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27/03/2020
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Trot Infos saga : Sa Bourbonnaise, la petite grande dame du Trot Français

Sa Bourbonnaise aura réussi l’exploit d’être aussi performante sur les hippodromes qu’au haras. Petite par la taille (1,55 mètre), elle devint une grande matrone qui a donné pas moins de cinq trotteurs parmi les meilleurs de leur génération.

Trot Infos saga : Sa Bourbonnaise, la petite grande dame du Trot Français

Sa Bourbonnaise naquit en 1940 chez Marius Malot dans l’Allier, qui n’est pas vraiment la région la plus réputée pour l’élevage des trotteurs. Elle était le deuxième produit de Beresina II 1’29’’ (par Nenni 1’27’’), une gagnante en province  qui engendra seulement quatre femelles, dont Veilleuse Bourbonnaise (d’où Gars Bourbonnais 1’21’’, honorable vainqueur).

Même en examinant sa lignée maternelle un peu plus avant, on ne peut pas dire que l’on est en présence d’une souche de grands vainqueurs, Sa Bourbonnaise 1’23’’ ressortant nettement du lot. Il faut en effet remonter à sa cinquième mère, Gloriette (née en 1884), mère de quatre étalons, pour trouver de la qualité. De son côté, Karoly II 1’24’’, père de Sa Bourbonnaise, montra de la qualité, en remportant les Prix Jacques de Vaulogé et Charles Tiercelin à l’attelage et terminant aussi cinquième du Critérium des 4 Ans (de Kozyr) après avoir fini troisième au monté derrière Karnac dans le Prix de Vincennes. Il participa également sans succès au Prix d’Amérique 1936. 

Mort après cinq ans de monte, Karoly II était bien né, car issu de Trianon 1’24’’ qui était un fils du grand étalon Intermède 1’26’’et de la bonne reproductrice Braila 1’30’’. Celle-ci donna aussi le jour à Jakow 1’24’’ et à Riga 1’24’’ (Critérium des 3 Ans) outre Cartacalla 1’32’’ (mère de Jocrisse 1’20’’, 3ème du Prix d’Amérique). Braila était elle-même une soeur de l’excellente poulinière Tradition 1’28’’ (d’où Quel Veinard 1’24’’, bon étalon exporté aux États-Unis, Messidor 1’18’’, lauréat du Prix des Matadors et exporté en Allemagne, etc.) de qui descend le champion Tony M 1’15’’(Prix René Ballière, de France et de Paris, 2ème x 3 du Prix d’Amérique). De cette souche maternelle (Plume au Vent) provient aussi le crack Bellino II 1’13’’ (Prix d’Amérique x 3, Prix de Cornulier x 3). 

Un coup de quatre unique.

Sa Bourbonnaise était une petite jument (1,55 mètre environ) qui débuta sa carrière le 13 juin de ses 3 ans sous les couleurs de Paul Périchon. Susceptible au départ, elle montra néanmoins vite de la classe. Paul Périchon avait d’ailleurs confié à Jean-Pierre Dubois qu’à 2 ans il avait essayé Sa Bourbonnaise en 1’28’’ sur un kilomètre sur la piste en herbe de Moulins, alors qu’à l’époque les 2 ans étaient en 1’40’’. Aimé Gauvin, qui a bien connu Paul Périchon, rappelle : « C’était un type formidable, une "pointure". Il était marchand de bestiaux et avait fait fortune en s’occupant d’emmener et de vendre les vaches des châtelains du pays dans les foires et il y avait beaucoup de châtelains dans le Centre… Mais il entraînait et drivait aussi ses chevaux, notamment Sa Bourbonnaise qu’il avait achetée pouliche dans l’Allier. Il a toujours eu de bons chevaux, voir New Hat vers la fin ». 

Au sujet de l’achat de Sa Bourbonnaise, Jean-Pierre Dubois raconte : « On m’a expliqué plus tard que Paul Périchon voulait acheter une pouliche dans l’Allier, mais la veuve de l’éleveur de la pouliche en avait deux cette année-là et lui avait dit : "Il faut prendre les deux ou rien". La seconde était Sa Bourbonnaise ». 

