle tient compte de la profondeur des lésions, de leur taille ainsi que de leur nombre. La gradation des ulcères permet la comparaison entre les chevaux, mais également d’objectiver l’évolution après traitement chez un individu donné.

Les ulcères glandulaires sont eux plus difficiles à grader, car l’apparence lésionnelle à la gastroscopie ne reflète pas toujours leur sévérité. Les lésions peuvent différer par leur aspect épithélial (hyperhémiée, hémorragique, fibrino-suppurative ou ulcérée), mais aussi par leur contour muqueux (plat, surélevé, ou en cratère). Les lésions s’étendent souvent dans les couches plus profondes de la muqueuse et peuvent donc être largement sous-estimées visuellement. Des biopsies de la muqueuse lésée peuvent aider à caractériser une cause sous-jacente. Pour les ulcères glandulaires, la gradation ne fait pas consensus chez tous les experts mais une gradation sur 4 est souvent utilisée par de nombreux praticiens.

Alors que la significativité des lésions sévères (grade 4) ne fait que peu de doutes. La significativité des lésions moins marquées (grade 2 et 3) n’est pas toujours évidente et une variabilité inter-individus existe. En effet, certains chevaux présentent des ulcères sans signes cliniques évident associés, tandis que d’autres présentent des signes cliniques évocateurs alors que les lésions endoscopiques sont légères. De plus chez les trotteurs, la baisse de performance, signe clinique le plus fréquent, n’est pas toujours facile à objectiver.


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Une gestion multiple : traitement médical, alimentation et environnement
Les ulcères gastriques nécessitent une prise en charge car peu d’ulcères guérissent spontanément, d’autant plus si le cheval est toujours entraîné. Il existe deux grands axes de traitement des ulcères gastriques : les traitements médicamenteux et la gestion de l’environnement et de l’alimentation.
Sur le plan médical, le but est d’augmenter le pH de l’estomac, naturellement acide. L’oméprazole (Gastrogard®) est un inhibiteur des pompes à protons qui limite la production d’acide chlorhydrique par les cellules de l’estomac. Il permet de traiter, mais également de prévenir, les ulcères gastriques et ainsi de maintenir les chevaux à l’entraînement. Du fait d’une interférence d’absorption avec les repas, il est recommandé de l’administrer le matin, 30 à 40 minutes avant le premier repas. La dose étudiée pour le Gastrogard® est de 4 mg/kg par voie orale, une fois par jour pendant 21 jours. Cette posologie permet des taux de guérison compris entre 70 et 90 %. Il est recommandé d’effectuer une gastroscopie de contrôle avant la fin du traitement afin d’attester de la bonne guérison. La dose de 1 mg/kg, une fois par jour, est utilisée à visée protectrice/préventives. De rares effets secondaires ont été rapportés avec un effet rebond avec récidives des ulcères sévères après quelques jours d’arrêt du traitement.

L’oméprazole est très efficace dans le traitement des ulcères squameux, mais beaucoup moins dans celui des ulcères glandulaires. Pour ces derniers, il est recommandé de l’associer au sucralfate qui forme une barrière protectrice à la surface de la muqueuse gastrique ulcérée, stimule la production de mucus et améliore le flux sanguin de la muqueuse gastrique. L’association d’oméprazole et de sucralfate permet de guérir entre 40 et 75% des ulcères glandulaires selon les populations considérées. Une gastroscopie de contrôle est également recommandée en suivi. D’autres traitements sont disponibles à l’étranger (misoprostol ou oméprazole injectable sous forme retard) peuvent aider mais aucun n’a montré une efficacité de 100% surtout sur les formes sévères.

En raison de son coût élevé et des restrictions concernant son utilisation en course, des compléments alimentaires ont été développés (aloe vera, probiotiques, pectines, etc…) mais aucun n’a montré une efficacité comparable au traitement princeps. Leur utilisation curative reste controversée, et plutôt proposée à visée préventive ou en complément du traitement classique.
Le deuxième grand axe de traitement est la gestion de l’environnement, de l’alimentation, et du travail. Une limitation du stress au quotidien, des transports, une gestion routinière du cheval, et un minimum de deux jours de repos par semaine sont conseillés.

Au niveau alimentaire, il est recommandé de favoriser un accès à une pâture le plus longtemps possible, et si cela n’est pas possible, le cheval devrait a minima avoir accès à du foin à volonté. La quantité quotidienne minimale recommandée est de 2 à 3 kg de foin pour 100 kg de poids corporel. La luzerne du fait de sa richesse en protéine et en calcium permet un effet tampon. Une étude mené par le CHVE de Livet et une équipe de recherche Française montre un effet significatif.

En termes de concentrés, les chevaux devraient recevoir des concentrés à faible teneur en amidon pour limiter sa fermentation. La ration journalière ne devrait pas excéder 2g d’amidon par kilogramme de poids corporel ou 1 g/kg d’amidon par repas. Les repas de concentrés ne devraient pas être distribués à moins de 6 heures d’intervalle, et les concentrés distribués après le foin. Un aliment contenant au maximum 15% d’amidon est conseillé. L’ajout d’huile végétale à la ration est aussi bénéfique.

BILAN
Les ulcères gastriques constituent une pathologie fréquente et complexe chez le Trotteur, étroitement liée aux conditions vie : entrainement, alimentation, et environnement. La distinction entre les ulcères squameux et glandulaires est primordiale, tant en raison de leurs mécanismes physiopathologiques différents que de leur réponse variable aux traitements. Le diagnostic repose exclusivement sur la gastroscopie, qui permet d’objectiver les lésions mais dont la significativité clinique peut parfois être difficile à interpréter. La prise en charge des ulcères gastriques nécessite une approche globale associant un traitement médical adapté et une optimisation des pratiques alimentaires et environnementales. Une meilleure compréhension des facteurs de risque et une gestion préventive appropriée sont essentielles pour limiter l’apparition des ulcères et améliorer le bien-être et les performances du cheval.

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