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"On est très unis et surtout complémentaires" | LETROT
Interview

"On est très unis et surtout complémentaires"

20/02/2026 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
Le succès de Nocive du Choquel dans le Prix Comte Pierre de Montesson-Critérium des Jeunes (Groupe I) en fin de semaine dernière est celui des frères Bridault, Nicolas l'entraîneur et Christophe l'éleveur-propriétaire de la pouliche, auxquels Bruno, le papa, a transmis sa passion ainsi qu'à leur frère Fabrice. C'est toute une famille originaire du Nord désormais installée en Normandie que met en avant cette première mention dans un Groupe I. L'aîné Christophe Bridault, devenu l'un des courtiers majeurs sur la place ces dernières années, se prête au jeu de l'interview pour 24h le Mag.
Christophe Bridault - Nicolas Bridault - Pierre Levesque Christophe et Nicolas Bridault entourent Pierre Levesque - © ScoopDyga
Parents, enfants et petit-enfants Bridault autour de Nocive du Choquel - © Aprh Parents, enfants et petit-enfants Bridault autour de Nocive du Choquel - © Aprh

Comment se passe justement le travail entre les deux frères que vous êtes ?
C’est hyperfluide. Pour les deux ou trois juments que nous avons ensemble, on se concerte pour le choix des croisements. Personnellement, j’ai une quinzaine de poulinières pour lesquelles je fais mes croisements en mon âme et conscience. Tous les produits arrivent chez Nicolas à six mois, peu importe les origines. À partir de ce moment-là, il a carte blanche. On arrive à se dire facilement les choses. Qu’il s’agisse des chevaux de ses clients ou des miens, Nicolas travaille exactement comme si c’était le siens.

"On n’est pas deux, on est au moins trois ! Notre père est avec nous, c’est lui qui est à la base de notre histoire. Fabrice, notre frère, est un peu plus en retrait, mais on a aussi des juments ensemble. La famille est une force, bien sûr".


Est-ce une force d’être à deux ?
On n’est pas deux, on est au moins trois ! Notre père est avec nous, c’est lui qui est à la base de notre histoire. Fabrice, notre frère, est un peu plus en retrait, mais on a aussi des juments ensemble. La famille est une force, bien sûr. On est très unis et surtout complémentaires. Nicolas a toujours voulu être entraîneur et moi j’ai toujours été commercial. Chacun son taf. Jamais, je ne n’ai pensé à être entraîneur.

La famille est une notion importante chez les Bridault, n'est-ce pas ?
Oui ! On a besoin les uns des autres. Cette complémentarité fait vraiment notre force. Mon père travaillait dans une usine de tuiles dans le Nord. Les chevaux étaient sa passion et il s’en occupait tous les jours après son travail. Tout démarre de lui. Nicolas, Fabrice et moi avons fait du concours hippique quand on était jeunes et nous l’accompagnions sur les hippodromes. Dès lors, gagner un Critérium en famille est le Graal. La première chose que j’ai soulignée après la victoire de dimanche, c’est le fait de l’avoir fait avec Nicolas, puis de rappeler tout de suite d’où l’on vient et pourquoi on est là. Si nos parents n’avaient pas initié cela, est-ce que nous aurions débuté ce que notre père a commencé il y a cinquante ans ? On ne saura jamais. C’est important de savoir d’où l’on vient. Il faut se rappeler par où on est passé. Toutes les épreuves bonnes ou mauvaises font évoluer. Ça n’a pas été facile pour Nicolas. Ce n’est pas parce qu'il est mon frère, mais c’est un bosseur qui vit pour ses chevaux. Sa réussite, il la doit à son travail et à son courage. Il est très méticuleux et cherche toujours à repousser les limites pour que ses chevaux soient au top.


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Christophe Bridault, un jour de vente - © P. Lefaucheux/PC Christophe Bridault, un jour de vente - © P. Lefaucheux/PC

Et vous, quel a été votre parcours ?
Après un Bac commercial, j’ai travaillé quinze ans dans la grande distribution. J’étais chef de rayon à 18 ans, chef de magasin à 20 ans. Ensuite, j’ai été commercial huit ans chez Audi. En parallèle, j’ai toujours eu des parts de chevaux. Au bout de quelques années à vendre des voitures où j’ai fini meilleur vendeur de la marque quatre ans de suite, j’ai voulu joindre l’utile à l’agréable. J’ai commencé à acheter une ou deux parts d’étalons pour moi, puis mes saillies et celles de copains qui me demandaient de les vendre. Quand je suis arrivé comme courtier, j'ai entendu : "Pourquoi le vendeur de bagnoles vient vendre des saillies ?". C'était une motivation supplémentaire pour moi, cela décuple mon énergie. La première année, j’ai vendu une quarantaine de saillies et aujourd’hui j’en vends sept cents par an. On fait aussi beaucoup de syndications d’étalons. Cette année, on a fait celles de Magic Man, Mack de Blary, Magnum du Choquel et L'Ecrin d'Or.