Raoul Busset connut également fort bien Paul Périchon et Sa Bourbonnaise, car, dira-t-il, « j’allais monter pour lui à l’entraînement. À l’époque, j’étais jeune (15 ans), mais Sa Bourbonnaise était là, je m’en souviens. Elle ne devait pas mesurer plus de 1,54 m. ou 1,55 m. Elle était déjà bonne et courut ensuite à Enghien, Vincennes ayant été fermé pendant la guerre. Paul Périchon était le crack de la région. Il aimait aller acheter des chevaux chez Albert Veslard, voir Chambon (N.D.L.R. : l’un des meilleurs de sa génération à 3 ans sous la conduite de Paul Périchon) qu’il revendit très cher ensuite à René Michel, un client de Charley Mills (trente-cinq millions de francs de l’époque, ce qui correspond environ à un million d’euros de nos jours !). Je me rappelle que Mills était venu essayer Chambon chez Paul Périchon ».

À 3 ans, Sa Bourbonnaise courut sept fois pour cinq victoires (quatre en province et une à Vincennes), une deuxième place et une troisième place. Elle battit notamment Sammy dans le Grand Prix des 3 Ans à Vichy. Paul Périchon devait ensuite la céder à Guy Deloison. « Cela se passa lors d’un repas le jour d’une partie de chasse, raconte Pierre-Désiré Allaire. Ce jour-là, le notaire leur apprit que le bois au milieu de leur chasse où se réfugiait tout le gibier était enfin à vendre. Alors, Guy Deloison dit à Paul Périchon : "J’achète le bois et tu me cède la petite pouliche le prix du bois". » Michel Deloison, cousin de Guy Deloison (agriculteur en Seine-et-Marne), précise : « Guy l’a achetée à la fin de sa troisième année sur les conseils de son entraîneur, Pierre Forcinal, avec qui il était très ami ». 

À 4 ans, Sa Bourbonnaise devait s’affirmer comme une championne, remportant le Critérium des 4 Ans drivée par Jonel Chyriacos qui l’entraîna aussi et battit Souarus dans le Prix du Président de la République (montée par Aimable Forcinal) qui s’appelait alors Prix de France et se disputait à Enghien. Elle s’imposa aussi dans les Prix de Sélection et Charles Tiercelin. En neuf sorties, elle signa cinq victoires et trois deuxièmes places. Puis, elle réussit à garder sa suprématie sur ses contemporains en s’imposant dans le Critérium des 5 Ans (avec Pierre Forcinal), le Prix de Normandie (montée par Aimable Forcinal) et le Prix des Centaures. Cette année-là, elle devait également triompher pour la deuxième fois dans le Prix de Sélection et terminer deuxième du Prix de l’Étoile. À ce jour, Sa Boubonnaise reste le seul trotteur français à avoir réussi le coup de quatre dans les classiques attelés et montés : Critérium des 4 Ans - Prix du Président de la République -  Critérium des 5 Ans - Prix de Normandie. 

À 6 ans, elle dut se contenter d’accessits dans les Prix d’Été (3ème), de Sélection (3ème) et des Centaures (3ème) et devait effectuer sa dernière année de compétition à 7 ans, se classant troisième de Mistero et Quick Star dans le Prix d’Amérique 1947 à Enghien. 

Championne sur les pistes, Sa Bourbonnaise n’allait pas tarder à entrer au haras où elle s’affirmera comme une poulinière hors norme, engendrant quatre classiques ayant fait l’arrivée des Critériums (Hermès D, Infante II, Jalna IV et Le Postillon) et une semi-classique (Glamour II).

