Interview
Michel Gallier : "Inexess Bleu est le meilleur"
31/10/2025 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
La casaque blanche et bleue de Michel Gallier a connu les plus grands succès avec Jag de Bellouet. Non content d’être un compétiteur exceptionnel, le "Cannibale", dernier double vainqueur la même année des Prix d’Amérique et de Cornulier, a laissé une empreinte tout aussi importante au haras. Aujourd’hui, Inexess Bleu, petit-fils de Jag de Bellouet par son père Vittel de Brévol, propre frère de Granvillaise Bleue, autre grande championne "Gallier", continue à écrire cette histoire. Ce samedi, le hongre de l’éleveur et propriétaire manchois qui a gagné à Vincennes tout ce qu'il pouvait gagner sera au départ du Grand Prix des Nations, à Milan (Italie), au côté des deux autres trotteurs tricolores que sont Jabalpur et Inmarosa, sa compagne d’entraînement chez Laurent Abrivard. Un troisième déplacement consécutif en Europe en l’espace de sept semaines après ses succès à Mons (Belgique) et à Solvalla (Suède) qui lui ont permis d’accéder au statut de vainqueur de Groupe I et de montrer à l’Europe entière qu’il est bien l’un des tout meilleurs trotteurs en activité du continent si ce n'est le meilleur. Même s’il répète qu’il faut rester humble, Michel Gallier (75 ans) en est intimement persuadé depuis longtemps. Il le confie dans un entretien accordé mercredi.
Aujourd’hui, est-il le meilleur cheval en Europe ?
Je ne veux pas me vanter mais, pour moi, il est le meilleur. Ça se voit quand même, non ? J’avais dit qu’il serait le meilleur quand il aurait affronté Idao De Tillard. Un cheval qui a gagné deux Prix d’Amérique impose le respect. Mon grand plaisir était qu’il court avec "Idao" (N.D.L.R. : avant Mons et Solvalla, les deux champions s'étaient affrontés une seule fois, en janvier 2022, à Vincennes, où Idao de Tillard s'imposait alors qu'Inexess Bleu terminait 6ème). Ça ne plaît pas beaucoup parce que j’annonce toujours la couleur, mais j’étais persuadé qu’il le battrait comme cela s’est passé les deux dernières fois. Maintenant, il n’y a pas de chevaux imbattables.
Quelles sont ses qualités principales à vos yeux ?
Il a le défaut de partir assez lentement. Mais, sinon, il a tout. Il a la dureté. Il est aussi très calme. Son mental est exceptionnel comme tous les champions, peu importe le sport. Et puis, c’est un gagneur ! À Solvalla, j’étais devant ma télé mais j’étais sûr à la sortie du dernier tournant qu’il allait revenir gagner. Un champion doit être bon partout, c’est même la définition d'un champion. Regardez Jag de Bellouet ! Mais il faut rester humble. Toujours. Sitôt qu’il y a un petit grain de sable, un homme ou un cheval est diminué.
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À la sortie de l’hiver dernier, vous vous étiez exprimé ainsi à propos d’une potentielle campagne européenne : "Je n’ai pas envie d’aller à l’étranger avec lui. Beaucoup de bons chevaux sont revenus avec des problèmes après les voyages là-bas. On est bien en France". Qu’est-ce qui a fait que vous avez changé d’avis ?
Tout simplement le fait qu’il n’avait plus de course chez nous. C’était un grand non tant qu’il avait des courses en France. Cet hiver, il a potentiellement une course à son programme à Vincennes. Faute de programme national, il fallait donc aller courir ailleurs. Laurent, qui est propriétaire d’un quart du cheval, gère son programme et je lui fais confiance à 200 %. C’est lui qui a décidé d’aller courir en Italie samedi.
"J’ai beau avoir un champion comme Inexess Bleu, je suis toujours contre les hongres dans le Prix d’Amérique. Ça ne change rien !"
Cela nous ramène au sujet de l’ouverture ou non du Prix d’Amérique aux hongres. Vous le propriétaire du meilleur hongre y êtes-vous favorable ?
Non ! J’ai beau avoir un champion comme Inexess Bleu, je suis toujours contre les hongres dans le Prix d’Amérique. Ça ne change rien !
Une vingtaine de poulinières
Bien qu'il ait dit il y a quelque temps que l'âge venant, il devait réduire son activité d'élevage, Michel Gallier a toujours un cheptel d'une vingtaine de poulinières dans ses herbages manchois.
"C’est bien de trop. Mais c’est comme ça", dit celui qui considère que les chevaux sont "
{mon} équilibre". Parmi ces poulinières, il y a la championne
Granvillaise Bleue, retirée de la compétition en début d'année.
"Elle a été testée pleine à cinquante jours de Face Time Bourbon avant de perdre son produit. Cela fait partie du jeu. Il faut être beau joueur. Et puis, je ne peux pas me plaindre", estime Michel Gallier.
Pourquoi ?
Pour la sélection de la race et l’élevage. Quand on défend une cause, il faut avoir des convictions. En revanche, je trouve que l’on pourrait ouvrir certaines courses aux hongres comme le Prix de Paris. C’est mon idée… Il est sûr que l’on se prive d’enjeux en l’absence de tels chevaux à une période où l’on manque d’argent dans les caisses.
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"Jag de Bellouet est une exception de la vie."
L’avoir vu gagner à Solvalla vous a-t-il rappelé Jag de Bellouet ?
Oui bien sûr. "Jag" était aussi une force de la nature. Sans lui, on ne serait pas comme on est. C’était le crack des cracks, monté et attelé. C’était une exception de la vie. Au haras, il a engendré un nombre très important d’étalons. On sera décédé depuis des décennies qu’il continuera à marquer de son empreinte les pedigrees. Tous les jours, il a des partants, en père de mères aussi. Avec "Inexess", ils ont en commun cette force de la nature, le courage et cette volonté de gagner.
Avez-vous déjà en tête l’idée de retourner à Solvalla pour courir l’Elitloppet au printemps prochain ?
Encore une fois oui s’il a la santé. Il faut vivre au jour le jour avec les chevaux. Une tendinite et c’est terminé. On verra bien… Le chemin qu’il a parcouru est déjà beau.
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