"J’ai horreur de faire les choses à moitié".

Quand vous avez débuté cette activité, quelles étaient vos ambitions ?
J’ai horreur de faire les choses à moitié. Soit je les fais à fond, soit je ne les fais pas. Je ne veux pas faire cinquante choses à la fois pour les faire à moitié. Dans la grande distribution, on avait des challenges et il fallait les gagner. C’est comme cela aussi que j’ai développé mon cheptel de poulinières afin de faire les choses bien. Le but de mon travail d’éleveur est de continuer à évoluer, d’essayer d’aller aux meilleurs étalons.

La Normandie, pays d’adoption de la famille
Cela fait treize ans que Nicolas Bridault est venu s’installer en Normandie, dans l'Orne et plus précisément encore à côté de L'Aigle. Dans la famille, il a ainsi été le premier à quitter les terres du Nord. "C’était un pari. Dans le Nord, il ne trouvait pas la structure qu’il voulait. C’est ce qui a motivé son choix de venir dans l’Orne où il a pu se doter d'une ligne droite qu'il n'avait pas jusque-là, raconte son aîné. Avec sa compagne, Audrey (Warot), ils ont eu un courage énorme car ils sont arrivés sans connaître personne. Au départ, ils ont vécu dans un petit appartement au milieu de l’écurie. À leur place, beaucoup ne se seraient pas lancés ou auraient fait marche arrière." Depuis cinq ans, Christophe Bridault a fait à son tour de l'Orne son port d'attache. "Je suis arrivé ici quand mon activité de courtier a commencé à prendre de l’ampleur. Il était plus pratique géographiquement d’être au cœur de la région de l’élevage.", explique-t-il. Fabrice, le cadet de la fratrie, est devenu à son tour normand. "Il est à quelques kilomètres de L'Aigle. Étant éleveur sans sol, j'ai mes poulinières chez Yann Orain (Écuries Oradel) à Rânes. Depuis que Fabrice est installé je lui mets mes juments qui sortent de l’entraînement ou les nouvelles que j’achète." Et depuis un an, leurs parents, Bruno et Evelyne, sont aussi en Normandie ! "Nicolas, mes parents et moi vivons à trois cents mètres les uns des autres dans le même village."

Nocive du Choquel en est-elle l’exemple ?
J’ai acheté Emone Cruz, la mère de "Nocive", à Christian Bigeon pour Jacques Leomy. Elle a bien performé en prenant autour de 230.000 € pour nous, déjà entraînée par Nicolas. Au moment de la fin de sa carrière de course, Jacques Leomy m’a dit qu’il voulait la passer en vente. Je n’avais pas forcément la trésorerie pour lui acheter ce que la jument valait, mais je lui ai dit que j’étais intéressé. Il m’a fait un véritable prix d’ami, ce qui explique pourquoi je l’ai mis co-éleveur de son premier produit, en l’occurrence "Nocive". Même si cela faisait un inbreeding rapproché sur Love You, elle était à mes yeux la vraie jument pour aller à Face Time Bourbon dont j’avais acheté une part. Via mon travail de courtier, j’arrive plus facilement à toucher des saillies ou tout du moins de la disponibilité. Après, je les ai au même prix que les autres.

Vos activités d’éleveur et de courtier sont-elles imbriquées ?
La société de courtage n’a pas besoin que je sois éleveur pour tourner et l’éleveur n’a pas besoin de la société de courtage. C’est une complémentarité mais l’un peut aller sans l’autre. Si, demain, je n’ai plus de juments, mon activité de courtier va continuer. Si je décide ne plus être courtier, rien ne m’empêche de continuer à élever comme beaucoup le font. La réussite dans le courtage me permet forcément d’avoir plus de juments et de mettre des saillies plus onéreuses. Quand une activité tourne, vous avez plus de facilité à faire progresser l’autre d’à côté. C’est un cercle vertueux.

 

"La société de courtage n’a pas besoin que je sois éleveur pour tourner et l’éleveur n’a pas besoin de la société de courtage. C’est une complémentarité mais l’un peut aller sans l’autre".

Comment voyez-vous demain ?
En continuant à évoluer, toujours. On a eu la chance ces dernières années d’avoir In Love du Choquel, qui est étalon après avoir gagné plus de 460.000 € en course, Magnum du Choquel, qui était lui aussi l’an dernier au départ du Critérium des Jeunes où cela ne s’est pas aussi bien passé puisqu’il a été disqualifié en partant avant de terminer troisième du Critérium des 3 Ans, qui est aussi étalon. Derrière, on sort "Nocive". Alors oui, c’est continuer dans ce sens. On commence à se mirer dans certains "O". C’est ce qui fait avancer. Le Critérium est une étape énorme que très peu d’éleveurs peuvent connaître. Il faut savourer aujourd’hui et continuer demain ce qui a été commencé.

 


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