D’abord Glamour II et Hermès D

En 1947, Sa Bourbonnaise fut présentée à son contemporain Sammy 1’21’’, un cheval très vite « mais manquant un peu de "stamina" (coeur au ventre) », avait dit Charley Mills. Sammy détint le record du kilomètre lancé en France (1’16’’9 en 1946). En 1948 naquit de leur union une femelle alezane nommée Eprunes qui devait trotter 1’40’’ à 2 ans. Cette Eprunes engendra ensuite le classique Lieuvin 1’18’’ (mâle bai d’Uriel), excellent à 2 ans (quatre victoires en cinq sorties dont les Prix Emmanuel  Margoutty et Cavey Ainé), puis lauréat à 3 ans du Prix Abel Bassigny avant de terminer troisième de Jokai et Jalna IV dans le Critérium des Jeunes, deuxième des Prix Kalmia et Capucine. Il fut ensuite exporté en Allemagne. Henri Bourrée, qui travailla avec les frères Gougeon chez qui était Lieuvin, se souvient : « C’était un cheval assez petit, plein de sang, fait pour la vitesse, mais qui n’avait pas trop de tenue. C’est Robert Bouisson qui s’en occupait dans l’écurie ». 

Puis vint Glamour II 1’20 ’’ (femelle bai foncé), issue de son croisement avec le grand étalon franco-américain Kairos 1’23’’ (The Great Mc Kinney - Uranie). Peu demandé à ses débuts au haras, Kairos avait couru jusqu’à 9 ans, ayant de nombreuses interruptions de carrière, car il souffrait d’un pied (encastelure d’un sabot). « C’était un petit cheval de valeur moyenne », en dira Roger Baudron. Kairos devint néanmoins six fois tête de liste des étalons (engendrant notamment Gélinotte 1’16’’) et un remarquable père de poulinières.

Contemporaine de la fameuse Gélinotte 1’16’’ (Prix d’Amérique x 2), Glamour II révéla de bons moyens à 3 ans, s’imposant à cinq reprises à cet âge à Vincennes, notamment dans le semi-classique Prix Abel Bassigny devant Gutemberg A (handicapé de 25 mètres). Plus tard, à 5 ans, elle gagna de nouveau à Vincennes, avant de donner jour à Palermo 1’23’’, étalon, puis elle fut vendue en Italie. Après elle, Sa Bourbonnaise produisit Hermès D 1’20’’ toujours avec le concours de Kairos. 

Alezan avec une liste en tête, Hermès D ne ressemblait pas à sa soeur physiquement. Mais il démontra lui aussi rapidement sa qualité, en s’imposant dans le Prix Kalmia et en terminant troisième du Prix Capucine, avant de jouer de malheur dans le Critérium des 3 Ans. Ce jour-là, drivé par Giulio Bottoni, il s’était en effet imposé, mais fut rétrogradé après enquête à la deuxième place derrière Hérodiade III pour avoir gêné sa rivale dans le dernier tournant !

« Hermès D était un cheval très vite, qui alla gagner en Italie », rappelait Albert Viel. Il remporta aussi le Prix Ariste Hémard et se classa quatrième de Hortansia VII dans le Critérium des 4 Ans, troisième du Critérium Continental derrière le champion italien Oriolo et Hortansia VII, et deuxième du Prix Phaëton. Après cette belle carrière classique, Hermès D devait être acheté par les Haras Nationaux. Il s’affirma comme un excellent sire. On lui doit notamment les Pluvier III 1’16’’ (Prix d’Europe, Championnat du Monde aux USA), exporté en Suède, Parguerrière D 1’17’’ (2ème du Critérium des Jeunes), Quibus V 1’17’’ et Apaty 1’18’’(2ème du Critérium des Jeunes), sans oublier les Oncos 1’19’’, Obéron 1’20’’, Oddi 1’19’’, Panipa 1’17’’, Reza Grandchamp 1’18’’, Ramsès II 1’19’’, Royal Boy V T 1’16’’(exporté en Italie), Rosé d’Anjou 1’17’’(exporté aux États-Unis), Vauclair V 1’18’’, etc. 

Mais Hermès D s’est surtout continué en lignée mâle par Nonant le Pin 1’19’’ qui engendra le crack Buffet II 1’14’’ (Prix de l’Atlantique, René Ballière x 2 et Critérium Continental, 2ème du Critérium des 4 Ans), lui-même auteur du champion Ultra Ducal 1’12’’ (Critériums des 3 et 5 Ans, Prix de France, 2ème du Prix d’Amérique). Nonant le Pin produisit aussi l’excellent Hymour 1’15’’ (Prix d’Amérique et de France) et Chablis 1’17’’ (Prix de l’Atlantique). Hermès D sut également briller comme père de mères, avec les Féroé 1’17’’ (2ème du Critérium des 4 Ans), Ephèse 1’17’’, File Droit 1’18’’, Horse Born 1’17’’ (2ème du Critérium des 3 Ans), Querfeu 1’17’’ (Prix de Vincennes), Laudanum 1’20’’(m), L’As d’Atout 1’19’’, Djerba 1’18’’, Dis Lui 1’19’', Damiette P 1’19’’, Ernioco 1’18’’, Infix 1’17’’, etc. 

Jalna IV et Glamour II achetées par Henri Levesque

Présentée une nouvelle fois à Kairos en 1952, Sa Bourbonnaise devait mettre bas d’une petite pouliche bai l’année suivante. Elle fut nommée Jalna IV. Précoce, elle montra vite de la classe, s’appropriant le record de France des 2 ans (1’24’’8), gagnant à Enghien et terminant deuxième du Prix Emmanuel Margoutty et troisième du Prix Désiré Cavey à cet âge. À 3 ans, elle confirma sa valeur en remportant le Prix Capucine et en terminant deuxième de Jokai dans le Critérium des Jeunes mais aussi deuxième des Prix Victor Régis et Maurice de Gheest. Plus tard, Jalna IV et sa propre soeur, Glamour II, furent achetées comme poulinières par Henri Levesque. 

Son fils cadet, Henry-Louis Levesque, explique : « Jalna IV était une petite jument d’environ 1,56 mètre qui avait de mauvais pieds. D’ailleurs, elle restait ferrée même quand elle était devenue poulinière. Pierre Forcinal, leur entraîneur, avait dit à mon père de garder Jalna IV plutôt que Glamour II s’il voulait se séparer de l’une des deux juments. Plus tard, mon père revendit Glamour II à M. Grassetto qui lui avait  déjà acheté Icare IV. Il savait que celui-ci aimait les belles juments et se doutait qu’il préférerait Glamour II à Jalna IV. Glamour II était en effet très belle et beaucoup plus grande (1,63 m.) que sa soeur. Plus tard, Jalna IV produira Roquépine ». 

Fils ainé de Henri Levesque, Jean Levesque a lui aussi souvent raconté cette histoire : « Mon père avait acheté les deux juments pour dix millions d’anciens francs, un gros prix à l’époque pour des poulinières (N.D.L.R. : cela correspondrait à 200 000 € aujourd’hui avec l’inflation). Le jour où l’affaire s’était faite, M. Deloison ne semblait toutefois plus trop vendeur. Sentant alors qu’il ne devait pas les laisser passer, mon père avait alors dit banco »

Jalna IV 1’21’’ - « une demi ambleuse », rappelle Roger Baudron - devait se révéler ensuite elle aussi une grande poulinière, engendrant la fameuse Roquépine 1’15’’ et Ussania 1’18’’ (4ème du Critérium des 5 Ans), « une jument qui mit du temps à bien s’équilibrer, à se cadencer », dixit Henry-Louis Levesque. Ussania (Harold D III) devint la grand-mère de Tak Tak 1’14’’ (3ème du Critérium des 5 Ans), la quatrième mère de Pad d’Urzy 1’12’’ (2ème du Prix de l’Étoile) et la cinquième mère de Volcan d’Urzy 1’13’’ (2ème du Critérium des 4 Ans). Puis sur le tard, Jalna IV donna Eralda 1’22’’(Mario), quatrième mère de Perlando 1’10’’ (Prix de La Haye et de Buenos Aires) et Floresta 1’19’’ (Tidalium Pélo), gagnante à Paris, « une jument spéciale, tournant difficilement à droite comme à gauche ! Il fallait Gerhard Kruger pour s’en servir ! », selon Henry-Louis Levesque. 

Mais avant elles, Jalna IV avait donc pouliné de Roquépine 1’15’’ (Atus II), femelle bai de taille moyenne, qui, si elle montra du caractère dans sa jeunesse, se révéla comme une championne exceptionnelle à partir de sa quatrième année, remportant trois fois le Prix d’Amérique, deux fois le Championnat du Monde des Trotteurs aux États-Unis, l’Elitloppet (deux fois), le Grand Prix de la Loterie, outre trois Critériums en France (des 4 et 5 Ans et Continental). « Roquépine a toujours eu besoin de poids (220 grammes aux antérieurs), mais c’était une vraie trotteuse, courageuse, avec un grand mental. Elle s’adaptait à tout », précisa Henry-Louis Levesque. Outre ce palmarès éblouissant, Roquépine sut aussi marquer l’histoire du trotting français en engendrant Florestan 1’15’’ (Prix Kalmann Hunyady, Greyhound Rennen) avec le concours du chef de race américain Star’s Pride 1’12’’. « Florestan ne ressemblait ni à son père, ni à sa mère. C’était un bon cheval mais un peu spécial. Il valait mieux attendre et venir pour finir avec lui », commenta Gerhard Kruger, son entraîneur-driver. Henri Levesque aimait en effet les trotteurs américains et fut un précurseur en envoyant Roquépine outre-Atlantique pour être saillie par Star’s Pride (d’où Florestan) et Ayres 1’13’’ (d’où Granit 1’14’’, « un petit cheval très ambleur », dixit Gerhard Kruger), vainqueur du Prix de la Flèche d’Europe. Acheté par les Haras Nationaux (115 000 €), Florestan devait ensuite réussir comme étalon (Podosis, Passionnant, Quito de Talonay, etc.) et père de mères (Qualita Bourbon, Meaulnes du Corta, Tipouf, Arnaqueur, Leda d’Occagnes, etc.), ayant été six fois tête de liste dans cette catégorie.

Enfin, avec le concours du grand sire Kerjacques, Roquépine donna Hague 1’15’’ (Prix Marcel Laurent, 3ème du Prix de l’Étoile), « une bonne jument qui trottait sans poids », selon Henry-Louis Levesque, elle-même mère de Formose 1’13’’ (5ème du Critérium des 5 Ans) d’où Opium 1’11’’ (Prix Doynel de Saint-Quentin), son seul rejeton. Quant à Ile Marie 1’18’’(Fandango), dernier produit de Roquépine (morte à 13 ans en avortant de Kerjacques), la moins douée des quatre, elle est devenue la grandmère de Jasette 1’12’’. 

Infante II son meilleur produit

En 1951, Guy Deloison avait choisi de présenter Sa Bourbonnaise à Hernani III 1’24’’ (Critériums des 3 et 4 Ans, 2ème du Prix de Cornulier), un étalon de grande qualité. Ce grand cheval bai brun aux allures coulantes, réputé pour son courage à la lutte, avait déjà donné les classiques Quinio, Souarus et Atus II. Avec Sa Bourbonnaise, il devait produire une magnifique pouliche bai brune nommée Infante II

Cette Infante II 1’14’’ fit l’admiration de tous ceux l’ayant vu courir, effectuant une longue et fructueuse carrière de courses dans les deux spécialités, de 2 à 8 ans, montrant comme son père un courage remarquable. Deuxième à Vincennes à 2 ans au monté, Infante II s’imposa rapidement au haut niveau dans cette spécialité, remportant les Prix Ernest Le Comte, de Basly et Louis Tillaye, et terminant deuxième des Prix Hémine et des Élites, et troisième du Prix de Vincennes à 3 ans. Confirmant sa classe à 4 et 5 ans, elle brilla alors particulièrement à l’attelage, gagnant les Prix Ariste Hémard et Pierre Plazen, se classant troisième du Critérium des 4 Ans d’Idumée, puis deuxième du Critérium des 5 Ans d’Icare IV, deuxième des Prix de Croix et Doynel de Saint-Quentin, troisième du Prix du Bourbonnais. À 6 ans, elle défit les meilleurs trotteurs du moment dans le Prix de Bourgogne, terminant troisième de Jamin dans le Prix d’Amérique et deuxième du Prix de France, toujours derrière Jamin, deuxième aussi des Prix de Paris et de Sélection et troisième du Grand Prix d’Été. 

L’année suivante, elle alterna attelé et monté, se classant deuxième des Prix de Cornulier et de l’Ile-de-France, quatrième du Prix d’Amérique, troisième du Prix de France et quatrième du Critérium de Vitesse de la Côte d’Azur. Alors qu’à 8 ans, toujours vaillante, elle allait abaisser le record de France des femelles en réussissant 1’14’’9 à Enghien, en terminant deuxième de Jamin dans le Critérium Continental (sur 1 600 mètres… sans autostart) ! Ce fut sa dernière année de compétition. 

« Dans un Prix de Cornulier, Infante II, montée par Bernard Simonard, avait vingt mètres d’avance sur le peloton quand elle glissa à cause de la neige (N.D.L.R. : elle termina deuxième). Je m’en souviens bien, car j’ai gagné ma première course pour Bernard, confie André Reine, Infante II a toujours été stationnée à Joinville-le-Pont. C’était Lemoine, le premier garçon, qui s’en occupait. À cette époque, on n’envoyait pas les chevaux à la campagne ou au paddock. Infante II m’avait marqué. » Incontestablement, Infante II fut le meilleur produit de Sa Bourbonnaise et sut briller au haras en engendrant Sabi Pas 1’17’’ (mâle bai brun de Carioca II). Devenu d’un caractère difficile, « Sabi Pas aurait bien pu "déshabiller" un homme dans ses mauvais jours », dira Henry-Louis Levesque. Acheté par Henri Levesque à la fin de son année de 4 ans, Sabi Pas devait ensuite franchir plusieurs paliers, gagnant le Prix Doynel de Saint-Quentin. Il se classa surtout deuxième, battu d’un nez, par Seigneur dans le Critérium des 5 Ans et encore deuxième, tout près de la jeune championne Une de Mai, dans le Prix de Sélection malgré un handicap de cinquante mètres. Gendre de Henri Levesque, Maurice de Folleville le driva et le définit comme « un cheval très froid, trottant sans poids. Son seul défaut était qu’il n’était pas trop lutteur pour finir, mais cela ne s’est pas vraiment retrouvé dans sa production ». 

Étalon, Sabi Pas s’affirma vite avec les Eregoya 1’15’’, Epaminondas 1’20’’, Grande Source 1’16’’, Hêtre Vert 1’16’’, Jet de Prapin 1’18’, Jacques des Blaves 1’18’’ et Larabello 1’14’’ (Critérium des 3 Ans). Son meilleur produit fut toutefois le crack Fakir du Vivier 1’14’’ (Critériums des 3 et 4 Ans, Critérium Continental, Prix d’Europe, 2ème et 3ème du Prix d’Amérique). À son tour, celui-ci sut le continuer au haras et devint  tête de liste des étalons et grand-père paternel du grand sire Coktail Jet 1’10’’ (Prix d’Amérique, Elitloppet et Critérium des 5 Ans), sept fois tête de liste des étalons. Le propre frère de « Fakir », Jet du Vivier 1’18’’, fut également tête de liste des étalons. 

Au haras, outre Sabi Pas 1’17’’, Infante II donna Villaroche 1’19'' (femelle bai brune de Nicias Grandchamp) qui figura avec l’élite de sa promotion au monté (2ème des Prix Léon Tacquet et Auguste François, 3ème du Prix Paul Bastard), « une jument assez grande que l’on avait courue sous la selle où elle trouvait des taches plus faciles qu’à l’attelage. Mon père en avait vendu la moitié au comte Orsi Mangelli et je crois que Villaroche avait eu un produit de Short Stop en Italie », se souvint Henry-Louis Levesque. 

Le Postillon et les autres 

Après Glamour II, Hermès D, Jalna IV et Infante II, Sa Bourbonnaise devait donner un cinquième trotteur du niveau des meilleurs de sa génération, un mâle bai issu de Hernani III nommé Le Postillon. Celui-ci débuta tardivement, à 4 ans, en province, alignant trois victoires et une place avant de gagner à Enghien. À 5 ans, il monta cependant de plusieurs catégories, terminant deuxième de Le Roi d’Atout D dans le Critérium des 5 Ans et troisième du Prix Pierre Plazen, gagnant encore à Paris à 6 ans avant d’être acheté par les Haras Nationaux. « C’était un bon cheval mais pas un cheval de grande classe. Il avait du caractère aussi », dira Henry-Louis Levesque. Le Postillon engendra Urvick 1’18’’ et Ulster VI 1’18’’, mais surtout Axius 1’15’’ qui se révéla tardivement lui aussi, étant handicapé par des problèmes de pieds. Axius atteignit le plus haut niveau ensuite, triomphant dans le Prix de France (deux fois), n’étant battu que d’un nez dans le Prix d’Amérique 1974 gagné par Delmonica Hanover, avant de finir de nouveau deuxième de Bellino II dans le Prix d’Amérique l’année suivante. 

Des autres produits de Sa Bourbonnaise, citons quatre mâles : Kano 1’25’’ (Kairos), gagnant à Vincennes à 4 ans, Reau 1’24’’ (Carioca II) et Nikao 1’25’’ (Carioca II), tous deux exportés, et Tobago 1’21’’ (Jocrisse), vainqueur à Vincennes à 4 ans, qui ne firent pas de merveilles. En revanche, parmi ses autres femelles, on doit noter la gagnante à Vincennes Majesté III 1’25’’ (une alezane par Atus II) qui devait produire Dammarie Les Lys 1’19’’ (femelle de Seddouk), morte prématurément après avoir montré de la qualité, gagnant à Vincennes à 3, 4 et 5 ans. 

Majesté III donna également jour à Boza (une femelle d’Olten L), d’où le classique monté Nozablinski 1’18’’ (2ème du Prix de Vincennes) et Tonga 1’21’’ (femelle de Carioca II), devenue la grand-mère de la classique Neuilly 1’16’’ (Amyot), lauréate
du Critérium Continental, 2ème du Critérium des 3 Ans de Noble Atout. Neuilly produisit Hermès du Buisson 1’13’’ (Buvetier d’Aunou), vainqueur du Critérium Continental, et est la troisième mère d’Olitro 1’11’’ (2ème du Criterium des 4 Ans). Si Neuilly était « une jument très dure », dixit Michel Deloison, « Hermès du Buisson, son fils, était lui aussi un cheval dur, un bon cheval, mais qui ne supportait pas les projections. Je lui avais mis une sorte de masque, avec des lanières de cuir descendant sur le nez pour le Critérium Continental qu’il a gagné. Ensuite, cela avait été interdit et le cheval n’avait plus vraiment réussi », explique Jean-Pierre Dubois. Après Qui Sait III 1’20’’ (femelle bai brune de Carioca II), gagnante à Vincennes à 3, 4 et 5 ans, Sa Bourbonnaise, de son union avec Jamin, produisit Sandra 1’22’’ (femelle alezane), gagnante à Vincennes à 3 ans, avant de donner jour à la classique Natacha du Buisson 1’16’’ (Amyot), lauréate du Greyhound Rennen en Allemagne et 2ème du Critérium Continental en France, « une jument douée mais spéciale qui "tapait" », dixit Michel Deloison. Elle devint la mère de Corot 1’12’’ (3ème du Prix de Sélection, 4ème du Critérium des 3 ans) et la grand-mère de Chaillot 1’13’’ (Prix d’Europe), Mambo King 1’13’’ (Prix Ephrem Houel) et Blue Grass 1’12’’ (2ème du Prix Paul Leguerney). 

Plus de soixante-quinze ans après sa naissance, Sa Bourbonnaise est, on le voit, encore présente dans les pedigrees des meilleurs trotteurs du moment. Michel Deloison précise : « Aujourd’hui, j’ai compté pas moins de quarante-deux étalons qui descendent d’elle en lignée maternelle directe ». Poulinière d’élite après avoir été une jument d’élite sur les pistes, chose rarissime, Sa Bourbonnaise était certes de taille réduite (comme les autres matrones Ua Uka et Arlette III), mais elle est bien toujours la petite grande dame du Trot Français.

Par Jacques Pauc

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